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La retraite pour Mikaël Kingsbury

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Rares sont les champions qui peuvent choisir leur sortie parfaite. Mikaël Kingsbury vivra ce privilège samedi au Sommet Saint-Sauveur lors des championnats canadiens. Le roi des bosses mettra officiellement un terme à sa carrière d’athlète dans la même piste où le jeune garçon de 8 ans qu’il était s’est mis à rêver grand il y a 25 ans.

Mais jamais aussi grand que la carrière qu’il a eue.

J'ai accompli plus de choses que je ne l’aurais jamais imaginé, a expliqué le skieur de 33 ans à Radio-Canada. Mon rêve, à 10 ans, c’était d'aller aux Jeux olympiques, de gagner une médaille d'or, de porter le maillot jaune. Mais je ne pensais pas avoir 100 victoires en Coupe du monde, être 9 fois champion du monde. Je pensais gagner des médailles, mais pas autant!

Sa décision était attendue après ses deux plus récentes médailles olympiques remportées aux Jeux de Milan-Cortina. Sa médaille d’or en duel, une épreuve tenue pour la première fois aux Jeux, aura donc été son dernier triomphe international. Une médaille qui confirmait que le plan échafaudé dans sa tête allait fonctionner.

Il croque sa médaille d'or.

Mikaël Kingsbury avec sa médaille d'or aux Jeux de Milan-Cortina.

Photo : Getty Images / Patrick Smith

Il y a deux choses que je voulais réaliser cette saison : je voulais gagner ma centième victoire en Coupe du monde et gagner l’épreuve des duels aux Jeux olympiques. Ma décision aurait été la même si je n’avais pas atteint ces deux objectifs, mais ça aurait été plus difficile d’arrêter, c’est certain.

Je me sens vraiment prêt à passer à autre chose et je n’ai aucun regret. Je suis en paix avec ma décision et fébrile pour la suite. Je suis quand même père de famille et je veux être présent. Je continuerais si je pouvais être à la maison tous les jours, mais c’est impossible. Je suis vraiment satisfait, parce que j’ai tout accompli ce que je voulais. Comme on dit en bon québécois dans les jeux vidéo : j'ai passé la cassette deux fois, trois fois.

La retraite lui trottait dans la tête depuis la naissance de son fils, Henrik, mais c’est en septembre dernier que l’idée s’est cristallisée dans sa tête. Reconnu pour son souci du détail tout au long de sa carrière, Kingsbury n’a rien voulu laisser au hasard pour sa sortie.

Mikaël Kingsbury avec sa partenaire et son fils aux Jeux de Milan-Cortina, sa médaille d'or au cou, après sa victoire à l’épreuve de bosses en parallèle.

Mikaël Kingsbury avec sa conjointe, Laurence, et leur fils, Henrik, aux Jeux olympiques de Milan-Cortina

Photo : Getty Images / Hannah Peters

Lors d’une ronde de golf avec des représentants de la Fédération québécoise de ski acrobatique, il leur a demandé s’ils pouvaient organiser le championnat canadien au Sommet Saint-Sauveur.

La famille Kingsbury, tout comme la famille d’Alexandre Bilodeau, aussi double médaillé d’or olympique, possède un chalet dont la cour arrière donne sur une pente de ski. Jeudi, Kingsbury est d’ailleurs arrivé les skis aux pieds, après son tout dernier entraînement, pour son entrevue avec Radio-Canada.

J’ai fait ma première course à 8 ans sur la côte 70 et je ferai aussi ma dernière ici, alors pour moi, c’est vraiment très spécial. Je vois les compétitions du week-end comme une célébration, parce que ma mission est déjà accomplie. Je vais skier devant ma famille et mes amis. Mais je veux aussi gagner, parce que ce sera la dernière fois que je vais skier au sommet de mon art. Le plus important, c’est d’en profiter et de me faire plaisir.

Un palmarès extraordinaire

Son palmarès ne sera sans doute jamais égalé : 5 médailles olympiques en 5 épreuves, 2 d’or et 3 d’argent, 9 titres de champion du monde et un invraisemblable total de 29 globes de cristal.

Il dit au revoir à son sport avec 100 victoires en Coupe du monde. En tout, il est monté 143 fois sur le podium en 169 départs en Coupe du monde, un taux de réussite ahurissant de près de 85 %.

Sa dernière médaille d’or olympique, il l’a savourée en grand sur le moment à Livigno, mais encore plus à rebours, surtout qu’en octobre dernier, il n’arrivait pas à skier deux bosses en ligne sans douleur en raison d’une blessure aux muscles adducteurs.

Il a gagné sous pression, quelques jours à peine après avoir porté le drapeau canadien lors de la cérémonie d’ouverture.

Il crie en passant le fil d'arrivée.

