Sergueï Eisenstein (1898-1948) a marqué l’histoire du cinéma, révolutionné l’art de monter des images, de créer des chocs esthétiques, de raconter des histoires. C’était dans les années 1920, l’époque du Cuirassé Potemkine et d’Octobre. Son génie s’est mis au service d’un mysticisme révolutionnaire pour galvaniser les foules. Mais son art n’a cessé d’évoluer. C’est ce que la romancière Gouzel Iakhina nous a confié lors de sa participation au Livre sur les quais, à Morges, grâce à sa traductrice, Maud Mabillard.
Rondelet, hirsute, d’une voix de fausset, Eisenstein occupe le terrain par son esprit brillant, son ironie acide. Il se montre tantôt courageux, tantôt odieux. Ce récit est à sa hauteur: démesuré. Eisen emportera même ceux qui n’ont jamais vu les films du maître. Ces 520 pages dressent le portrait d’un homme qui avance toujours masqué, sauf peut-être lorsqu’il pleure dans les bras de sa mère honnie, comme un vieux bébé, ou lorsqu’il procède au montage de ses films. Eisen est aussi une tragédie sur les rapports que l’art entretient avec un pouvoir totalitaire.


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