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«La Queer Newfoundland Hockey League»: le hockey queer exposé

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Enfant, Lucas Morneau entendait le commentateur sportif Don Cherry détailler les parties de hockey à CBC, et était dérangé par ses commentaires désobligeants, notamment à l’égard des homosexuels.

Aujourd’hui, son art est mis au service de la reconnaissance de l’homophobie dans le hockey. À partir du 9 avril, l’artiste originaire de Terre-Neuve présentera l’exposition La Queer Newfoundland Hockey League à La Centrale galerie Powerhouse à Montréal.

Sur des chandails de hockey tricotés par l’artiste est inscrit le nom de neuf équipes de hockey « queer » fictives, qui portent fièrement leur identité. « Je me réapproprie les insultes faites aux gais », dit Lucas Morneau. Ces équipes se nomment les St. John’s Sissies, les Fogo Island Fag Hags, les Leading Tickles Lesbos ou les Gayside Gaylords. Des masques de gardien de but crochetés et des cartes de hockey sont aussi exposés.

« J’ai créé cette exposition au moment où Don Cherry a perdu son poste en 2019. Quand j’étais jeune, j’ai beaucoup regardé Coach’s Corner, l’émission qu’il animait. Et je me souviens des mots péjoratifs qu’il utilisait pour parler des joueurs. »

L’artiste se souvient de l’usage du mot « sissy » (« moumoune ») de façon péjorative et de la façon dont Cherry se moquait des personnes « efféminées » en les imitant entre les périodes. « On peut dire que ce sont des blagues homophobes péjoratives, parce que ce sont des blagues à propos des personnes qui sont féminines », dit Lucas Morneau, qui ajoute que les enfants reproduisent ensuite ailleurs ce qu’ils entendent à la télé. Don Cherry a perdu son poste de commentateur sportif pour avoir tenu des propos désobligeants à l’endroit des immigrants et est connu pour avoir encouragé la violence au hockey. Présentement, le Parti conservateur du Canada milite pour que Don Cherry soit décoré de l’Ordre du Canada.

Un problème à l’école

Or, un rapport de la Fédération autonome de l’enseignement dénonçait tout récemment le masculinisme à l’école et ciblait particulièrement le milieu des équipes de hockey dans le monde scolaire. Le rapport mentionne que « “les gars de hockey” [dans les écoles] sont particulièrement problématiques ».

« Des recherches universitaires ont aussi détaillé les éléments nocifs d’une culture du hockey hétérosexiste et machiste, qui encourage et valorise une “identité hypermasculine” associée à la violence », peut-on lire dans le rapport, qui cite aussi les travaux de la chercheuse Teresa Anne Fowler, qui a mené des entretiens avec des élèves blancs de 14 à 16 ans d’équipes de hockey dans des écoles canadiennes. Certains jeunes cités dans le rapport mentionnent qu’ils ne peuvent pas imaginer qu’un joueur de hockey soit homosexuel.

Né d’un père québécois, Lucas Morneau a joué au hockey sans patins, enfant. « Je jouais avec mes amis dans la rue, et j’étais souvent gardien de but. » Devant la télévision, il encourageait les Maple Leafs de Toronto, tandis que son père prenait pour les Canadiens de Montréal. « Je pense que la masculinité, ici, au Canada, c’est vraiment connecté avec le hockey, relève Lucas Morneau. Dans le curling, par exemple, il n’y a pas beaucoup de problèmes avec l’homophobie. »

Même dans le monde de la lutte, sur lequel l’artiste s’est aussi penché, la masculinité s’accompagne d’une certaine autodérision. Son grand-père John Marshall était lutteur, comme ses grands-oncles Dick et Ray Marshall. « Les lutteurs jouent aux machos », mais la lutte, c’est du spectacle, constate l’artiste. « Les hockeyeurs, ils se battent vraiment sur la glace. »

Pour expliquer la présence du masculinisme au hockey, Lucas Morneau mentionne aussi que les commanditaires seraient réticents à financer un joueur qui serait ouvertement homosexuel.

Pourtant, il y a des ligues de hockey LGBTQ + dans énormément de villes canadiennes. À Montréal, par exemple, la ligue des Dragons rassemble des joueurs LGBTQ + depuis 1991. Elle est née, apprend-on sur le site de la ligue, « d’un joueur gai qui voulait pratiquer son sport favori dans un environnement amical et respectueux ». Aujourd’hui, la ligue compte cinq équipes.

Et « il y a de plus en plus de gens qui regardent la Ligue professionnelle de hockey féminin », ajoute Lucas Morneau.

Son exposition est présentée à Montréal alors que la télésérie Heated Rivalry, qui met en scène des joueurs de hockey qui ont des relations homosexuelles, bat des records d’écoute au Canada.

« À Sackville, au Nouveau-Brunswick, où je vis présentement, on parle beaucoup de Heated Rivalry, parce que l’auteure, Rachelle Goguen [qui écrit sous le pseudonyme Rachel Reid], a étudié ici, à l’Université Mount Allison. »

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