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De gros bouleversements ont eu lieu au plus haut niveau du commandement militaire chinois, dont les conséquences pourraient résonner bien au-delà de Pékin. À la suite de l'ouverture d'enquêtes à l'encontre de deux généraux parmi les plus haut-gradés de l'armée chinoise, le ministre de la Défense taïwanais Wellington Koo a prôné la vigilance. Dans une prise de parole devant la presse, lundi 26 janvier, il a assuré que Taïwan ne baisserait pas la garde tant que le niveau de menace resterait élevé.
Alors que le territoire taïwanais est gouverné démocratiquement, la Chine en revendique le contrôle. «Nous continuerons de surveiller de près les changements anormaux survenus au sein des plus hautes sphères du parti, du gouvernement et de la direction militaire chinoise. La position de l'armée repose sur le fait que la Chine n'a jamais renoncé à recourir à la force contre Taïwan», a fait savoir Wellington Koo.
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Corruption et trahison comme raisons officielles avancées
La réaction du gouvernement taïwanais est plutôt prudente, alors que l'annonce du ministère de la Défense chinois, samedi 24 janvier, a fait l'effet d'un coup de tonnerre. Dans le week-end, les autorités ont annoncé l'ouverture par le Parti communiste chinois d'une enquête à l'encontre du général Zhang Youxia, vice-président de la commission militaire centrale chinoise, organe suprême du commandement militaire dans le pays, et du général Liu Zhenli, chef d'état-major du département interarmées. Ces deux très hauts-gradés sont accusés de «graves violations de la discipline du parti et de la loi», un intitulé désignant généralement des faits de corruption.

Le désormais ancien vice-président de la commission militaire centrale chinoise, Zhang Youxia (en bas, au centre), assiste à l'Assemblée nationale populaire, au palais de l’Assemblée du peuple à Pékin, le 11 mars 2025, alors que le secrétaire général du Parti communiste chinois, Xi Jinping, passe derrière lui. | Ichiro Ohara / Yomiuri Shimbun / AFP
Dès le lendemain, des accusations encore plus graves à l'encontre des deux généraux ont été rapportées. Un éditorial du quotidien officiel de l'armée, publié dimanche 25 janvier, a ainsi indiqué qu'ils «ont gravement bafoué et affaibli le système de responsabilité présidentielle de la commission militaire centrale», sous-entendant ainsi qu'ils auraient empiété sur le pouvoir et l'autorité du président chinois Xi Jinping, qui dirige également cette commission. De plus, le quotidien officiel de l'armée écrivait que Zhang Youxia avait «gravement nourri les problèmes politiques et de corruption qui affectent le leadership absolu du parti sur le militaire».
De son côté, toujours le 25 janvier, le quotidien américain The Wall Street Journal a rapporté l'existence d'une réunion durant laquelle des hauts responsables militaires chinois ont été briéfés sur le fait que Zhang Youxia, en plus d'accepter d'importants pots-de-vin, aurait partagé des informations ultra sensibles sur l'arsenal nucléaire chinois avec les États-Unis.
«Selon moi, toutes ces explications ne sont que des excuses», estime Ying-Yu Lin, professeur associé à l'Institut de hautes études internationales et stratégiques de l'université taïwanaise Tamkang et spécialisé dans l'étude de l'Armée populaire de libération (APL), le nom officiel de l'armée chinoise. Évoquant un système politique et militaire opaque, où les accusations peuvent servir des intérêts précis, le spécialiste ne minimise pas l'impact de cette brusque réorganisation. «Il n'existe pas vraiment de précédent d'une purge militaire de cette ampleur, qui a quasiment anéanti le haut commandement chinois», remettait également en contexte Ryan Hass, analyste américain spécialiste de la Chine, sur le réseau social X.
2/ There aren't really precedents for a military purge of this magnitude, which has essentially wiped out China's high command. There will be a lot of rumors and speculation. It will take a while before outside observers will be able to form solid judgments about implications.
— Ryan Hass (@ryanl_hass) January 26, 2026De «graves conséquences» pour l'armée chinoise
Cette annonce a d'autant plus surpris que Zhang Youxia, 75 ans, était le plus haut-gradé de la hiérarchie militaire chinoise, juste après Xi Jinping. Il était depuis longtemps considéré comme l'allié militaire le plus proche du chef d'État et est l'un des derniers hauts-gradés de l'armée chinoise à avoir une véritable expérience de combat, lors de la guerre sino-vietnamienne, en février et mars 1979.
