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La suite ou la fin?

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Les legs politiques mettent des années à se définir, et celui du premier ministre François Legault, bien qu’il soit d’ores et déjà décortiqué, n’y fera pas exception. Sa réalisation la plus marquante — la création de toutes pièces d’un parti, porté au pouvoir en l’espace d’à peine sept ans, pour former deux gouvernements majoritaires, coup sur coup de surcroît — reste en outre à écrire. À la veille de l’élection de la personne qui lui succédera, parmi deux candidats au « renouveau » antinomique, la question du sort même de sa Coalition avenir Québec (CAQ) demeure entière.

À terme, l’histoire retiendra certainement du règne de François Legault son affirmation sans ambages de l’identité nationale et constitutionnelle du Québec. Par le biais de gestes forts pour la culture québécoise ainsi que de voies de passage innovantes, il a cherché à affirmer la préséance de la langue française et à établir la laïcité de l’État québécois. Un nationalisme assumé, érigé en lois même, toutefois non sans malheureux dérapages faits d’excès ou d’incohérences. Le vœu fondateur de fortifier la nation québécoise se retrouvant, au fil des mandats, à la polariser malencontreusement.

Sa troisième voie, l’autonomisme, jadis novatrice, s’est par ailleurs sans grande surprise heurtée en cours de route à l’intransigeance du gouvernement fédéral, pour se solder finalement par une stratégie de petits gains — ou de revers et d’échecs, c’est selon. « Il faut prendre ce que la game te donne », dit aujourd’hui pour se défendre François Legault. Ou serait-ce plutôt un aveu, peu susceptible d’en convaincre encore plusieurs.

Car le chef caquiste laisse derrière lui une formation à l’avenir électoral immédiat sinistre, qui n’obtient que 9 % d’appuis dans le dernier sondage Léger-Québecor et aucun siège selon les projections de l’agrégateur de sondages Qc125. Les dégringolades populaires sont propres aux fins de mandats. La CAQ a cependant déjà perdu non moins des trois quarts de ses électeurs depuis 2022.

Le défi est vertigineux pour celui ou celle qui lui succédera, de même que pour toute une famille politique qui se retrouve sans son patriarche.

D’autres se sont vu prédire une débâcle électorale ou même prophétiser une fin fatale sans pour autant sombrer. Quelle que soit l’ampleur de la défaite prédite pour l’automne prochain, la CAQ conservera pour l’heure une mince part de financement populaire, ses instances et ses membres. L’hétérogénéité des préoccupations citoyennes contemporaines, observée par les politologues, pourrait même préserver celles privilégiant une réflexion autonomiste identitaire.

La cohésion de cette jeune coalition elle-même hétéroclite, qui n’a tenu jusqu’ici que sous l’autorité de l’unique chef fondateur, se retrouve toutefois indéniablement fragilisée non seulement par le départ de François Legault, mais aussi par l’acrimonieuse course à sa succession. Rien ne garantit, bien au contraire, que les électeurs ayant tenté l’aventure caquiste aux deux derniers scrutins généraux lui reviendront. Ni que son membrariat ne s’effritera pas à son tour.

Qu’ils soient séparés en parts quasi égales ou entre deux camps plus asymétriques, il n’est pas dit que les militants caquistes qui auront adhéré à l’une ou l’autre des visions divergentes du « changement de cap » de la CAQ se rallient, s’il advenait que ce ne soit pas la leur qui soit sacrée grande gagnante. Entre un renouveau plus modéré ou un électrochoc audacieux, les partisans de Christine Fréchette ou de Bernard Drainville, quel que soit leur nombre, seront inévitablement déçus.

Quant aux tensions (pour ne pas dire réprobations) entre les deux aspirants chefs, celles-ci sont certes aussi dans l’ordre des choses d’une course à la chefferie. Qu’un candidat se fasse chahuter lors d’un débat peut l’être également. De tels clivages, même sous le couvert d’une conversion subséquente des troupes du perdant, laissent cependant des traces, comme en témoigne l’humeur des progressistes-conservateurs au sein du Parti conservateur de Pierre Poilievre, à Ottawa, qui oscillent depuis sa victoire entre déception et défections.

L’adhésion populaire à la troisième voie caquiste n’a que deux cycles d’enracinement électoral. La grande majorité de ces récents convertis est depuis rentrée au bercail des vieux partis libéral ou péquiste ou s’est laissée séduire par la formation d’Éric Duhaime.

Il reviendra à Christine Fréchette ou à Bernard Drainville, à compter de dimanche, de mettre un terme à cet exode et d’éviter que la CAQ ne s’effrite jusqu’à n’être plus qu’un schisme politique. Ce qui représenterait assurément, au-delà du renoncement contraint à un troisième mandat, le plus gros deuil de François Legault.

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