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Quand Kaiden Guhle a encaissé un violent contact de la part du robuste Josh Manson en deuxième période, tandis qu’il fonçait pour récupérer une rondelle en zone offensive, on a presque pu sentir le Centre Bell, ses 21 000 spectateurs et ses 19 autres joueurs du Canadien retenir leur souffle.
Le défenseur s’est écroulé sur la patinoire visiblement sonné. Est-ce la tête, évoquait le murmure? Ou l’épaule? À le voir rentrer au banc le bras immobile, ça semblait être l’épaule.
C’est malheureux, mais, dans le cas de Guhle, il faut souvent s’attendre au pire. De l’épaule aux genoux, en passant par les commotions cérébrales et l’auto-lacération du quadriceps (oui, oui), le mauvais sort s'est acharné sur le pilier d’Edmonton depuis le début de sa carrière dans la LNH.
Pas cette fois. Oh, surprise, 1 min 21 s après la mise en échec — illégale aux yeux des joueurs, compréhensible pour l’entraîneur —, Guhle est réapparu au banc.
C’est un vrai, a laissé tomber Alexandre Carrier.
Il a du caractère. Il ne se laisse pas marcher sur la tête, a ajouté Zachary Bolduc.
Ni sur les pieds. Tellement que Guhle a donné, à son tour, un solide coup d’épaule à Artturi Lehkonen dès sa présence suivante, en plus d’obtenir une passe sur le but de Jake Evans. La marque était alors de 4-1 en faveur du CH, qui l’a finalement emporté 7-3 contre l’Avalanche du Colorado parée de ses atours des Nordiques.
Autant cette séquence a de quoi attendrir le cœur du plus stoïque partisan de hockey, autant elle n’est qu’anecdotique dans l’histoire de la rencontre. L’impact de Guhle a dépassé largement ces quelques minutes chaotiques. Lui, qui jouait un rôle plus marginal depuis son retour au jeu le 10 janvier, a été jumelé à Mike Matheso, avec comme mission de freiner le trio de Nathan MacKinnon, l’attaquant de puissance par excellence dans la ligue. Les deux ont fait la paire et s’en sont acquittés avec brio.

Kaiden Guhle
Photo : imagn images via reuters connect / Eric Bolte
Depuis que Guhle est de retour au jeu, Martin St-Louis lui a distribué parcimonieusement les minutes de jeu, gérant sa charge de travail. Avant le match de jeudi soir, jamais le jeune homme de 24 ans n'avait atteint la barre des 20 minutes en 8 matchs. Il se contentait même de rencontres de 14 et 15 minutes, une utilisation inhabituelle pour lui, mais compréhensible dans le contexte. Contre le Colorado, il a été le joueur le plus utilisé (22 m 56 s).
En fonction de la formation de l’Avalanche qui mise sur de nombreuses ressources, mais d’abord et avant tout sur la force de frappe de son premier trio, l’entraîneur a décidé que le temps était venu de lui confier une tâche majeure. Avec Matheson, patineur hors pair en train de se développer une spécialité à contrer les meilleurs joueurs du monde — comme Connor McDavid et MacKinnon —, Guhle a brillé.
Historiquement, Guhle est capable de prendre ces missions. Ç’aurait été difficile de le faire à ses deux premiers matchs, mais il était prêt.
MacKinnon, Lehkonen et Necas ont obtenu une seule chance de marquer de qualité à cinq contre cinq. Le Canadien n’a pas été beaucoup plus productif quand Guhle les a affrontés, mais annihiler cet avantage des hommes de Denver est une victoire en soi.
St-Louis, a-t-il avoué, a confiance en la capacité du numéro 21 d’élever son jeu d’un cran quand on le sollicite pour jouer un rôle crucial. Maintenant, sera-ce à répéter?
Ça dépend des confrontations, a expliqué l’entraîneur.
Sur la route, tu n’as pas le dernier changement et ça dépend si les trios sont aussi chargés que ça. On a des choix. Idéalement, si les meilleurs éléments sont tous réunis sur un trio, avec de la grosseur et de la rapidité, je pense que ça nous aide d’avoir Guhle et Matheson. Si on joue à Edmonton et qu’ils mettent McDavid et Leon Draisaitl ensemble, ça aide. À l’extérieur, tu ne sais jamais quand ils reviennent. Alors, est-ce qu’on les sépare pour se protéger? C’est un peu le jeu du chat et de la souris, a fait valoir St-Louis.
L’avantage
St-Louis estime que sa brigade défensive lui offre différentes options, qu’elle est assez complète et riche pour rivaliser avec n’importe qui.
C’est un luxe. Un luxe qui ne lui est pas souvent accessible, cela dit, considérant que Guhle a disputé seulement 61 % (183 sur 300) des matchs du Canadien depuis son arrivée dans la LNH, en 2022.
La beauté de la chose, quand tout le monde est en santé, et c’est nouveau de cette saison, est la possibilité de concocter un autre duo franchement intrigant composé de Lane Hutson et Noah Dobson. Les deux arrières se sont retrouvés pendant 155 minutes cette année, essentiellement quand le CH tentait de combler un retard dans un match.
Les voir amorcer une rencontre ensemble constituait une première, fort réussie par ailleurs. Dobson est libéré des confrontations les plus ardues et Lane Hutson peut continuer à briller, laissant bien peu de lumière aux autres, ce fieffé diablotin.
Toutes les statistiques avancées leur sourient, que ce soit le taux de possession de rondelle (57 %), les buts attendus (63 %) ou les buts tout court 70 %).
Il est très rare de voir réunis deux des meilleurs quart-arrières du circuit au sein d’un même duo. Le court échantillon aperçu laisse entrevoir de grandes possibilités. Et si Matheson et Guhle poursuivent dans la même voie, la courte-pointe commence à prendre forme.
On voit le jeu tous les deux à un très haut niveau. Défensivement, on fait du bon travail pour refermer l’espace et sortir la rondelle de la zone. Avec son talent, c’est facile de jouer avec [Hutson], a lancé Dobson.
On a un peu de tout en défense ici. Beaucoup de mobilité, des gars qui peuvent faire des jeux offensifs, mais défendre aussi. Être robustes. Ce sera important vers la fin de la saison. Tu dois pouvoir jouer n’importe quel style et on est bâti pour ça.
Ce dernier point reste à prouver. Certains pourraient souhaiter à cette défense de prendre quelques livres et quelques pouces. La taille, comme l’âge, c’est juste dans la tête, mais c’est aussi sur la glace.
Arber Xhekaj, par exemple, possède ces attributs, mais n’a que peu d’occasions de les utiliser étant donné son temps de jeu souvent limité. Limité en raison de ses propres erreurs. Un brillant collègue dont nous tairons le nom, afin qu’il ne nous fasse point de l’ombre, nous a fait remarquer que Xhekaj a été cloué au banc pendant près de 13 minutes entre la fin de la deuxième période et le milieu de la troisième, jouant essentiellement lorsque le Canadien s’était donné un coussin de… quatre buts.
Tout n’est donc pas parfait. Pas même cette chute.


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