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La production de gaz du Canada continuera de croître jusqu’en 2050

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La production canadienne de gaz fossile est appelée à augmenter au cours des 25 prochaines années, avec des « gains potentiels pour le pétrole », selon de nouveaux scénarios du régulateur national de l’énergie — et ce, malgré les risques climatiques manifestes et les dangers économiques d’un retard sur la transition énergétique mondiale.

Le rapport Avenir énergétique du Canada 2026 délaisse les scénarios de carboneutralité présentés dans l’édition 2023 de la Régie de l’énergie du Canada au profit de quatre perspectives axées sur les hydrocarbures, fondées sur les « mesures actuelles », auxquelles s’ajoute un scénario où le Canada atteint la carboneutralité d’ici 2050.

Le rapport a été publié cette semaine alors que les marchés pétroliers sont secoués par la guerre en Iran et la plus importante rupture d’approvisionnement de l’histoire. Des analystes avertissent qu’un parcours fondé sur les « mesures actuelles » pourrait exposer le Canada à un « important effondrement » si le pays misait davantage sur les combustibles fossiles tandis que le reste du monde, sous l’impulsion de la Chine, pivote vers l’énergie propre.

« Il y a beaucoup d’argent à faire à court terme [pour les exportateurs nets comme le Canada] et les sociétés pétrolières, alors que l’offre se fait rare et que les prix sont poussés à la hausse par des pays plus riches », a déclaré Daan Walter, associé principal au groupe d’analyse énergétique Ember, au Canada’s National Observer. « Mais cela ne signifie certainement pas qu’il y aura des avantages pour leurs citoyens. »

Le danger est de confondre une « manne » temporaire avec une stratégie durable de transition énergétique, a-t-il lancé au lancement en ligne du rapport.

« Sur le plan stratégique, il serait erroné d’en conclure que l’on peut s’enivrer de la “montée de sucre” que représentent ces rentrées immédiates de devises issues des revenus d’exportation… sans qu’un “effondrement” ne survienne », ajoute-t-il.

Des prix pétroliers plus élevés « finiront tôt ou tard par se corriger d’eux-mêmes », les pays importateurs étant incités à accélérer leur virage vers une énergie renouvelable moins coûteuse et plus stable. Ember prévoit désormais que le pic mondial de la demande pétrolière surviendra avant la projection de 2029 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

« Tout comme avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, il est difficile de dire combien de temps durera ce type de crise. Ainsi, même si nous voyons les pays membres de l’AIE libérer leurs réserves stratégiques pour atténuer les prix du pétrole et traverser la tempête, si l’on prend du recul, il est clair que la volatilité des prix dans le monde ne fait qu’augmenter. »

Entre-temps, le déploiement des technologies d’énergie renouvelable devient « meilleur, plus rapide et moins coûteux », selon lui.

« C’est donc ce à quoi la planification des systèmes énergétiques dans le monde doit faire face. Non pas seulement l’immédiateté des symptômes — une autre guerre du pétrole — mais la recherche du remède. Et ce remède, c’est la technologie électrique. »

« Une incertitude importante »

Au lancement du rapport, l’économiste en chef de la Régie de l’énergie du Canada, Darren Christie, a indiqué que le régulateur avait anticipé plusieurs variables géopolitiques et industrielles dans la conception de ses scénarios.

« Lorsque nous avons commencé à réfléchir à la façon de développer les scénarios du rapport, nous avions déjà à l’esprit que nous nous trouvions dans une situation d’incertitude importante, et nous pensions aux développements commerciaux, à la croissance du PIB [et] à l’incidence des prix de l’énergie », a dit M. Christie lundi.

Il a qualifié toutefois la guerre américano-israélienne contre l’Iran d’événement probablement « à court terme » qui n’aurait qu’une incidence durable limitée sur les marchés du pétrole et du gaz.

« Les marchés s’attendent encore à ce que [les prix du pétrole et du gaz] reviennent à la baisse au cours des prochaines années, à des niveaux qui ne sont pas très différents de ceux d’avant la crise [en Iran] ; notre gamme de scénarios capture, je crois, le type d’impacts que nous observons maintenant. »

La Régie indique que la production de gaz fossile est « appelée à s’accélérer dans tous les scénarios » au cours des 25 prochaines années, passant d’environ 19 milliards de pieds cubes par jour (Gpc/j) en 2025 à entre 21 et 32 Gpc/j d’ici 2050.

« L’ampleur de la croissance, et la question de savoir si le Canada peut atteindre des marchés au-delà des États-Unis, dépendent fortement des capacités futures d’exportation de GNL », indique l’économiste, évoquant l’ambition du Canada de devenir un important exportateur de gaz naturel liquéfié (GNL).

Il note qu’environ le quart de la production gazière intérieure totale serait lié aux exportations de GNL, faisant du gaz surrefroidi un « moteur clé » de l’augmentation de la production et « l’une des voies viables pour élargir les échanges énergétiques du Canada en dehors de l’Amérique du Nord ».

Plusieurs analystes se montrent sceptiques quant aux projections optimistes d’Ottawa pour le marché du GNL, même en tenant compte de la croissance de la demande asiatique stimulée par la fermeture du détroit d’Ormuz — un point de transit mondial clé pour les pétroliers — provoquée par la guerre contre l’Iran.

