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Si les conséquences sur la santé physique de l’actuelle vague de chaleur font les manchettes, ses effets sur la santé mentale restent dans l’ombre. Pourtant, de tels épisodes sont associés à une augmentation des hospitalisations pour troubles mentaux, des consultations auprès d’Info-Santé pour des conditions de santé mentale et même des suicides, détaillent des experts qui plaident pour une meilleure adaptation des soins aux hausses de température.
Lors de la canicule qui a frappé Montréal en 2018, 66 personnes ont perdu la vie. Fait troublant : 26 % d’entre elles étaient atteintes de schizophrénie alors que ce trouble ne touche que 0,6 % de la population. À cela s’ajoutent 18 % des victimes qui souffraient d’un problème de consommation d’alcool.
Les questions de santé mentale sont rarement abordées dans les communications de santé publique en cas de canicule, se désole Éric Lavigne, chercheur et épidémiologiste à Santé Canada et professeur à l’Université d’Ottawa.
Il s’agit d’un « défi de santé publique majeur », renchérit Jura Augustinavicius, professeure agrégée au Département de santé environnementale et santé au travail de l’Université de Montréal. « Nous devons accorder plus d’attention à la santé mentale, en particulier quand certains chiffres montrent que les personnes atteintes de troubles de santé mentale meurent de manière disproportionnée pendant les périodes de chaleur extrême. »
Quel lien entre santé mentale et chaleur ?
« Nous essayons encore de comprendre quels mécanismes sous-tendent cette relation », admet la professeure Augustinavicius. Parmi les pistes : l’irritabilité et le stress accrus par la chaleur, qui peuvent exacerber des symptômes psychiatriques existants.
La chaleur agit aussi directement sur le cerveau, explique Éric Lavigne : « Ça peut affecter certains neurotransmetteurs, créer une certaine inflammation au niveau cérébral, affecter la capacité du cerveau à avoir une bonne oxygénation et les fonctions cognitives. »
L’épidémiologiste insiste également sur le rôle du sommeil. « Quand les températures dépassent environ 26-27 °C à l’intérieur des bâtiments, on entre dans une zone rouge où la qualité du sommeil est vraiment affectée. » S’ensuivent irritabilité, symptômes dépressifs et anxiété, qui s’accumulent au fil des nuits écourtées.
Des populations vulnérables
Le Dr Simon Ducharme, psychiatre à l’Institut Douglas, s’inquiète particulièrement pour les personnes vivant avec des maladies psychiatriques sévères, comme des troubles psychotiques. Elles « vivent souvent dans des milieux de vie défavorisés à cause de l’impact de la maladie », donc dans des environnements « peu équipés » pour faire face aux chaleurs.
Ces personnes sont d’autant plus à risque puisque la chaleur peut interférer avec leurs médicaments : la chaleur modifie la façon dont certaines substances sont absorbées et éliminées, explique la professeure Augustinavicius.
Les personnes isolées sont plus susceptibles de subir les répercussions de la chaleur sur leur santé mentale, tout comme celles en situation d’itinérance ou à faible revenu, qui n’ont pas nécessairement accès à la climatisation dans leur demeure, explique l’épidémiologiste.
Toutefois, si ces populations vulnérables sont bien identifiées, la professeure Augustinavicius rappelle que le portrait reste incomplet : la recherche s’est surtout intéressée aux cas les plus sévères, et on connaît encore peu ce que la chaleur fait à la santé mentale de la population générale.
Un système de soins à repenser
« On est dans des contextes où il va y avoir davantage d’événements caniculaires, puis, […] il faut s’adapter », affirme Éric Lavigne. Cela passe par des messages de santé publique qui intègrent la santé mentale, mais aussi par des gestes individuels comme préparer sa demeure et garder l’œil sur les personnes qui vivent seules. Les villes, elles, devraient offrir des zones climatisées et de la végétation urbaine, en priorité dans les quartiers défavorisés.
À l’Institut Douglas, les patients suivis en clinique externe ont un code de risque. Lors des canicules, ils sont contactés selon leur niveau de vulnérabilité pour s’assurer qu’ils sont en sécurité, explique le Dr Ducharme. Il précise toutefois que les milieux de soins psychiatriques sont très mal équipés pour gérer la chaleur extrême : « La plupart des chambres de patients ne sont pas climatisées. » Ces installations devront être améliorées pour assurer le confort des patients.
Pour la professeure Augustinavicius, il faut surtout renforcer la résilience des systèmes de soins : des lieux de soins climatisés et des espaces frais accessibles aux plus vulnérables. D’autres mesures restent à être développées et c’est l’objet de son projet de recherche, qui suivra des jeunes adultes à Montréal, au Mexique et en Argentine durant les périodes les plus chaudes, afin d’adapter les services de santé mentale au contexte de chaleur.


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