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À l’approche des élections locales au Royaume-Uni, qui auront lieu jeudi, la candidate du Parti vert dans l’arrondissement de Hackney dans le nord de Londres, Sam Mathys, dit ressentir, porte après porte, un appel d’air sans précédent qui, selon elle, devrait faire entrer sa formation politique dans l’histoire cette semaine.
« Il est réellement en train de se passer quelque chose, résume à l’autre bout de la vidéoconférence la jeune politicienne britannique, originaire de Montréal et qui, l’automne dernier, a décidé de porter la couleur des verts dans ce scrutin visant à renouveler plus de 5000 sièges de conseillers dans des centaines de gouvernements locaux partout au pays. C’est un raz-de-marée qui se profile à l’horizon. On sent que les électeurs sont prêts à abandonner les partis traditionnels pour autre chose. Zack y est pour beaucoup, mais le mouvement qu’il anime est aussi plus large que lui et il risque de forcer la reconfiguration de la scène politique britannique après les élections. »
Zack ? C’est Zack Polanski, 43 ans, nouveau chef du Parti vert du Royaume-Uni. Depuis son élection, en septembre dernier, à la tête de la formation politique, il a propulsé le parti vers un nouveau sommet, et ce, de manière improbable dans le contexte politique européen où, partout ailleurs, les verts perdent surtout du terrain. C’est le cas en Allemagne, en Autriche, en France, en Belgique…
Lors d’un récent rassemblement politique dans le nord de Londres, celui que l’on surnomme le « Mamdani britannique », en référence au jeune maire de New York, Zohran Mamdani, qui, à la surprise générale, a fait entrer le socialisme et le populisme de gauche à la tête de la mégalopole américaine en novembre dernier, s’est vanté d’avoir multiplié par quatre la base militante de son parti, qui compte aujourd’hui 224 000 adhérents.
Dans les intentions de vote, le Parti vert d’Angleterre et du pays de Galles — c’est son nom officiel — oscille entre 15 et 20 % en vue du scrutin de jeudi prochain, dépassant parfois les appuis accordés au Parti travailliste du premier ministre Keir Starmer et se retrouvant au coude-à-coude avec Reform UK, le parti populiste anti-immigration dirigé par Nigel Farage. Lors des élections locales de 2024, les verts ont récolté 7 % des voix.
Avec un style direct et franc, Zack Polanski a lancé ce nouvel élan en faisant de la justice sociale et de la lutte contre les inégalités le carburant principal de son discours politique, un message qui plaît à gauche, dans un climat économique morose depuis le Brexit et qui nourrit le désenchantement des électeurs face aux travaillistes de Keir Starmer, actuellement au pouvoir.
Occuper le vide à gauche
« Depuis la démission de Jeremy Corbyn [populaire et charismatique chef du Parti travailliste jusqu’en 2019] et la fragmentation du système partisan britannique, les électeurs sont déçus par les partis travailliste et conservateur, résume en entrevue au Devoir le politologue Mitya Pearson, de l’Université de Warwick. Cela a créé une ouverture de l’espace politique à gauche dans laquelle les verts se sont engouffrés. »
Fin avril, un sondage YouGov a révélé que 10 % à peine des Britanniques jugeaient positivement le travail du premier ministre, Keir Starmer. Le taux atteint 21 % au sein des répondants se disant électeurs du Parti travailliste.
« Avec Zack Polanski, ils se sont aussi donné un communicateur efficace qui a axé son discours sur un populisme de gauche, en insistant sur le coût de la vie et en défendant des politiques comme un impôt sur les grandes fortunes, ce qui a encore accru leur popularité », ajoute M. Pearson.
Dans la région de Newcastle, première ville du nord-est de l’Angleterre, les verts ne cachent pas leur ambition d’aller occuper une bonne partie des 78 sièges du conseil municipal, après y avoir fait une entrée timide en 2024 en obtenant 4 sièges.
Fin avril, Zack Polanski y a d’ailleurs promis de « stopper l’ascension du Parti réformiste », de prendre la place des travaillistes en dénonçant les effets négatifs de la privatisation du transport en commun dans la région, qu’il veut remettre dans les mains des citoyens en plus de le rendre gratuit pour les moins de 22 ans. Il a réitéré ses engagements à promouvoir la construction de logements abordables, des loyers accessibles aux petites entreprises, à favoriser l’occupation de locaux vacants par des organismes culturels et artistiques et à taxer les ultrariches pour mieux réduire le coût de la vie. Un virage à gauche de la gauche pour les verts qui porte ses fruits.
Le 27 février dernier, dans le cadre d’une partielle dans la circonscription de Gorton and Denton, dans la grande région de Manchester, le parti de Zack Polanski a fait entrer une nouvelle députée verte au Parlement britannique, la cinquième à ce jour. Le scrutin a été remporté par Hannah Spencer, une jeune plombière et plâtrière du coin. Elle a délogé les travaillistes, qui règnent sur ce fief depuis 1974.
Une victoire galvanisante pour les verts, qui, selon leur nouveau chef, se prépareraient à décrocher, trois mois après cet exploit, plus de 1000 nouveaux sièges lors des élections locales, qui s’ajouteraient aux quelque 900 qu’ils détiennent actuellement.
« C’est ce qui va se produire, assure Sam Mathys, parce que Zack réussit à canaliser la colère ambiante pour la transformer en espoir, et ce, en mettant en avant des solutions concrètes là où d’autres ne font rien. Les verts proposent de répondre aux préoccupations des gens plutôt que de leur réciter des slogans creux. Et puis, notre financement vient des citoyens, pas de grandes entreprises et de gros donateurs, et cela change aussi la donne. »
La débâcle anticipée des travaillistes, couplée à l’ascension des verts dans les scrutins locaux de jeudi, pourrait changer la carte politique du Royaume-Uni en permettant à Zack Polanski et à ses troupes d’obtenir des majorités et « de prendre le contrôle de plusieurs gouvernements locaux, notamment dans la grande région de Londres », analyse Mitya Pearson.
« La projection à l’échelle nationale des résultats globaux des élections locales risque de livrer un portrait serré, car la vie politique britannique est très fragmentée, ajoute-t-il, mais beaucoup d’analystes s’attendent à ce que les verts obtiennent un meilleur score que les travaillistes et, potentiellement, deviennent la deuxième force politique au pays. »
Une perspective que Sam Mathys dit « adorer » et qui la fait déjà rêver à la suite des choses. « Il va y avoir un “avant” et un “après” le 7 mai, dit-elle, et le début d’une grande carrière nationale pour Zack. » Et elle ajoute : « Il va faire un super premier ministre. »
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