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La précarité d’emploi fait perdre une première travailleuse de rang en Abitibi

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Les agriculteurs et agricultrices des MRC d’Abitibi et de la Vallée-de-l’Or n’ont plus de travailleuse de rang depuis le 1er mai dernier. La précarité du poste, en l’absence d’un financement récurrent par les instances gouvernementales, expliquerait cette découverture de services.

Des travailleurs de rang sont présents en Abitibi-Témiscamingue depuis 2019. D’abord financés par divers programmes, ce sont maintenant les centres de prévention du suicide (CPS) de la région qui assurent le service à même leurs budgets.

À cause de la nécessité de ce projet-là, à cause des demandes de services et du fait qu'on était convaincus que c'était un besoin sur notre territoire, on a décidé de le financer à même nos fonds.

Par contre, on est en train de précariser l'équilibre budgétaire de notre organisme en faisant ça de cette façon-là. On pouvait se permettre de continuer jusqu'à l'automne. Évidemment que n'importe qui qui sait que son contrat a une date de fin est en train de réfléchir à la suite, explique Mélanie Tremblay, directrice du CPS d’Amos et comandataire du projet de travail de rang en Abitibi-Témiscamingue.

Une pelle tasse le foin devant les vaches.

Les travailleurs de rang brisent l'isolement des producteurs agricoles et aident à la santé psychologique. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Gabriel Poirier

Financement recherché

Puisqu’il ne reste du budget que pour encore quelques mois, la travailleuse de rang qui vient de partir pour un emploi moins précaire ne sera pas remplacée.

J’enclenchais un déficit du côté de la prévention du suicide en soutenant le travail de rang. Mon conseil d’administration trouvait que c’était essentiel et avait accepté. On maintenait la ressource en place en espérant que nos revendications ministérielles allaient porter fruit. Mais l’espoir ne paie pas l’épicerie, image Mélanie Tremblay.

Ce qu’il faut, selon elle, c’est un financement récurrent du travail de rang en Abitibi-Témiscamingue, comme ça existe pourtant dans d’autres régions du Québec.

Nous portons des revendications sur le fait que des régions au Québec ont du financement qui arrive directement du ministère de la Santé et des Services sociaux, qui sont attribués spécifiquement au travail de rang, et que ce n’est pas le cas chez nous. Ça fait longtemps qu’on revendique ça, affirme Mme Tremblay.

Le travail de rang est aussi menacé au Témiscamingue, puisque le financement est actuellement acquis jusqu’au 30 septembre.

Une route traversant des champs agricoles.

C'est au Témiscamingue que le service de travail de rang est apparu pour la première fois dans la région. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir

Un service essentiel

La découverture ne sera pas totale. La travailleuse de rang qui couvre les MRC de Rouyn-Noranda et d’Abitibi-Ouest sera présente une journée par semaine. Et les appels de détresse seront toujours entendus.

Mais la situation préoccupe tout de même Normand Lemieux, vice-président de l’UPA en Abitibi-Témiscamingue et responsable du dossier santé psychologique.

C’est un mélange d’émotions. On a appris à connaître la travailleuse de rang. On est contents pour elle, qu’elle ait réussi à trouver cette sécurité d’emploi. Mais il reste que pour nos producteurs, nos productrices, c’est une tragédie, souligne-t-il.

M. Lemieux rappelle que ce service est nécessaire pour les agriculteurs et les agricultrices de la région. Le retrait d’une travailleuse de rang vient limiter beaucoup le travail de prévention qui est fait, pour éviter qu’ils et elles vivent de la détresse psychologique.

Normand Lemieux pose dehors.

Normand Lemieux est responsable du dossier santé psychologique au sein de l'UPA en Abitibi-Témiscamingue.

Photo : Radio-Canada / Martin Guindon

C’est essentiel, parce qu’il faut briser l’isolement. Il faut reconnecter le tissu social. Et pour ça, il faut aller chercher les gens chez eux. Parce que les gens ont tendance à s’isoler. Les producteurs et productrices ont cette facilité-là, de s’isoler à même leur travail. La travailleuse de rang permettait de briser cet isolement et aider à la santé psychologique. C’est une grande perte pour nous, croit-il.

Il a lui aussi bien du mal à comprendre pourquoi le service n’obtient pas un financement récurrent dans la région.

Je salue les CPS de la région de prendre ça à bras-le-corps, à même leurs propres fonds. Mais à partir du moment où c’est quand même un enjeu de santé publique, que c’est un enjeu de santé mentale, on pense que le ministère de la Santé et des Services sociaux a un gros rôle à jouer là-dedans. Et ce qui me préoccupe, en tant que régionaliste, c’est qu’on a l’impression d’être pénalisés en fonction de notre lieu de résidence, déplore Normand Lemieux.

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