NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Les personnes en situation d'itinérance ne savent plus où aller. Chassées des espaces publics et soumises à l'interdiction stricte de s'y établir, plusieurs sont condamnées à l'errance quotidienne. Débordés, les organismes dénoncent des pratiques contre-productives qui nuisent davantage qu'elles n'aident, en plus d'exposer à des risques des personnes déjà vulnérables.
Oscillant entre l'idéal de l'itinérance zéro et la tolérance zéro sur les campements dans l'espoir d'apaiser le centre-ville, les politiques du maire de Québec, Bruno Marchand, se heurtent à la dure réalité du terrain.
Alors que l'itinérance visible est en augmentation partout en province, y compris dans la capitale, les enjeux de cohabitation continuent de susciter des tensions.
Le printemps 2026 aura notamment été marqué par l'occupation de la place de l'Université-du-Québec, dans le quartier Saint-Roch, prisée pour son toit formant un abri contre le soleil et les intempéries.

La place de l'Université-du-Québec est complètement vide depuis quelques semaines, après le démantèlement de ce que les autorités considéraient comme un campement.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Sous la pression des plaintes et de la médiatisation du phénomène, le maire Marchand a ordonné aux policiers d'intervenir, jugeant que la situation n'était pas tolérable. Il affirmait du même souffle qu'il allait demander au service de police de resserrer la vis en Basse-Ville, plutôt que de jeter du lest.
Sur les 1084 personnes en situation d'itinérance visible dénombrées à Québec en 2025, 17 % passaient la nuit à l’extérieur, selon le dernier rapport produit par le ministère de la Santé et des Services sociaux, une proportion trois fois plus élevée qu'en 2018.
10 minutes pour partir
Jessy se trouvait à la place de l'Université-du-Québec, le 1er juin, lorsque le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) et des employés municipaux sont arrivés.
Ils sont venus nous réveiller le matin. Ils nous ont laissé 10 minutes pour quitter, raconte-t-il à Radio-Canada. Il fallait se dépêcher pour paqueter nos affaires. Après 10 minutes, ils sont revenus [...], ils voulaient nous arrêter. Je n'ai pas eu le temps [de tout ramasser]. On a perdu du stock; il y en a qui s'est fait voler, d'autres qu'ils ont jetés.

Jessy vit dans la rue depuis quelques mois et était présent à la place de l'Université-du-Québec lorsque les policiers ont mis fin à son occupation.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
En soi, les corvées de ménage sous surveillance policière sont courantes à Québec depuis quelques années. Critiquées par le milieu communautaire, elles consistent en une tournée des espaces publics par un cortège de cols bleus et de policiers du SPVQ.
D'ordinaire, les personnes comme Jessy pouvaient retourner au même endroit une fois le ménage terminé. Or, ce n'est plus le cas pour plusieurs lieux publics depuis le coup de barre réclamé par le maire. Si elles s'y réinstallent, les personnes s'exposent à des constats d'infraction.
Ils disent que les campements sont illégaux, mais ils nous ont relocalisés à deux endroits où on n'a pas de toit pour s'abriter [de la pluie] et qui ne sont pas sécuritaires, dénonce Jessy, faisant référence au carré Lépine et au parvis de l'église Saint-Roch. En se faisant pitcher de même, on sait pas où aller.

Ce cortège de véhicules municipaux et d'une autopatrouille de la police de Québec a été observé par Radio-Canada le 19 juin, entre la place de l'Université-du-Québec et le jardin Jean-Paul-L'Allier.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Au gré des déplacements forcés, il a perdu un vélo, un quadriporteur et du matériel recyclé qu'il utilise pour fabriquer des chiens en trois dimensions, un art qu'il développe pour se créer un petit revenu.
S'ils sont laissés derrière, les objets appartenant aux personnes déplacées sont souvent volés ou jetés, y compris des biens essentiels comme des sacs de couchage, des couvertures et même des médicaments. Dans d'autres cas, les policiers peuvent déterminer qu'une personne trimbale trop de choses et la forcer à se départir d'une partie de ses possessions.
Jessy demande à la Ville de faire preuve de plus d'ouverture.
Chaque fois qu'on se déplace, on est désorganisé et il arrive des vols. [...] C'est du stress. Souvent, même si on a nettoyé et qu'on a mis nos affaires à un endroit, ils vont nous faire déplacer pareil, juste pour nous faire déplacer.

