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La nouvelle ère dépensière

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En s’empressant de faire sa marque, Christine Fréchette semble confondre les intérêts électoralistes de sa Coalition avenir Québec avec les intérêts économiques des Québécois. L’intention de la nouvelle première ministre n’a pourtant certes rien d’illégitime. La hausse du coût de la vie, à l’épicerie comme à la pompe, tourmente les citoyens au quotidien. Encore faut-il toutefois que la réplique de son gouvernement atteigne bel et bien l’effet invoqué. La rupture opérée méthodiquement, depuis le départ de son prédécesseur François Legault, commence au contraire d’ores et déjà à se brouiller.

Christine Fréchette argue vouloir aider, avec ses mesures annoncées cette semaine, l’ensemble le plus vaste de Québécois. Des mesurettes universelles, à gros prix, faisant fi d’inégalités sociales qui n’ont justement rien d’uniforme. Sa baisse des frais d’immatriculation de 50 $ coûtera 245 millions de dollars, non récurrents, à l’État québécois. L’abolition de la taxe de vente sur les fruits et légumes préparés, les noix, les biscuits ou des produits hygiéniques, vendus en épicerie ou en pharmacie, privera le gouvernement de quelque 100 millions de dollars annuellement, pendant cinq ans.

Une économie d’en moyenne 52 $ par ménage. Un cadeau d’un dollar par semaine en somme, pour chacune de ces mesures d’aide du gouvernement Fréchette, tout aussi négligeable pour ceux, mieux nantis, qui n’y verront rien à leur budget familial que pour ceux, aux besoins nettement plus criants, qui peineront encore tout autant à boucler leurs fins de mois.

L’explosion des prix de tout n’épargne évidemment personne. L’impact demeure cependant disproportionné pour les plus pauvres de la société. Bien que le revenu disponible des Québécois (après impôts et transferts) ait augmenté, la part du budget familial consacré aux besoins de base n’est pas la même. Résultat, les ménages les plus riches, du quintile supérieur de tranches de revenus, allouent 22 % de leurs dépenses de consommation au logement et à l’alimentation, alors que cette part atteint 50 % chez ceux les plus pauvres du quintile inférieur, soit plus du double, selon les données de l’Observatoire québécois des inégalités.

À armes égales, la lutte est loin d’être la même. Christine Fréchette entremêle cependant abordabilité et clientélisme.

Son gouvernement aurait mieux fait de cibler l’entièreté de son aide de cette semaine pour bonifier davantage le crédit d’impôt pour solidarité, dans le cadre duquel elle vient d’annoncer, à bon escient, un versement unique de 100 $ à 200 $ aux ménages admissibles (pour une enveloppe de 335 millions de dollars). Une mesure structurante qui, dans ce cas, changera réellement les choses.

La magnanimité de la nouvelle première ministre se chiffre désormais à 336 millions de dollars en nouvelles annonces (celles de lundi faisant suite au remboursement de la « taxe de bienvenue », à la baisse d’impôt pour les PME, à la bonification de l’aide à domicile). Auxquelles s’ajoutent en outre 580 millions de dollars ponctuels en rabais d’immatriculation et en suppléments au crédit d’impôt de solidarité qui seront couverts par des revenus additionnels non anticipés. Le plafond de 250 millions de dollars de dépenses excédentaires qu’avait réservé le ministre des Finances en vue du changement de garde n’est certainement pas immuable, le budget de l’État demeurant à la discrétion de la première ministre, quoi qu’en pense Eric Girard. Il reste que si Mme Fréchette le fracasse en à peine 43 jours, qu’en sera-t-il au terme de la campagne électorale dans 19 semaines ?

Si la première ministre peine d’emblée à justifier ses instincts dépensiers, les inévitables promesses subséquentes qui suivront, pour étoffer la nouvelle offre caquiste en vue de l’élection, seront tout aussi indéfendables. Que le ministre Girard ait ravalé ses paroles, et les reproches servis à sa première ministre dans un courriel obtenu par Radio-Canada, n’amoindrit en rien la pertinence de son avertissement.

Le regain de popularité soudain de la CAQ n’offre pas un chèque en blanc à sa nouvelle cheffe. Prétexter la flexibilité d’une marge de manœuvre fiscale inattendue pour la dépenser aussitôt plutôt que de la rediriger vers le retour à l’équilibre budgétaire est un argumentaire plutôt bancal à un regrettable choix comptable. D’autant que le budget du ministre Girard misait pour ce faire sur des économies qu’il lui restait encore à dénicher, l’illusoire accalmie qu’il prophétisait sur le front commercial canado-américain étant toujours tout aussi, voire encore plus, éloignée.

Le bouquet de mesures d’aide aux citoyens dont se targue la nouvelle première ministre s’avère jusqu’ici le plus souvent peu ou mal ciblé. En se préparant à affronter deux chefs néophytes à la tête du Parti québécois et du Parti libéral du Québec, Christine Fréchette, qui oppose la soi-disant « ambition » de la CAQ à « l’illusion » du premier ou à « la résignation » du second, pouvait par ailleurs arguer l’expérience gouvernementale. Sa gestion des finances publiques offre toutefois avant tout une drôle de première impression.

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