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Signe que la saison des foins bat son plein, les terres agricoles fourmillent de machinerie ces jours-ci au Témiscamingue.
Le producteur agricole Ronald Cormier, qui élève des bovins de boucherie à Lorrainville, cumule quelques décennies de récolte derrière le volant de sa faucheuse.
Il nous invite à monter à bord pour découvrir la production de foin à travers son expérience.
1-C’est quoi, du foin?

Dans le champ qu'il a ensemencé, on retrouve principalement de la luzerne, en plus de graminées pour fournir une alimentation riche à ses bovins.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Le foin est un mélange de plantes qui sert à nourrir les animaux de ferme lorsqu’ils ne sont pas au pâturage. Le fourrage peut être composé de différentes plantes selon le mélange de chaque producteur.
Ronald Cormier a semé de la luzerne et des graminées, comme du mil, du brome et de la grande fétuque. Mais comme tu peux voir, c’est la luzerne qui a sorti en force, puis la graminée n'est pas trop présente cette année, nous dit-il pendant qu’il manœuvre son ancienne faucheuse.
Le foin qu’il récolte est destiné à ses animaux, des bovins de boucherie, aussi appelés bouvillons d’abattage. Le taux de protéines est déterminant pour le moment de la fauche.
Mes cousins producteurs de lait, ça fait déjà au-dessus d’une semaine et demie qu’ils ont fait leur récolte, signale M. Cormier. Aussitôt que ton foin commence à fleurir, la protéine baisse assez rapidement.

Cette journée-là, Ronald Cormier a prévu faucher environ 50 acres. La veille, il en avait fait 80.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Je suis aux bœufs, donc ça me prend moins de protéine que le gars de lait, précise l’agriculteur. C’est pourquoi il commence sa récolte habituellement autour du 15 au 18 juin. Cette année, la fauche a débuté le 22 juin, de quatre à sept jours plus tard, en raison de la pluie.
Le producteur réalise deux coupes durant l’été. La première, d’environ 500 acres, s’étale sur trois à quatre semaines. La deuxième, vers la fin juillet, est plus petite, une partie des champs étant broutée par les vaches au pâturage.
2-La pluie, amie ou ennemie?
La pluie est souhaitable pour faire pousser les plantes, mais redoutée pendant la récolte. La température idéale est composée de soleil et de vent pour sécher le foin fauché dans les champs.
Il faut gager qu’on fauche telle journée parce qu’on a du temps en masse pour qu’il sèche un peu puis le récolter, mais ce n’est pas nous autres qui décidons de ce bout-là, indique Ronald Cormier.

Les plantes fourragères sont coupées et tassées à l'intérieur de cette machine pour en faire des corridors, visibles dans les champs.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
S'il pleut après la fauche, l’eau peut détériorer les buttes de foin. Tout dépendant de la quantité qui est tombée, il y a des fois qu’il y a tellement d’eau dedans qu’elle ne veut même pas sécher, illustre M. Cormier.
Même si des risques d’orage sont annoncés le lendemain de notre visite, l’agriculteur semble peu préoccupé. Il y en a toujours un peu, alors c’est rare qu’il n’y en a pas du tout. À un moment donné, on prend des chances si on veut que ça avance!

Le foin qui a été séché au préalable est brunâtre, alors que le foin humide est plutôt vert.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
En hiver, les balles de foin trop humides sont laissées de côté quand il fait très froid, pour éviter qu’elles deviennent dures une fois déballées. Mais la neige protège les balles enrobées de plastique.
3-Comment le foin devient-il une balle?
Tout commence avec l'ensemencement des terres. Le mélange a été semé quatre saisons auparavant et poussera encore plusieurs années.

Ronald Cormier préfère utiliser son ancienne faucheuse que la nouvelle machinerie.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Il faut ensuite faucher les plantes fourragères. Ronald Cormier préfère couper avec sa vieille faucheuse automotrice des années 1980, alors qu’il laisse une faucheuse rotative moderne à son employé.
La machine coupe les tiges et les rassemble en rangées, appelées des andains. Le foin sèche une journée et demie environ dans le champ pour obtenir un bon taux d’humidité.
Ensuite, à l’aide de râteaux, le producteur rassemble deux andains en un, une étape facultative, précise-t-il. Un employé suit non loin derrière avec la presse à balles de foin.

