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La Russie a de plus en plus de mal à dissimuler les effets désastreux de la guerre sur son économie

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Pour l'économie russe, l'année 2025 a agi en véritable séisme: de nombreuses entreprises sont désormais déficitaires, la solvabilité du Trésor public ne tient plus qu'à l'augmentation des impôts et l'inflation soi-disant «maîtrisée» de 6% peut remercier les taux d'intérêt élevés de la Banque centrale. La hausse des prix a effectivement été moins importante qu'en 2024 (9,52%), l'occasion pour les autorités financières de se féliciter d'un succès économique.

«L'inflation annuelle est déjà tombée en dessous de 6%. D'ici la fin de l'année, la croissance des prix sera à son niveau le plus bas depuis cinq ans», précisait la gouverneure de la Banque centrale, Elvira Nabiullina, le 19 décembre 2025 lors d'une conférence de presse consacrée aux taux d'intérêt. Dans les faits, la politique monétaire du Kremlin est devenue restrictive: le taux directeur a été relevé début 2025 à un niveau historique et la Banque de Russie a cessé d'augmenter la masse monétaire.

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Si la Banque centrale ne crée plus directement de la monnaie, les banques commerciales, elles, continuent de le faire activement. Autrement dit, l'interrupteur n'a été éteint qu'à moitié, et la politique anti-inflationniste reste modérée, comme le souligne le média d'investigation indépendant russe The Insider.

Niveau budget, les prévisions pour 2025 se sont révélées bien trop optimistes. L'augmentation des recettes –chiffrée à 11,6%– n'a atteint que 0,7%. En cause: les revenus pétroliers et gaziers dont la valeur a baissé de près d'un quart en une année. La chute du prix du baril a touché de plein fouet l'une des principales industries du pays. En parallèle, le rouble s'est apprécié de 45% par rapport au dollar –en raison de la baisse de demande de devises étrangères et du taux d'intérêt élevé– ce qui a accentué les pertes. En d'autres termes, le moteur économique de la Russie s'essouffle.

Les impôts explosent

Dans ce contexte, l'augmentation des taux d'imposition n'a pas suffi à équilibrer le budget. Pourtant, les recettes liées aux impôts sur le revenu des personnes physiques ont plus que doublé en une année. Côté entreprises, les revenus fiscaux sur les bénéfices ont bondi de 75%. De surcroît, les consommateurs ont dû s'accommoder d'une TVA réhaussée de 17%. Jamais la population et les sociétés n'avaient été mises à contribution à un tel niveau depuis le début du conflit.

Si Moscou parvient tout de même à limiter son déficit, la situation économique délétère qui s'immisce dans le pays n'est en rien résolue. Équilibrer les comptes en augmentant les impôts alors que l'économie se contracte ne permet pas d'assurer un avenir pérenne. Les bénéfices des sociétés russes sont en baisse pour la deuxième année consécutive, preuve d'une récession bien installée. Les secteurs de l'extraction de charbon, de la sylviculture, de l'exploitation forestière et de la transformation du bois sont désormais dans le rouge. L'industrie automobile et le domaine du transport ferroviaire de marchandises voient leurs bénéfices plonger de plus de 75%. Un choc difficile à encaisser pour le Kremlin.

Un cas d'école

«Tout ce qui se passe dans l'économie russe peut être facilement décrit par un manuel d'introduction à la macroéconomie, explique Tatiana Mikhailova, économiste à l'Université de Pennsylvanie. L'État dépense de l'argent pour l'armée ou les infrastructures. Cet argent (…) stimule la demande de biens et de services. L'inflation commence alors à augmenter, surtout lorsque, comme en Russie, les dépenses publiques ne sont pas consacrées à des activités qui contribueraient à la croissance. La monnaie perd de sa valeur, la consommation devient plus difficile, les mesures de relance s'épuisent, l'inflation baisse et l'économie commence à reculer.» Selon elle, cette phase a débuté à la fin de l'année 2024.

En 2026, les autorités ont pris leurs bonnes résolutions. Craignant l'inflation et souhaitant à tout prix éviter de justifier les difficultés économiques actuelles, Moscou s'est doté d'une politique d'austérité drastique. Le budget 2026 repose sur une nouvelle augmentation des impôts et une forte réduction des dépenses, y compris militaires.

Pour de nombreux spécialistes, cette politique arrive trop tard. Les citoyens et les entreprises paient déjà le lourd tribut de la gestion financière déficitaire. Dans ce contexte, la production se contracte, et avec elle les recettes fiscales chutent. La stabilisation budgétaire ne rime plus avec prospérité. Difficile donc d'imaginer l'ampleur des efforts et sacrifices nécessaires pour revenir, un jour, à une situation de croissance.

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