Jessy fabrique des chiens en trois dimensions à partir de matériaux recyclés. Des intervenants qui le suivent et lui-même racontent que certaines de ses réalisations ont été jetées aux ordures.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Au-delà de l'interdiction des campements, Jessy n'a jamais compris pourquoi la police était présente lors des nettoyages. Pas besoin de police pour faire le ménage d'habitude, c'est pas supposé.
Il s'occupe personnellement de son pied carré et encourage les autres à le faire pour garder les lieux propres. On commence à se le dire et à le faire entre nous autres pour ne pas que la Ville soit obligée de passer.
Il suggère à la Ville de Québec de confier les corvées à des personnes en situation d'itinérance. Elle pourrait ainsi contribuer à leur réinsertion sociale et les valoriser. [Ça conscientiserait] le monde à se nettoyer au lieu que ce soit la Ville qui passe avec des trucks de vidanges pour ça.
Il y voit aussi une façon d'améliorer l'ambiance au centre-ville. [Les personnes en situation d'itinérance] vont plus respecter quelqu'un qui est dans la rue ou dans la pauvreté comme nous autres que l'employé de la Ville.

Un employé municipal arpente le jardin Jean-Paul-L'Allier, dans Saint-Roch.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
On est dans une impasse
L'approche répressive décrite par Jessy n'est pas sans effet sur les personnes en situation d'itinérance, rappelle Elizabeth Ruest, travailleuse de rue chez Projet L.U.N.E..
Ça brise leur routine. Les gens perdent leurs effets personnels, ils vont en périphérie, s'éloignent des services; ils s'isolent et on n'est plus en mesure de savoir où ils sont, explique l'intervenante. C'est très contre-productif par rapport aux messages de sensibilisation qu'on donne aux personnes qu'on accompagne, [comme] de rester en groupe pour leur sécurité.
Les regroupements permettent aux personnes de développer une relation de confiance entre elles, de s'échanger la surveillance de leurs biens ou encore d'éviter les surdoses pour celles qui consomment. Ce sont des stratégies de survie.

Elizabeth Ruest est intervenante psychosociale depuis 15 ans à Québec. Ce qu'elle constate sur le terrain l'inquiète.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Rencontrée devant une place de l'Université-du-Québec entièrement vide, Elizabeth Ruest se désole. C'est un lieu symbolique où les gens se déposaient pour avoir un semblant de toit. [...] Ce sentiment d’appartenance a diminué dans les dernières semaines. Il n'y a plus personne.
Cette dernière s'explique mal les méthodes choisies par la Ville de Québec, d'autant que d'autres centres urbains, comme Montréal ou Longueuil, font preuve d'une plus grande tolérance. Quand on voit ce qui se fait ailleurs, on constate qu'à Québec, c’est particulier.
L'itinérance zéro, c'est utopique à Québec.
Vouloir cacher l'itinérance ne réglera rien, martèle la travailleuse de rue. On nous dit que la ville est sale, que les citoyens se plaignent, que ça augmente les risques de méfaits [de tolérer des campements]. Nous, on ne le voit pas comme ça. Les méfaits seront toujours présents, peu importe.
À son avis, la Ville ne fait que déplacer le problème ailleurs sur son territoire, en plus de pousser les personnes loin des organismes du centre-ville. Les gens vont occuper l'espace, que ce soit ici ou ailleurs. [...] C'est anticonstitutionnel, ce qui se passe. C'est un droit fondamental [de s'abriter]. [...] On est dans une impasse.
Recul
Intervenante psychosociale dans Saint-Roch depuis 15 ans, Mme Ruest est préoccupée par ce qu'elle considère comme une nouvelle approche dans la capitale depuis ce printemps. Car bien que la tolérance zéro était déjà le mot d'ordre en théorie, il existait une certaine flexibilité jusqu'à cette année.
On sait que c’est tolérance zéro mais, avant, lorsqu’il y avait des ménages, les gens pouvaient nettoyer avec les personnes de la Ville, les horaires étaient assez fixes, [...], le SPVQ restait plus en retrait, énumère-t-elle.

