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Il est dorénavant de bon ton de critiquer les grands médias, dont les biais se dissimuleraient sous un fin vernis de neutralité. Mais qu’en est-il vraiment ? Qu’est-ce qui fait que, désormais, les biais et les emportements de certains de leurs collaborateurs, souvent associés à des causes, à des partis ou à une tendance idéologique, provoquent désormais des dénonciations à l’emporte-pièce au point de décrédibiliser totalement le média qui les publie ou les diffuse ? Pourquoi donc l’irritation qui en résulte a-t-elle pris cette ampleur ?
Ce n’est pas d’hier, pourtant, que les grands médias font l’objet de reproches quant à leur couverture journalistique et à leurs prises de position éditoriales. Qu’est-ce qui a tant changé ? Pour peu que l’on creuse, nous trouverons tous des éléments de réponse à donner, quel que soit le sujet qui fait l’objet de reproches à l’éditeur ou au diffuseur. Mais il est une réponse qui fait l’unanimité : l’avènement des réseaux sociaux. Ces réseaux ont ouvert la porte toute grande à l’opinion d’actualité et à la contre-information, sur un terrain où la rigueur et les contraintes éthiques et déontologiques relèvent des seuls individus qui empruntent ces voies de communication.
Ainsi, sont apparus les blogueurs, vlogueurs, diffuseurs Web et toute une cohorte de tiktokeurs, d’instagrammeurs et d’influenceurs. Certains ont bien compris la nécessité minimale d’étayer leurs affirmations par des faits avérés et le font dans le respect. Mais la quête de reconnaissance, de notoriété et de commandite prend trop souvent les devants, rien pour nourrir le débat démocratique de manière raisonnée. Cette popularité ne s’acquiert pas en formulant des opinions nuancées, on s’en doute. On accuse, on ridiculise, on dénonce, on s’insurge, on collige pêle-mêle des informations éparses et approximatives servies sur le plat d’argent des algorithmes.
Trop, c’est comme pas assez ?
On peut se demander aussi si la multiplication des plateformes, des nouveaux diffuseurs et des opinions individuelles sert véritablement le débat politique. Quels internautes ont les moyens et le temps de s’informer adéquatement à de nombreuses sources pour se faire une tête sur un sujet donné, à part les mordus de politique, justement ? Comment suivre nos leaders et les multiples enjeux sur tant de chemins de traverse ? Comment identifier alors les sources dont les biais individuels trouveront un véritable contrepoids dans une démarche rigoureuse et transparente ?
Dans cette abondance, comment peut-on prétendre que seul Rebel News peut atteindre un certain segment de la population ? Est-il opportun de comparer des entreprises purement commerciales à des médias soumis à des règles déontologiques institutionnelles ? L’intelligence artificielle sait-elle toujours distinguer les sources fiables des humeurs sans fondement ou carrément farfelues ?
Tous ces questionnements portent en soi bien des réponses, d’autres questions encore et peut-être même des pistes de solution. Rien ne sert de regretter l’époque pas si lointaine d’un univers médiatique où l’information au quotidien pouvait encore servir le partage et la discussion commune.
De toute évidence l’éducation aux médias est une voie privilégiée pour arriver à une lecture plus juste, sans cynisme, de l’actualité. Plusieurs initiatives ont ici vu le jour en ce sens. Pensons au Centre québécois d’éducation aux médias et à l’information et notamment à ses nombreux ateliers offerts pour tous les âges. Pensons aux apports précieux de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, aux formations sur la déontologie journalistique du Conseil de presse du Québec, qui a même lancé récemment un jeu vidéo de traque à la désinformation. De grands médias télévisés ont aussi cheminé en ce sens déjà, avec, entre autres, Dans les médias, à Télé-Québec, et Décrypteurs à Radio-Canada.
Mais en dernière analyse, seule l’Éducation, avec un grand E, peut assurément donner à tous les moyens de mieux lire notre monde et de lui donner les couleurs d’une véritable démocratie. Voilà un grand chantier qui mériterait toute notre attention.


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