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La Suède a un émetteur radio dressé en 1924 : ce qui l’empêche de fonctionner plus de deux fois par an n’est ni une panne ni son grand âge

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Un vrombissement métallique s’élève dans le sud-ouest de la Suède, près de Varberg, deux fois par an à peine. La source ? Un alternateur construit en 1924, toujours capable d’émettre en morse sur les grandes ondes, mais que ses gardiens refusent délibérément de faire tourner plus souvent. Ni panne ni usure liée à l’âge : c’est un choix de préservation qui dicte ce rythme si particulier.

À retenir

  • Un alternateur de 1924 émet toujours en morse, mais ses gardiens limitent délibérément ses transmissions
  • Aucune pièce de rechange n’existe pour cette machine unique : chaque démarrage représente un risque
  • Deux émissions annuelles suffisent à maintenir cette relique vivante pour les générations futures

Sommaire

  1. Un dinosaure technologique toujours vivant
  2. La vraie raison de sa rareté : une pièce irremplaçable
  3. Comment suivre une transmission depuis chez soi

Un dinosaure technologique toujours vivant

La station radio de Grimeton a été construite à Grimeton en Suède, dans le comté de Halland, entre 1922 et 1924, et témoigne des débuts de la communication transatlantique sans fil. Son émetteur, baptisé TBF, abrite aujourd’hui le seul émetteur à alternateur d’Alexanderson en état de marche au monde. L’antenne qui l’accompagne n’a rien d’anodin : un faisceau de fils aériens tendu sur six pylônes autoporteurs de 127 mètres. Autant dire une cathédrale d’acier plantée dans la campagne suédoise.

La mise en service commerciale date du 1er décembre 1924, sous l’indicatif d’appel « SAQ », avec des liaisons transatlantiques vers la station de réception de Riverhead et la station émettrice de Rocky Point, toutes deux situées à Long Island, dans l’État de New York. À son apogée, l’installation n’était pas un simple gadget d’ingénieur : elle transmettait rapidement 95 % du trafic télégraphique suédois vers les États-Unis. Un chiffre qui donne le vertige quand on pense qu’aujourd’hui, un simple smartphone suffit à échanger l’équivalent en quelques secondes.

Le paradoxe, c’est que cette technologie était déjà dépassée à sa naissance. La technologie de l’alternateur Alexanderson devenait obsolète au moment même de son installation, les émetteurs à tube à vide inventés par Lee De Forest ayant remplacé la plupart des émetteurs pré-électroniques dès le début des années 1920. Grimeton a pourtant continué son service commercial jusqu’à une date tardive : l’émetteur y est utilisé jusque dans les années 1950 pour les communications télégraphiques transatlantiques, puis pour les communications sous-marines jusqu’en 1996. C’est finalement en 1996 que la machine mécanique a été mise à l’arrêt, jugée dépassée et trop vieille pour un usage régulier. Depuis, elle a changé de statut : grâce à son excellent état, elle a été déclarée monument national, avant de rejoindre en 2004 la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO.

La vraie raison de sa rareté : une pièce irremplaçable

On pourrait croire qu’un siècle d’existence suffit à expliquer la parcimonie des mises en route. Ce n’est pas le cas. La station a conservé à l’origine deux alternateurs Alexanderson, dont l’un a été démantelé et mis à la ferraille en 1960, tandis que le second est resté bien préservé et pleinement entretenu en état de fonctionnement. il ne reste qu’un seul exemplaire fonctionnel sur Terre, sans aucune pièce de rechange industrielle disponible en cas de casse majeure. Chaque démarrage sollicite des pièces mécaniques et électriques qu’on ne fabrique plus nulle part, ni en Suède ni ailleurs.

Cette rareté absolue transforme chaque mise en marche en opération à haut risque patrimonial. Les bénévoles de l’association Alexander, qui font tourner le site, ont donc fixé un rythme volontairement restreint : deux fois par an, une transmission en morse a lieu sur 17,2 kHz, avec un message porteur d’inspiration adressé aux auditeurs du monde entier. Le rendez-vous le plus attendu reste le jour de l’Alexanderson, célébré chaque année aux alentours du 1er juillet, complété parfois par une émission à Noël. Certaines années, un troisième créneau peut apparaître pour une commémoration particulière, comme le centenaire de la première transmission commerciale marqué le 1er décembre 2024.

Le choix n’a donc rien d’une contrainte technique subie : c’est une décision assumée par les gardiens du site, qui préfèrent économiser l’usure d’une machine unique plutôt que la faire tourner pour le simple plaisir. On peut y voir une forme de sagesse patrimoniale, presque inverse de la logique industrielle habituelle : ici, moins on utilise l’objet, plus on garantit sa survie pour les décennies à venir. Un raisonnement qu’on retrouve d’ailleurs pour d’autres machines historiques rares, des locomotives à vapeur centenaires aux orgues mécaniques de collection.

Nul besoin de vivre en Scandinavie pour capter le signal. La fréquence de 17,2 kHz appartient aux ondes très basses fréquences (VLF), capables de parcourir d’immenses distances et même de pénétrer sous l’eau, ce qui explique pourquoi ce type d’émetteur a longtemps servi aux communications avec les sous-marins après l’abandon du trafic commercial classique. Des passionnés du monde entier, des radioamateurs scandinaves jusqu’aux stations d’écoute nord-américaines, envoient ensuite des rapports de réception à l’association, un peu comme des collectionneurs de timbres échangeraient leurs plus belles pièces.

La visite du site reste possible en dehors des jours de transmission : le public peut découvrir les pylônes et les bâtiments d’origine en période estivale. Mais l’expérience la plus recherchée demeure celle du démarrage en direct, un rituel où les opérateurs relancent patiemment un mécanisme centenaire fait de courroies, de disques rotatifs et de contacteurs électromécaniques. Un spectacle rare, à mi-chemin entre l’archéologie industrielle et le direct radiophonique, que seule une poignée de techniciens suédois sait encore orchestrer sans notice d’utilisation moderne.

Sources : whc.unesco.org | explorationvacation.net

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