Investors for Paris Compliance, un groupe d’actionnaires activistes, affirme que l’objectif du Canada de plus que tripler sa capacité d’exportation actuelle d’ici 2050 constitue un « pari de plus en plus risqué ».

Le Canada face à « un véritable piège »

Evan Pivnik, directeur de programme au groupe de réflexion Clean Energy Canada, affirme que le Canada évolue dans un monde de « plus grande incertitude et d’instabilité » dans la planification de sa transition énergétique.

Si les acheteurs internationaux de pétrole et de gaz sont « heureux d’avoir notre approvisionnement sûr maintenant », il met en garde contre un avenir où les pays importateurs chercheront à « se débarrasser du pétrole et du gaz le plus rapidement possible ».

« Il y a là un véritable piège pour le Canada, dit-il. Si nous surinvestissons pour tenter de capter le gain à court terme, nous pourrions nous retrouver à subir les conséquences d’être laissés pour compte dans un monde qui cherche fondamentalement, du point de vue de la sécurité énergétique, à cesser d’acheter ce que nous vendons. »

Kiki Wood, chargée de campagne principale sur le pétrole et le gaz au sein du groupe activiste Stand.earth, affirme que les citoyens canadiens pourraient se retrouver avec la facture des actifs de combustibles fossiles irrécupérables qui en résulteraient.

« En définitive, pousser la production de GNL pour combler le vide mondial laissé par le conflit actuel n’est pas seulement du capitalisme de catastrophe [de la part du Canada], c’est un pari à court terme insensé que les contribuables canadiens ne devraient pas avoir à financer. »

Une demande d’électricité en forte hausse

Le rapport de la Régie projette que la production d’électricité pourrait « plus que doubler par rapport aux niveaux actuels » d’ici 2050, assurée presque entièrement par des « sources non émettrices ou à faibles émissions », notamment l’éolien et le solaire, l’hydroélectricité, le nucléaire et le gaz fossile équipé de technologies de captage, d’utilisation et de stockage du carbone (CUSC).

L’expansion « fulgurante » du parc éolien canadien constituerait la plus importante contribution en capacité pour répondre à la croissance de la demande, a indiqué M. Christie.

Parallèlement à l’énergie solaire et aux autres sources renouvelables, l’éolien serait « soutenu par une production accrue provenant de sources plus stables et pilotables », notamment l’hydroélectricité, le nucléaire et le gaz fossile avec CUSC.

« Tous les scénarios prévoient une production accrue pour répondre à la demande croissante, et de loin la plus grande source d’énergie supplémentaire est l’éolien », ajoute Christie.

Les cinq scénarios prévoient une production décarbonée ou à faibles émissions de carbone plus importante d’ici 2050, mais avec des volumes variables : dans le scénario minimal, le flux électrique total augmente de 245 térawattheures (TWh), tandis que dans le scénario de carboneutralité, la production bondit de près du triple pour atteindre 705 TWh.

Le potentiel qu’a le Canada de développer sa production d’énergie propre « bien des fois » devrait être considéré comme un pilier de sa politique énergétique internationale, contribuant à stabiliser des marchés mondiaux touchés par les flambées des prix du pétrole et la volatilité à long terme, soutient Sven Biggs, directeur pétrole et gaz chez Stand.earth.

« Le prix n’est qu’un facteur. La sécurité, le commerce et la géopolitique doivent également être pris en compte. Même si la hausse des prix pétroliers provoquée par la guerre est brève, elle pourrait très bien accélérer la transition des “puissances moyennes” vers une économie sans combustibles fossiles. Des pays comme le Canada et l’Europe ont historiquement compté sur les garanties de sécurité américaines. Sans ces garanties, l’électricité renouvelable produite localement commence à prendre beaucoup plus de sens. »

Le rapport a été critiqué pour avoir abandonné le scénario mondial de carboneutralité de son édition 2023, ainsi que pour son « excès d’optimisme » à l’égard de la capacité du CUSC à aider le Canada à atteindre ses cibles futures de réduction des émissions. Cette technologie d’élimination du carbone est considérée par de nombreux acteurs de l’industrie et du milieu universitaire comme peu convaincante, malgré des décennies de développement par le secteur pétrolier et gazier.

La décarbonation du réseau électrique national est « un important moteur » de réduction des émissions dans tous les scénarios, dit M. Christie. La planification de la Régie prévoit toutefois que les réductions totales des émissions vont « largement se stabiliser » aux alentours de 2035 selon les politiques gouvernementales actuelles.

Dans le meilleur scénario des mesures actuelles, les émissions tombent à 500 mégatonnes, soit 28 % en dessous de l’année de référence 2005, tandis que dans le scénario de carboneutralité, elles atteignent nécessairement le « point d’arrivée prédéterminé » — zéro.

« Atteindre la carboneutralité d’ici 2050 implique une transformation de l’ensemble de l’économie vers des technologies à faibles émissions de carbone », dit M. Christie.

Wood conclut : « Rien dans la modélisation des réductions d’émissions du rapport de la Régie n’est bon pour le climat. Miser sur la distraction fallacieuse d’un CUSC déjà non démontré ne sauvera pas la mise. »


Cet article a été traduit par la rédaction du Devoir, à l’aide d’un outil d’intelligence artificielle, après avoir d’abord été publié en anglais dans le Canada’s National Observer.

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