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La Terre a un point si éloigné de toute côte que les humains les plus proches sont souvent les astronautes de l’ISS, à 400 km au-dessus

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J’ai suffisamment de matière. Rédaction de l’article.

2 688 kilomètres. C’est la distance qui sépare le centre exact du point Nemo de la moindre parcelle de terre émergée, où qu’on regarde sur une carte. Un vide océanique si vaste et si loin de tout que, statistiquement, les humains les plus proches de ce point ne se trouvent pas sur un bateau ni sur une île, mais en orbite, à bord de la Station spatiale internationale.

Perdu au cœur du Pacifique Sud, ce lieu porte le nom officiel de pôle maritime d’inaccessibilité. Il est situé à environ 48°52.6′S 123°23.6′W et représente l’endroit de l’océan le plus éloigné de toute terre. Il ne s’agit ni d’une île ni d’un rocher, mais d’un point mathématique, calculé pour résoudre ce que les géographes appellent le problème de la « plus longue nage » : trouver l’endroit du globe où, si une personne tombait d’un navire en pleine mer, elle serait aussi loin que possible de toute terre, dans toutes les directions. Le résultat tient en trois noms improbables : les trois terres les plus proches, situées chacune à environ 2 688 kilomètres, sont l’îlot Pandora de l’atoll Ducie au nord, Motu Nui près de l’île de Pâques au nord-est, et l’île Maher au large de l’Antarctique au sud. Trois confettis de terre, tous inhabités, qui délimitent un cercle de solitude presque parfait.

À retenir

  • Un point mathématique existe où la terre la plus proche se trouve à 2 688 kilomètres dans toutes les directions
  • Les astronautes de l’ISS passent parfois plus près de ce lieu que n’importe quel humain sur Terre
  • Depuis décennies, c’est le cimetière choisi par les agences spatiales pour les épaves orbitales

Sommaire

  1. Un ingénieur, un logiciel, aucun bateau
  2. Plus près des astronautes que de n’importe quel marin
  3. Un désert biologique promis à un dernier grand naufrage

Un ingénieur, un logiciel, aucun bateau

Personne n’a découvert le point Nemo à la longue-vue depuis le pont d’un navire. C’est l’ingénieur géodésien croate Hrvoje Lukatela qui l’a identifié en 1992, en s’appuyant sur un logiciel capable de calculer, à partir des contours précis des continents, le point le plus éloigné de n’importe quelle côte. Un travail de pure géométrie appliquée, mené depuis un bureau, pas depuis une timonerie. D’ailleurs, l’homme qui a mis ce lieu sur la carte ne s’y est lui-même jamais rendu.

Le nom choisi n’a rien d’un hasard. Nemo signifie « personne » en latin, et Lukatela, grand lecteur de Jules Verne, a voulu rendre hommage au capitaine Nemo de Vingt mille lieues sous les mers, ce marin qui rêvait de ne plus jamais poser le pied sur la terre ferme. Le clin d’œil est troublant : le personnage fictif cherchait justement à fuir toute civilisation, exactement ce que la géographie a fini par matérialiser près d’un siècle et demi plus tard. Curiosité supplémentaire, la zone a aussi inspiré l’écrivain H.P. Lovecraft, qui situait la cité engloutie de R’lyeh, antre du monstre Cthulhu, à des coordonnées troublantes de proximité avec le futur point Nemo, alors que sa nouvelle a été écrite des décennies avant les calculs de l’ingénieur croate.

Plus près des astronautes que de n’importe quel marin

Voilà le fait qui donne le vertige. La zone est si isolée que, comme aucune route maritime ou aérienne régulière ne passe à moins de 400 kilomètres, les humains les plus proches sont parfois les astronautes de la Station spatiale internationale lorsqu’elle passe au-dessus. L’ISS orbite en effet entre 330 et 400 kilomètres d’altitude selon les périodes, une distance souvent inférieure à celle qui sépare le point Nemo du moindre marin ou de la moindre côte habitée. Certains calculs vont plus loin : les astronautes seraient jusqu’à sept fois plus proches de ce point que n’importe quel être humain posé sur la terre ferme. Une façon de dire que, pendant quelques minutes de survol, l’espace devient littéralement plus proche que la Terre elle-même.

Ce n’est pas qu’une anecdote de géographie amusante. Ce vide océanique explique aussi pourquoi les agences spatiales en ont fait, depuis les années 1970, leur cimetière préféré. Entre 1971 et 2016, plus de 263 engins spatiaux ont été envoyés au point Nemo, sans compter les petits débris, la majorité étant d’origine russe. Skylab, plusieurs vaisseaux du programme soviétique Salyut, des dizaines de cargos de ravitaillement russes, japonais et européens : tous ont fini leur course dans ces eaux glaciales. Mais c’est bien la station Mir qui reste l’occupante la plus célèbre du lieu. Elle est sans conteste la plus illustre occupante de ce cimetière marin, et bien qu’elle pesât 143 tonnes lors de sa rentrée dans l’atmosphère, on estime que seules 20 à 25 tonnes de ses débris ont atteint le Pacifique en mars 2001.

Un désert biologique promis à un dernier grand naufrage

Cette absence de vie humaine s’accompagne d’une absence tout aussi frappante de vie marine. Le point Nemo se situe en plein centre du gyre du Pacifique Sud, un immense tourbillon de courants qui agit comme une barrière, empêchant les eaux froides riches en nutriments d’atteindre la zone. Sans apport de nutriments, pas de plancton ; sans plancton, toute la chaîne alimentaire s’effondre. Résultat, selon l’océanographe Steven D’Hondt de l’université de Rhode Island : il s’agit de « la région biologiquement la moins active du monde ». Un comble pour un océan censé grouiller de vie.

Ce grand vide n’a pourtant pas fini d’accueillir des visiteurs de poids. La Station spatiale internationale doit elle-même s’écraser dans le point Nemo en 2031, au terme d’une manœuvre de désorbitation contrôlée qui figurera parmi les opérations les plus délicates de l’histoire spatiale, vu la masse de la structure, proche de 400 tonnes. D’ici là, le lieu continuera de vivre sa double vie : décharge silencieuse pour ferrailles orbitales d’un côté, dernier sanctuaire de solitude pure de l’autre, traversé une fois tous les quatre ans par les skippers épuisés du Vendée Globe, seuls témoins humains à hauteur d’eau de cette immensité que même les satellites d’observation peinent à rendre tangible.

Sources : fr.9unknownfacts.com | tameteo.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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