Les ménages de la Ville de Québec se font sous la supervision de policiers dans plusieurs espaces du centre-ville.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Cette époque semble révolue et cette tolérance a cessé du jour au lendemain, dit-elle. Les corvées se font de manière plus aléatoire et les personnes n'ont pas le temps de réagir.
On est souvent [devant] le fait accompli et on se retrouve encore dans l'urgence, et ce sont des gens qui sont continuellement en mode survie et en urgence, critique Elizabeth Ruest.
Elle déplore une déconnexion entre les décisions prises en haut et le terrain. Même quand on pose des questions [à la Ville], les réponses sont très vagues.
Comme intervenante, elle a du mal à fournir les bonnes informations aux personnes et ne peut leur offrir de garantie de sécurité ou l'assurance qu'elles ont le droit d'occuper un espace. L'application des règlements serait toute aussi confuse, laissée au jugement de chaque policier.
Je trouve qu’on a fait un grand pas de recul au niveau de l’approche et de la communication entre partenaires. Je pense que c'est le temps de se rasseoir et d'avoir une discussion plus humaine.

Des objets utiles aux personnes en situation d'itinérance sont jetés par les employés de la Ville.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Nouveaux problèmes
Non seulement la répression nuit aux personnes en situation d'itinérance, mais elle cause également des problèmes à celles et ceux qui les accompagnent au quotidien.
Ça effrite notre lien avec les gens, on les perd de vue et ça nuit aux démarches [de réinsertion]. Quand tu perds [tes cartes d'identité] et que ça fait six fois qu’on les jette durant les ménages, bien c’est long de faire les démarches avec cette personne-là, souligne Elizabeth Ruest.
Annick Gagnon, du Projet intervention prostitution Québec (PIPQ), fait les mêmes constats. Les personnes sont toujours en déplacement. Ça amène les intervenants à toujours les chercher. [...] Je peux refaire une carte d'assurance maladie une fois par mois, alors qu'on pourrait avancer sur autre chose, affirme-t-elle à son tour.
Depuis l'application plus sévère de la politique de tolérance zéro sur les campements et l'occupation des lieux publics, Mme Gagnon doit composer avec d'autres problèmes.
Les femmes que j'accompagne, j'ai dû soigner des brûlures [causées par une plante], des grosses cloques, parce qu'elles vont plus dans le bois, sur le bord des rivières. [...] [D'autres] sont allées dans des logements et je dois gérer des crises parce qu'elles ont été agressées. Ça amène autre chose [la tolérance zéro], relate-t-elle.

Annick Gagnon est travailleuse de rue depuis 22 ans.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Cette vétérane de la rue, qui sillonne Québec depuis 22 ans, constate elle aussi des retours en arrière dans les façons de faire sur le terrain.
Sans être insensible aux enjeux de cohabitation que vivent les commerçants et les résidents logés, elle rappelle que les personnes en situation d'itinérance sont des citoyens à part entière. Comme résidents non logés et comme êtres humains, elles ont les mêmes droits et ne devraient pas avoir à se mettre en danger pour trouver refuge, tranche Mme Gagnon.
Je comprends que les citoyens ont besoin de sécurité, mais il faut également que les gens en situation de vulnérabilité se sentent sécures.
En plus de plaider pour une plus grande tolérance, Annick Gagnon propose d'ajouter des services de base pour encadrer la vie des personnes en situation d'itinérance, comme de l'eau, une toilette 24 heures, des casiers ou l'accès à l'électricité. Elles n'ont même pas ça.
À ceux qui jugeraient de tels investissements déraisonnables, elle répond que personne n'a prévu ou souhaité se retrouver dans la rue. Il faut avoir une sensibilité.
Ce sont des chemins de vie parsemés d'énormément de blessures, souligne-t-elle. Il y a des enjeux de consommation, de santé mentale et des traumas qui remontent parfois jusqu'à l'enfance. Ce n’est pas qu'elles veulent être comme ça; ce sont de grandes, grandes souffrances perpétrées à tous les jours.
Il faut penser à comment on les revictimise et comment on les met, à tous les jours, dans une grande vulnérabilité. On contribue à ça en ayant une politique de tolérance zéro.
Intervenante auprès des femmes, Annick Gagnon souligne que plusieurs d'entre elles sont forcées de prendre des risques supplémentaires, faute d'endroit où s'abriter. Elles vont trouver une place chez un hébergeur. Mais ces hébergeurs-là, il y a un prix à ça, des services sexuels. Ce n'est pas complètement de bon cœur tout le temps.
D'une mauvaise passe à la rue
La descente vers la rue peut survenir rapidement.
Jusqu'au printemps, Kassandra dormait sous les bretelles de l'autoroute Dufferin-Montmorency, à l'îlot Fleurie. C'est justement l'endroit qu'elle a choisi pour parler de sa situation avec Radio-Canada. J'ai commencé à dormir ici avant la fin de l'hiver, raconte-t-elle, préférant ne pas montrer son visage publiquement pour ne pas être reconnue dans la rue.
[Certains policiers] tolèrent encore qu'on dorme ici, mais il faut que tu plies bagage tout de suite le matin. On ne peut plus s'installer comme on s'installait, dit-elle.