Cette réorganisation inattendue, nouveau développement d'une large campagne «anticorruption» lancée dès 2012 par Xi Jinping, pourrait arranger un temps Taïwan. Pour l'enseignant-chercheur taïwanais Tzu-Yun Su, spécialisé dans l'étude des aptitudes au combat de l'armée chinoise, la purge militaire provoque ainsi de «graves conséquences» sur sa chaîne de commandement. En plus de son président Xi Jinping lui-même, la commission militaire centrale n'est désormais plus occupée que par une seule personne, Zhang Shengmin. Nommé au sein de la commission en octobre 2025, celui-ci a un profil plutôt politique, loin des combats, rapporte Ying-Yu Lin.
Face à ce bouleversement au plus haut niveau, aucune opération d'ampleur ne pourra se tenir à court terme, souligne le chercheur, mettant à mal la possibilité d'une invasion de la Chine à Taïwan en 2027. En 2023, les renseignements américains auraient effectivement rapporté que le président chinois Xi Jinping avait «donné pour instruction à l'APL d'être prête d'ici à 2027 à mener une invasion réussie». «À mon avis, 2027 n'a jamais désigné la vraie période d'une potentielle invasion et, avec ce changement, la capacité d'attaque de l'armée chinoise ne peut qu'être retardée», analyse Ying-Yu Lin.
Un «sentiment croissant d'insécurité politique» pour Xi Jinping
La menace continue néanmoins de planer, alors que Ying-Yu Lin déduit de cette purge un accroissement des pressions de l'armée chinoise sur Taïwan. L'État insulaire démocratique, peuplé de 23 millions d'habitants, subit déjà des exercices quotidiens d'appareils de l'armée chinoise autour de ses îles. «Les grandes manœuvres conjointes seront probablement mises en pause, avance le chercheur de l'université Tamkang. Mais l'APL va poursuivre les exercices de plus faible ampleur, ses opérations de zones grises, pour continuer à montrer son activité et son aptitude à mener ce type de manœuvre.»
Ce changement annonce par ailleurs un renforcement du contrôle de Xi Jinping sur le pouvoir militaire chinois. «Le sentiment croissant d'insécurité politique de Xi Jinping semble être le facteur déterminant le plus fondamental» pour expliquer cette purge militaire, pense l'expert Tzu-Yun Su, également directeur au sein de l'Institut de recherche sur la défense nationale et la sécurité, financé par Taipei.
L'analyse est partagée par K. Tristan Tang, chercheur associé à l'université nationale de Taïwan. Sur le réseau social X, l'expert militaire souligne que «les déclarations officielles indiquent que les désaccords avec Xi Jinping concernant le développement et la formation de l'Armée populaire de libération, voire des cas de résistance ouverte à ses directives, sont les principales raisons de la chute de Zhang Youxia et Liu Zhenli».
My latest analysis on Zhang Youxia’s purge, published by @ChinaBriefJT at the @JamestownTweets, identifies the likely core causes of the purge and the timing behind it, based on official reporting over recent years:
Zhang Youxia’s Differences with Xi Jinping over PLA Development… pic.twitter.com/gXVpi7WRvL
Pour l'analyste, qui cite des communiqués de presse officiels, «le calendrier de Zhang Youxia pour la formation aux opérations conjointes de l'APL ne correspondait pas à l'échéance fixée par Xi Jinping pour 2027 afin de disposer d'une force capable d'envahir Taïwan». À plusieurs reprises, Xi Jinping a insisté sur la nécessité que Taïwan passe sous contrôle chinois, souhaitant en conséquence une modernisation de l'Armée populaire de libération.
D'après K. Tristan Tang, cet agenda aurait précipité cette réorganisation. «Janvier 2026 a marqué le début du dernier cycle annuel d'entraînement avant 2027. À ce stade, le désaccord entre Zhang Youxia et Xi Jinping est passé du débat et de la planification à l'exécution et à la non-conformité directe. Cette divergence est devenue de plus en plus visible au sein de l'APL et a finalement constitué un sérieux défi à l'autorité de Xi Jinping», en conclut K. Tristan Tang.
Mais malgré cette reprise en main du pouvoir chinois, la réussite d'une opération militaire chinoise à Taïwan n'est pas assurée. «L'amélioration rapide des capacités défensives de Taïwan a introduit une grande incertitude dans les calculs de Pékin. À mesure que Taïwan renforce sa résilience militaire, les coûts et les risques d'un conflit entre les deux rives du détroit deviennent de plus en plus difficiles à prévoir ou à contrôler pour les stratèges chinois», assure Tzu-Yun Su. Or, «du point de vue de Xi Jinping, un échec de l'attaque contre Taïwan constituerait une catastrophe politique», insiste encore le chercheur.





























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