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«La parole créatrice de Kaku Mama»: surmonter la peur de l’inconnu

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Lula vient tout juste de débarquer à Montréal. Dans cette ville dont elle rêvait depuis le Congo, elle ressent rapidement le mal du pays. En plein mois de juillet, alors que tous ses correspondants sont partis en vacances, elle s’accroche à la beauté de son ancienne vie et tente, à petits pas chargés de doutes, de prendre racine.

Première pièce de Marie-Louise Bibish Mumbu, La parole créatrice de Kaku Mama est un véritable hommage aux ancêtres, mais aussi, bien sûr, à cet effort d’adaptation vécu par tant d’immigrants. Dans un décor qui rappelle les ruelles de Montréal, où les cordes à linge et les ratons laveurs règnent, la petite Lula (Zoé Ntumba), 11 ans, fait part de ses déceptions, mais incarne aussi et surtout la voix de sa Kaku Mama, sa grand-mère, et de son Kaku Papa, et se fait conteuse en devenant pour les spectateurs « le feu qui raconte ». Parce que la parole, selon Kaku Mama, est une force. Lula s’accroche ainsi aux paroles sages de cette aïeule, qu’elle s’amuse à répéter avec un accent coloré et chantant. L’apprivoisement de sa réalité est porté par plusieurs proverbes qui lui permettent d’avancer et de se trouver dans cette nouvelle ville.

Et si Zoé Ntumba parvient avec délicatesse à transmettre toute la charge émotive que peut contenir le déracinement, son allié Aimé S. Tuyishime incarne Mouké, le petit frère, aussi insouciant que réconfortant. Dans un rôle de peu de mots, Tuyishime s’exprime admirablement par son unique présence, ses courbettes et sa joie de vivre, qui apportent humour et légèreté à l’ensemble. On le retrouve aussi dans le rôle altier et fier du raton laveur, symbole de l’apprivoisement, avec lequel Lula et Mouké se lieront d’amitié.

Faire vivre la parole

Toute la richesse de cette parole créatrice, empreinte de respect et d’affection pour ceux qui nous ont précédés, est mise en scène par Maxime Mompérousse, créateur du puissant Hégémonie produit en 2022. L’humanité qui émane du texte trouve un écho dans les scènes aux éclairages tamisés rappelant la chaleur des liens tout autant que celle du Congo.

Et la présence du peuple d’accueil, de ces « beiges » qui forment la nouvelle communauté de Lula, est tangible dans tous les vêtements accrochés aux cordes à linge. Entre ces êtres anonymes, il y a les grands-parents, représentés par des habits colorés. La mort du Kaku Papa, parti « rejoindre les ancêtres sans tambour ni trompette », est un moment particulièrement touchant dans cette traversée. Les deux enfants décrochent la chemise du « grand baobab tombé » et la replient dans un geste de douceur infinie. Tristes, mais chargés de tous les mots retenus, le frère et la sœur deviennent ainsi « les gardiens de la pérennisation de [leur] bagage et de [leur] culture ». Comme une façon d’assurer la suite du monde, de vivre et d’avancer à travers les anciens, parce que, comme l’a dit Kaku Mama, « toute naissance est la renaissance d’un ancêtre en nous ».

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