Kassandra dormait sous les bretelles de l'autoroute Dufferin-Montmorency ce printemps. Elle peut encore s'y reposer, mais elle doit plier bagage tous les matins.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Accompagnée d'une intervenante de l'Engrenage Saint-Roch pour la soutenir durant l'entrevue, Kassandra admet vivre une mauvaise passe. Mon copain est décédé, il était très malade... et il est parti. [...] Je me suis ramassée sans logement.
La femme de 32 ans vit sans un toit au-dessus de sa tête depuis un an et demi et n'en est pas à son premier épisode de grande précarité. Souffrant de dépression, elle squatte de place en place dans l'espoir de retrouver ses repères.
Kassandra a dû quitter son emploi d'intervenante paire aidante durant sa chute. Le but premier [de mon emploi], c'est de susciter l'espoir chez les autres et de défendre les droits. Je n'y arrive même pas pour moi-même, confie-t-elle lourdement.

Les bretelles de l'autoroute Dufferin-Montmorency offrent un abri aux personnes en situation d'itinérance et sont régulièrement occupées durant la saison estivale.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Déjà aux prises avec ses propres ennuis, elle est maintenant confrontée aux politiques de gestion du territoire de la Ville de Québec. Plus tôt ce printemps, le petit campement qu'elle s'était aménagé avec une simple bâche a été démantelé.
Incapable d'avoir son intimité la nuit et forcée de se déplacer de jour, elle admet se sentir indésirable aux yeux de la société.
Pourquoi on devrait se cacher? On est des humains. Déjà qu'on se trouve misérable de même, de se faire dire qu'il faudrait qu'on se cache en plus parce qu'on dérange... [...] Ceux qui sont dérangés ont quand même une qualité de vie.
Les options pour éviter la rue ne sont pas nombreuses et certaines ressources, lorsqu'elles ne sont pas pleines, ne conviennent pas à toutes les personnes.
Pour l'instant, Kassandra a fait le choix de dormir dehors afin de regagner un pouvoir sur sa vie. Dans le fond, ça me permettait de garder une certaine liberté de choisir, en tant qu'adulte, à quelle heure je me couche, à quelle heure je rentre dans mon petit nid, explique-t-elle.
Les certitudes en itinérance sont rares, poursuit-elle. Kassandra admet être fatiguée de devoir constamment surveiller ses choses et de craindre de les voir disparaître ou d'être jetées.
Ne pouvant tout traîner parce que c'est trop lourd, elle s'est souvent retrouvée devant le même dilemme : manquer un rendez-vous important pour son cheminement ou laisser ses biens sans surveillance.

Kassandra demande à la population de veiller un peu mieux sur elle.
Photo : Radio-Canada / David Remillard
Le rapport aux objets n'est pas le même dans la rue, note d'ailleurs la jeune femme. Toute découverte opportuniste peut l'aider à améliorer son confort, ou simplement à susciter du bien-être. Ça peut être un petit bac, une bague, les petits trésors que la vie te donne parce qu'on a pas beaucoup d'argent pour se gâter.
Perdre une carte d'identité, un cellulaire ou un sac de couchage peut signifier un retour à la case départ, ou du moins quelques pas en arrière.
À ses voisins de quartier qui ont un toit, mais qui dénoncent la présence des personnes en situation d'itinérance dans les lieux publics, Kassandra les invite à réfléchir aux conditions de vie dans la rue et à leurs privilèges.
Comment tu fais pour relever la pente de la dépression quand t'es dehors et que t'as pas beaucoup d'argent? Quand t'as un loyer, c'est plus simple. T'es dans ton lit, dans le confort, tu peux regarder la télé, prendre un bain, inviter des amis. [...] C'est plus difficile de prendre soin de soi quand t'es dehors.


2 week_ago
51



























.jpg)






French (CA)