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Oubliez les films de Hollywood dans lesquels les policiers débarquent dans un sous-sol où de jeunes femmes sont enchaînées et contraintes d’assouvir les besoins sexuels des clients d’un réseau criminalisé. Dans la réalité, les victimes d’exploitation sexuelle sont parmi nous, à la vue de tous, avertissent des enquêteurs de police de partout au pays, spécialisés en traite de personnes.
Ceux-ci sont réunis cette semaine, avec des procureurs de la Couronne, pour échanger sur les façons les plus efficaces de traquer ces criminels qui exploitent des jeunes vulnérables, et sur celles visant à aider les victimes.
L’organisme canadien #NotInMyCity organise les Conférences Maddison, du nom d’une jeune femme morte à 21 ans, après avoir été prise dans l’étau de la traite de personnes. Il s’agit de la quatrième édition de ce « sommet opérationnel », qui accueille pour la première fois des policiers du Royaume-Uni.
Cette année, l’événement a comme thème le « renseignement sans frontières », car ce crime n’en connaît pas non plus, a déclaré Paul Brandt, le fondateur et chef de la direction de #NotInMyCity.
Même s’il est difficile de mesurer la fréquence de cette exploitation sexuelle « qui se déroule dans l’ombre », #NotInMyCity indique que de 2013 à 2023, plus de 4500 cas possibles de traite de personnes ont été signalés aux services policiers canadiens — 93 % des victimes sont des femmes et des filles.
Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) participe au sommet. Le commandant Frédéric Martineau dirige les unités d’enquête responsables de la traite de personnes, de proxénétisme et de l’exploitation sexuelle des enfants sur Internet.
Il signale que le Québec a cette réputation « peu enviable » : des jeunes sont envoyés par des réseaux à l’extérieur de la province et y sont exploités sexuellement, alors que l’inverse n’est pas vrai ; ceux des autres provinces ne viennent pas au Québec.
Plusieurs mythes
Les conférenciers qui se sont adressés aux médias lundi, lors d’une conférence de presse en amont de leurs travaux, ont cherché à déboulonner des mythes sur l’exploitation sexuelle.
Lorsque les gens pensent à la traite de personnes, ils voient « des chaînes », explique le surintendant Matt Baker du Service de police de Calgary. Or, ils devraient plutôt voir de la « confiance ». Car les jeunes se retrouvent souvent dans cette situation parce qu’ils font confiance à quelqu’un : il s’agit même souvent de (ce qu’ils croient être) leur « partenaire intime ». Selon #NotInMyCity, c’est le cas de 34 % des victimes — qui, parfois, ne se voient pas comme telles, a ajouté le surintendant Baker.
Les dossiers du SPVM pour traite de personnes sont souvent ouverts quand la victime contacte elle-même les policiers pour porter plainte, a précisé le commandant Martineau. On doit donc arrêter de penser à des descentes policières libérant des dizaines de jeunes filles ou à des clients qui sont de riches hommes d’affaires carburant au champagne. Les clients ressemblent à nos voisins, soutient-il.
Le SPVM mène aussi des opérations — des enquêtes initiées par les policiers — pour démanteler des réseaux organisés, ainsi que pour saisir les biens des criminels qui font de l’argent avec la traite de personnes.
Le commandant Martineau mise beaucoup sur la sensibilisation et l’éducation. Il suggère aux parents d’être à l’affût de divers signes, comme les changements de comportements de leurs enfants ou les nouvelles fréquentations. La ligne d’urgence canadienne contre la traite de personnes ainsi que son site Web offrent de l’information, de l’aide et des ressources.
#NotInMyCity a aussi développé des formations, notamment pour le personnel des aéroports. D’autres programmes s’adressent aux hôteliers et aux chauffeurs de taxi et de Uber, a renchéri le commandant Martineau. Il signale l’existence du projet Sphères, auquel participe le SPVM, qui vise à accompagner les jeunes Montréalais de 12 à 24 ans qui sont en situation d’exploitation sexuelle.
Il juge important que les victimes sachent qu’il y a de l’espoir, et que des gens sont formés pour les aider à s’en sortir.


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