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La Stratégie québécoise de l’audiovisuel 2026-2031 confirme le virage jeunesse de Télé-Québec

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Le ministre de la Culture et des Communications Mathieu Lacombe effectuait lundi matin la dernière grande annonce de son mandat, quelques jours après avoir confirmé son retrait de la vie politique. À la hauteur de 609,6 millions de dollars, dont 289 millions d’argent frais, le plan quinquennal de la Stratégie québécoise de l’audiovisuel répond aux attentes du milieu, formulées rapport du Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel au Québec (GTAAQ) présenté en 2025. Au cœur de la Stratégie, le rôle de Télé-Québec, qui investira massivement dans la production de contenus destinés au jeune public, quitte à délaisser les productions dites « grand public ».

La société d’État québécoise est appelée à renouveler son mandat, affirmait le ministre Lacombe, soit de « passer d’une télévision linéaire généraliste à un média multiplateforme capable de joindre non seulement les enfants, mais aussi les adolescents et les jeunes adultes », cette dernière clientèle devant la priorité.

La Stratégie sera déployée en deux phases ; la première (2026-2028) bénéficie d’une enveloppe de près de 240,6 millions de dollars, alors que 369 millions seront nécessaires pour la suite. Entre autres dépenses annoncées pour la première phase de déploiement, Télé-Québec disposera de 12,5 millions de dollars pour créer de nouvelles « marques jeunesse » et ouvrir des « espaces de créations, incubateurs et accélérateurs d’innovation jeunesse » ; à cette somme s’ajoutent notamment près de 13 millions de dollars pour optimiser sa plateforme numérique et développer une stratégie de diffusion multiplateforme dans le but de rejoindre les jeunes là où ils sont.

« Notre Stratégie s’appuie sur une conviction : la jeunesse doit être au cœur de la vitalité et de la transmission de notre culture », a déclaré la première ministre Christine Fréchette en ouverture la conférence de presse, à laquelle assistait une soixantaine d’acteurs du milieu audiovisuel.

« Ce qu’on veut, c’est renforcer la capacité du Québec de créer, produire, diffuser et faire apprécier sa culture, ici comme ailleurs », a ajouté la première ministre. L’un des quatre axes sur lesquels s’articule la stratégie vise à assurer une « présence forte ici et ailleurs » et se traduit par une augmentation de l’aide à la promotion, diffusion et exportation de 2,25 millions de dollars que se partageront le ministère, le Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC). TV5 Québec-Canada reçoit pour sa part 7 millions de dollars en « soutien à la mission et au rayonnement international des contenus québécois ».

Les producteurs soulagés

Suivant Télé-Québec, la SODEC étendra ses moyens d’action dès la première phase de la Stratégie : 100 millions de dollars seront investis pour la création d’un nouveau programme de « financement intermédiaire du crédit d’impôt remboursable » pour la production audiovisuelle. Cette somme vient renforcer la « modernisation » de la Société, telle que définie par le projet de loi 108 déposé en décembre dernier, qui faisait passer la capitalisation de sa banque d’affaires de 19,5 millions à 219,5 millions de dollars.

« Il faut savoir que, lorsqu’on déclenche une production, on doit emprunter des sommes aux banques avant de pouvoir toucher les revenus que la production génère et bénéficier des crédits d’impôts », simplifie Charles Lafortune, animateur et premier vice-président (contenu et création) chez Pixcom. Le nouveau programme de la SODEC offrira des prêts à taux préférentiels en comparaison de ceux offerts par les institutions financières. « C’était un peu absurde, au bout du compte, que les contribuables québécois qui financent notre culture paient aussi des intérêts élevés aux banques. »

Si plusieurs détails de ces nouveaux investissements restent à être éclaircis, par exemple la manière dont seront distribuées les sommes de la seconde phase (2028-2031) du plan quinquennal et ces neuf chantiers qui devront être lancés (sur la pérennisation du financement du secteur, la transformation de la Loi sur le cinéma, la révision de la loi régissant Télé-Québec, etc.), les producteurs sondés par le Devoir semblaient heureux que le gouvernement ait répondu aux grandes lignes du rapport du GTAAQ.

« On verra dans les détails tout ce que ça veut dire, mais ce sont de belles annonces qu’on accueille comme cette une bouffée d’air frais dont on a tellement besoin en ce moment », a réagi Sophie Lorain, actrice, réalisatrice et productrice (ALSO Productions). « Ça fait des années que le milieu trouve ça difficile, mais aujourd’hui, nous sommes sur le respirateur artificiel — et je pense que les décideurs s’en sont rendu compte. »

« On a été écouté, je le vois autour de moi, je l’entends, ajoute Mme Lorain. Le ministre Lacombe a fait un travail extraordinaire, je serais malhonnête de dire le contraire. Il y avait de gros enjeux, beaucoup de questions en suspens, presque quarante ans de retard sur la modernisation des politiques, et le ministre a fait ce qu’il avait à faire. »

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