Mikaël Kingsbury s'est imposé devant le Japonais Ikuma Horishima en finale des duels aux Jeux olympiques de Milan-Cortina.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

J’avais des bonnes sensations avant la finale des duels aux Jeux olympiques. Quand j’ai croisé la ligne d’arrivée, c’était clair dans ma tête que c’est la dernière fois que j’allais être aussi bon que ça en compétitions internationales. Je quittais avec une médaille d’or; personne ne m’a forcé à la retraite. Je sors par la grande porte. C’est difficile d’écrire un plus beau scénario.

De savourer et de réaliser vraiment tout ce que j'ai accompli, c’est incroyable. J’ai réussi à apprécier chaque moment aux Olympiques comme je voulais le faire. Je connais mon corps et je sais que, quand je fais ça, je me mets moins de pression sur les épaules, et c’est de cette façon que j’arrive à skier le mieux, parce que je suis décontracté.

Le départ de Kingsbury laissera un grand vide sur le circuit mondial des bosses, mais libérera du même coup de l’espace sur les podiums pour ses rivaux. Le skieur croit-il qu’ils célébreront son départ?

Je ne sais pas trop quoi répondre à ça! dit Kingsbury en s'esclaffant. Je pense que j’ai été un bon rival qui a su faire sortir le meilleur de plusieurs de mes adversaires, et c’est réciproque. J’ai éprouvé beaucoup de plaisir à me dépasser et à m’entraîner fort chaque été pour leur remettre dans le visage, en début de saison, que j’étais encore le meneur. Je pense que j’ai réussi à vieillir comme du bon vin.

Je ne crois pas que mes rivaux vont célébrer mon départ, mais je ne pense pas qu’ils vont s’ennuyer de moi!

Et lui, s’ennuiera-t-il de la compétition? S’il réfute tout éventuel retour à la compétition internationale, il refuse de dire qu’il accroche ses skis.

Mes skis vont rester proches de moi, parce que l'hiver prochain, c'est sûr que je vais recommencer à faire des bosses pour le plaisir. Je vais peut-être avoir des tiraillements quand la saison de Coupe du monde va commencer et je vais me dire que je serais encore capable de gagner, mais je n’ai plus besoin de gagner.

Mais tu sais, s’il y a des compétitions amicales, c’est sûr que je vais y participer, parce que j’aurai toujours le feu en moi, ajoute le futur jeune retraité. J’adore la compétition.

Pour ceux qui en doutaient…

Reconnaissant d’avoir reçu, prêt à passer au suivant

Tout au long de l’entrevue, Mikaël Kingsbury est resté de marbre. Sa décision de mettre un terme à sa carrière est réfléchie, logique et assumée. Il a toutefois eu du mal à contenir ses sanglots en parlant de son équipe, qui l’a toujours soutenue, et, surtout, de sa famille.

Je ne serai jamais capable d’assez remercier mes parents. Ils ont tellement fait pour moi. Ils ne m'ont jamais mis de pression sur les épaules et ils m'ont toujours soutenu. C'est difficile de trouver les mots, parce que c'est vraiment spécial. Dès le premier jour, ils m’ont fait découvrir ce beau sport-là et m’ont suivi dans mes idées folles. C’était spécial de pratiquer mon sport avec mon frère et ma petite sœur, qui sont vraiment importants pour moi et qui ont réalisé leurs rêves eux aussi.

Le frère aîné de Mikaël, Maxime, excellent bosseur lui-même, l’a d’ailleurs accompagné à l’entraînement vendredi. Le cadet était d’ailleurs bien fier d’avoir gardé son frère à au moins trois secondes derrière lui.

Je suis vraiment privilégié d’avoir eu des parents et une famille comme ça. Ils se sont levés des centaines de fois à 3 h du matin pour me voir en compétition. Ils ont beaucoup voyagé pour venir me voir et je me trouve vraiment chanceux.

Et le temps en famille ne fait peut-être que commencer. Dès l’hiver prochain, ce sera déjà au tour de Mikaël d’initier fiston au sport familial en compagnie de sa conjointe, Laurence.

La vie après le ski, qui a souvent pris toute la place, n’effraie pas Kingsbury, qui sera enfin maître de son emploi du temps pour la première fois en 17 ans. Il s’attend à recevoir quantité de propositions intéressantes. Il est d'ailleurs déjà occupé pour le mois prochain avec des engagements au Japon, à Saint-Sauveur et dans l’ouest du pays.

Il part la tête haute, le cœur léger. Au-delà des victoires, Mikaël Kingsbury espère que ses fans se souviendront de lui comme du gars qui n’a pas trop changé.

Le ski m’a beaucoup apporté, et je suis passé d’un petit gars de 16 ans qui débarque en Coupe du monde, qui ne savait pas cuisiner, qui skiait bien et qui avait tant à apprendre sur la vie. J’en sors comme un homme de 33 ans, un père, qui en sait plus sur la vie et qui est devenu un bon humain, et j’espère avoir été un bon modèle pour les jeunes. Je suis vraiment fier de ça.

Fier de ses victoires, fier de son parcours et fier de sa sortie, qu’il partagera avec le public samedi après-midi.

Et après? Liberté 33.

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