Sur l'écran relié à la presse à balles rondes, on peut voir le taux d'humidité et le diamètre de la balle. Les deux lignes vertes indiquent si le foin amassé est bien réparti.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
La presse, tirée par un tracteur, tourne pour accumuler le foin et l’attache à l’aide d’un filet. Ça, c’est un indicateur pour mettre tes balles égales. Regarde, là, elle me dit qu’elle est rendue à 40 pouces, pointe Ronald Cormier sur l’écran.
Le taux d’humidité est aussi indiqué, à 59 % dans ce cas-ci. C’est pesant. Mais pour la conservation, c’est bon. J’essaie par contre de ne pas aller si haut que ça.
Un son strident se fait entendre avant d'expulser la balle au sol. Un tracteur viendra plus tard récupérer toutes les balles pour les emmener à l’enrobeuse.

Après avoir été roulée et attachée avec un filet, la balle de foin de 56 pouces est expulsée de la presse pour être laissée dans le champ.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
4-On conserve ça comment, du foin?
La nourriture pour les bovins peut être entreposée de différentes manières, que ce soit dans une grange, dans des silos ou dehors, enrobée de plastique. C’est le cas pour plusieurs producteurs agricoles, dont M. Cormier, qui conserve son foin en boudins de 140 balles.
Les balles de foin sont déposées dans l’enrobeuse qui, à l’aide de ses quatre rouleaux, enrobe la précieuse récolte. Gare aux oiseaux et aux animaux nocturnes qui se régalent aussi de ce mélange, raconte notre hôte, qui répare les trous pour éviter un foin moisi.

Sur la ferme de Ronald Cormier, les balles de foin sont emballées ensemble, en « boudins ». C'est une manière répandue de faire aujourd'hui, plutôt que de les laisser éparpillées.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Ses bouvillons de finition auront besoin de ce foin toute l’année, alors que les vaches s’y nourriront de l’automne au printemps.
Puisque l’air est coupé dans l’emballage, le foin fermente et conserve son humidité. Pour obtenir du foin sec, il faut l’étendre et le laisser sécher plus longtemps au champ.
5-Aimez-vous faire les foins?

Ronald Cormier aime faire les foins, «surtout quand il fait beau!», dit-il.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Faire les foins, comme tel, j’aime bien ça. Quand tu fais de belles balles, puis qu’il fait beau, que tout va bien, que rien ne casse, c’est plaisant, lance Ronald Cormier en souriant.
L'agriculteur loue des terres à son fils pour les besoins de ses animaux. L’an passé, il a produit 2200 balles à la première coupe, puis 650 pour la deuxième.
6-D’hier à aujourd’hui, qu’est-ce qui a changé?

Le foin récolté sert à nourrir les vaches et les veaux.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Né dans une famille d’agriculteurs, Ronald Cormier a vu passer plus d’une saison de foin, une cinquantaine pour être plus précis. Admettons que les premières années, je ne devais pas couper ben ben, à l’âge que j’ai!, mentionne-t-il en rigolant.
La nouvelle machinerie permet de gagner du temps. Astheure, vu qu’on le fait humide au lieu d’avant ça, les balles, c’était tout sec. La rapidité, la quantité de foin qu’on ramasse, c’est pas mal plus énorme, relate le producteur bovin.

L'an passé, Ronald Cormier et son employé ont produit 2200 balles de foin à la première coupe.
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
La presse automatique évite aussi de devoir sortir. Dans le temps, les ajustements, tu débarquais puis t’allais les faire directement après la presse, se souvient-il.
D’un point de vue familial, il garde aussi de beaux souvenirs. Quand les enfants étaient jeunes et qu’ils participaient, c’était le fun. C’est ma femme qui raclait. Au début, elle aimait moins ça, mais au fil des ans, elle était bonne, raconte Ronald Cormier.
7-Qu’est-ce qui fait un foin de qualité?
Chaque agriculteur a ses propres critères, mais pour M. Cormier, ça commence avec de la luzerne.
C’est que lorsque c’est sec, la luzerne pousse bien quand même, parce que les racines sont profondes. Et à la deuxième coupe, tu as plus de rendement que juste de la graminée. La graminée, elle aime plus la fraîcheur.
La clé du succès, selon lui, c’est de le ramasser au bon temps, puis se dépêcher à aller l’enrober.


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