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Depuis plus de 30 ans, le milieu célèbre la démarche créatrice de l’artiste multidisciplinaire Herman Kolgen. Son œuvre, totalement originale, se manifeste par d’imposantes installations et des performances vidéomusicales immersives qui se déploient souvent sur de très grands écrans. Bien qu’elle occupe deux étages de la galerie Art mûr, sa plus récente exposition, intitulée La part de nous, est composée de petits dessins et de sculptures, ainsi que d’installations sonores auxquelles il faudra prêter l’oreille, l’ensemble ayant une échelle plus réduite et relevant clairement de l’ordre de l’intime. Certains des dessins et sculptures — en particulier dans la série Naufragés — semblent faire référence à Betty Goodwin, artiste que Kolgen « vénère ».
Mais qu’est-ce qui l’a mené à cela ?
« Je pourrais dire que, déjà, avant la pandémie, deux ans auparavant, j’ai ressenti à la fois une fatigue de faire tout le temps des voyages, de prendre l’avion, de partir avec tous mes bagages, mais aussi de faire du grandiose. C’était de plus en plus grand, de plus en plus gros. Le grandiose ne m’intéresse plus maintenant, il y a trop de grandiose, de gigantesque, de nos jours, explique l’artiste. On en perd le contact avec bien des choses de la vie, et j’ai eu besoin de revenir à mon essence, à une simplicité… La pandémie m’a sauvé la vie. J’avais commencé à dire non à tout le monde, à tous ces grands projets, et j’avais du mal à m’expliquer. Quand la pandémie est arrivée, c’était tellement facile de dire non, de ne plus prendre l’avion et de consommer autant de pétrole. Cela n’a offusqué personne et ça m’a permis de terminer mes contrats, dont une commande d’œuvres en Corée, pour la Ville de Séoul, afin d’accompagner les citoyens avec de l’art… Tu me dirais maintenant que j’ai une expo à Paris et je n’aurais plus le goût de ça. »
Le dessin a donc trouvé une nouvelle place dans sa création ? « J’en ai toujours fait, depuis que je suis très jeune. C’est une grande partie de moi et de mon art. Je me suis donc laissé aller dans le dessin, à mon essence. Ce fut une thérapie pour moi, en renouant avec une part de moi que j’avais un peu étouffée. Pour la Corée, j’avais élaboré une symphonie d’accordéons dans un musée qui était connectée avec des capteurs à Séoul. On analysait le vent en temps réel dans la ville et cela faisait souffler tous les accordéons dans le musée. C’était grandiose. Il y avait, comme souvent dans mon travail, beaucoup d’éléments techniques, beaucoup de tracas… Le dessin, c’est un peu comme écrire un livre. J’envie les écrivains qui, juste avec leur plume, ont une force de frappe incroyable. Ce n’est pas comme avec le cinéma, où tout coûte cher. Pour moi, le dessin, c’était revenir un peu à la force de l’écriture. »
Il y a un ras‑le‑bol croissant contre la technologie. À l’école, le mot d’ordre est de bannir les cellulaires et même les ordinateurs, dans certains cours. Et de plus en plus de gens se retirent des réseaux sociaux… Tu t’inscris dans cette tendance ? « Il faut juste faire attention. Il faut que nous soyons en contrôle, il ne faut pas que la technologie ait une emprise sur nous. Elle peut être formidable et nous permettre de réaliser beaucoup de choses, mais le danger, c’est qu’avec toutes ces technologies, et en particulier avec les géants numériques des GAFA, on nous ait siphonné notre âme et notre argent… Si on n’est pas attentifs, on se fait étourdir, on n’a plus le temps de penser… Dans le texte de présentation de mon expo, l’historienne de l’art Valeria Márquez Reynoso fait référence au sociologue Zygmunt Bauman. Celui-ci explique dans son livre Liquid Modernity que, “aujourd’hui, on est obligés de courir aussi vite qu’on peut pour rester au même endroit”, montrant comment nous sommes dans l’impossibilité de stabiliser nos situations. » La référence à Alice au pays des merveilles nous fait prendre conscience que ce problème n’est pas nouveau, que, dans le monde, la question est toujours de savoir qui a le contrôle. « La technologie peut être un outil collectif incroyable, mais c’est nous qui devons en effet trouver le moyen de la contrôler. »


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