À Trans-en-Provence, dans le Var, l’ingénieur belge Achille Knapen a fait bâtir en 1931 un puits destiné à recueillir l’humidité atmosphérique par condensation. Il n’a récolté que la valeur d’un seau dans les meilleures nuits. Avec les premiers frais d’octobre, la buée revient sur les vitres des voitures et des chambres. C’est le phénomène que Knapen voulait capter, à l’échelle d’un édifice.
Dix-huit mois d’efforts pour remplir un seau.
À retenir
- Une tour construite en 1931 à Trans-en-Provence tentait de capter l’humidité de l’air pour en faire de l’eau potable
- Les écarts de température nocturne du Var étaient insuffisants pour permettre la condensation efficace de la vapeur d’eau
- Le puits aérien n’a jamais vraiment fonctionné, ne produisant qu’un seau d’eau lors des meilleures nuits
Sommaire
Une ruche de béton et de pierre
L’édifice ressemble à une ruche. Au centre se trouve une masse de béton faite de grenaille de porphyre et de mortier de ciment. Elle est revêtue d’un enduit de mortier maigre où sont fichées des ardoises obliques. Tout autour court une enveloppe de maçonnerie de 2,50 mètres d’épaisseur. Cette coque servait, d’après Passion Provence, à mettre à l’ombre, à ventiler et à refroidir le puits lui-même.
Le vide d’un mètre de diamètre, au centre de la structure, constitue le puits « aérien » proprement dit, celui qui devait recevoir les eaux de condensation. Le chantier a duré un an et demi avant la mise en service.
Le principe se résume vite. L’air chaud de la journée entre dans la coupole et s’y accumule, puis le froid de la nuit fait condenser la vapeur d’eau. La structure était envisagée pour un usage dans des régions désertiques.
Quelques degrés d’écart, et le rêve tombe à l’eau
Le Var n’offrait pas l’écart de température dont la ruche avait besoin.
La mairie de Trans-en-Provence met l’échec sur le compte de variations thermiques nocturnes insuffisantes et d’un condenseur trop grand. Knapen avait imaginé des nuits bien plus contrastées, alors que pendant les mois d’été les différences ne sont que de quelques degrés. Un condenseur ne fonctionne que si sa surface passe sous la température de rosée de l’air, c’est-à-dire en dessous du seuil où la vapeur se change en gouttes. Surdimensionné, il offrait sans doute trop de matière à refroidir pour un gain minuscule.
La vitre embuée de votre salon illustre le contraste. Elle se refroidit vite au contact de l’air extérieur, tandis qu’une masse de béton cernée de 2,50 m de maçonnerie met longtemps à suivre la température de la nuit.
Un monument qui ne produit plus que des photos
La notice de la base Mérimée, tenue par le ministère de la Culture, constate que ce puits n’a peut-être jamais fonctionné. L’édifice a pourtant été inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du 9 décembre 1983. Le statut protège l’objet, pas son rendement.
La ruche de pierre se visite toujours.
Côté image, la coupole hérissée d’ardoises obliques se prête bien à la photo, surtout en lumière rasante. Le dôme apparent n’est que l’enveloppe extérieure du système, et les nombreux orifices percés dans la paroi laissent l’air circuler. En gros plan, on distingue les rangs d’ardoises plantées dans l’enduit.
L’édifice porte aussi le label « Patrimoine du XXe siècle », attribué par une circulaire du 1er mars 2001, selon la fiche de la direction régionale des affaires culturelles. L’ingénieur, lui, s’était retiré à Trans en 1930 : d’après Passion Provence, il y avait fait construire une villa à 180 mètres d’altitude, sur un promontoire, juste à côté du terrain de l’expérience.
Sources : ici.fr | passionprovence.org


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