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La Nouvelle-Écosse a le taux le plus élevé d'incarcération d'adultes noirs, selon un récent rapport de Statistique Canada qui rend compte de la surreprésentation des Noirs dans le système correctionnel de quatre provinces.
Le taux d’incarcération mesure le rapport entre la population moyenne quotidienne sous surveillance correctionnelle et la population générale d'une province. Il est exprimé en nombre d'adultes incarcérés par tranche de 10 000 habitants.
En 2023-2024, en Nouvelle-Écosse, le taux d'incarcération des Noirs était de 44 adultes pour 10 000 habitants, devant l'Ontario, avec 35 adultes pour 10 000 habitants, l'Alberta, avec 19 adultes pour 10 000 habitants, et la Colombie-Britannique, avec 17 adultes pour 10 000 habitants.
La moyenne des quatre provinces déclarantes était de 32 adultes noirs pour 10 000 habitants.
Aussi, les adultes noirs en détention dans ces quatre provinces représentaient 12,8 % de la population carcérale en un jour moyen, tandis qu'ils constituaient 3,3 % de la population adulte générale.
En Nouvelle-Écosse, le taux d'incarcération était le plus élevé chez les hommes noirs, soit 80 adultes pour 10 000 habitants, et le plus faible chez les femmes noires, soit 6 adultes pour 10 000 habitants.
Par rapport à la population blanche de la province, un homme noir était quatre fois plus susceptible d'être détenu en 2023-2024 alors qu'une femme noire l'était six fois plus.
Au Canada, la population noire est confrontée à des défis sociaux et économiques liés aux préjudices historiques et continus causés par les lois, les politiques et les pratiques coloniales, y compris la ségrégation raciale et les politiques d'immigration discriminatoires, mentionne le rapport de Statistique Canada.
Ces défis, accentués par le racisme contre les Noirs et la discrimination systémique, ont entraîné une surreprésentation des personnes noires dans le système correctionnel du Canada.
Profilage racial à Halifax
Ces statistiques, bien qu’alarmantes, ne surprennent pas le professeur adjoint à l’École d’innovation sociale Élisabeth-Bruyère de l’Université Saint-Paul, Philippe Néméh-Nombré.
Au cours de la dernière décennie, les deux corps policiers qui patrouillent la Municipalité régionale d'Halifax, en Nouvelle-Écosse, ont essuyé des critiques pour leurs contrôles disproportionnés des personnes noires.
Si on a un taux aussi élevé d'incarcération des populations noires, c'est parce que ces populations-là sont surveillées, policées [et] inscrites dans le continuum pénal bien avant d'arriver dans les établissements carcéraux.
En 2019, une enquête d’un criminologue de Toronto a révélé que la police régionale d'Halifax contrôlait les Noirs six fois plus que les Blancs. En 2017, un rapport de la Gendarmerie royale du Canada (GRC) à Halifax affirmait que 41 % des 1246 contrôles de routine effectués dans les 10 premiers mois de 2016 avaient ciblé des Noirs.
La police régionale d'Halifax a présenté des excuses à la communauté noire et a promis de modifier ses pratiques. La GRC a fait de même en 2024.

L'ancien chef de la police régionale d'Halifax, Dan Kinsella, a présenté le 29 novembre 2019 des excuses à la communauté noire pour les contrôles de rue qui la ciblaient de façon disproportionnée. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan
Toutefois, le professeur Philippe Néméh-Nombré affirme que le profilage racial persiste toujours. La police intervient beaucoup plus dans les quartiers où ces populations-là sont plus présentes. Il y a des interpellations, des arrestations, une présence, insiste-t-il.
La police d'Halifax n'a pas répondu aux demandes de mise à jour concernant ces nouvelles pratiques de contrôle. Le professeur croit que la population noire est toujours placée sur le radar de la police.
On comprend là, dans un contexte esclavagiste, une des choses qui ont été les plus dangereuses, c'était la liberté des populations noires. C'est comme ça qu'on en vient à créer si on veut, ou à associer les populations noires à la criminalité, à la dangerosité, explique-t-il.

Africville en 1964. (Photo d'archives)
Photo : Bibliothèque et Archives Canada
Philippe Néméh-Nombré évoque également l'héritage douloureux du racisme à Halifax, citant le démantèlement brutal du quartier d'Africville par les autorités municipales à la fin des années 1960.
Ça nous donne quand même la mesure, si on veut, de la manière dont s'est structurée une société qui a tout fait pour effacer, exclure, contrôler les populations noires, a-t-il déclaré.
Des pistes vers de meilleures relations
Contrairement à certaines idées reçues, le professeur de l'Université Saint-Paul, à Ottawa, estime que la diversification des corps policiers n'a aucun impact sur l'amélioration des relations entre les populations noires et la police.
Plus de diversité dans la police ne change pas la police en elle-même. Elle permet finalement à la police d'avoir une meilleure image de manière, on pourrait dire, presque marketing, mais concrètement ça n'a pas d'incidence.
Pour réduire ces taux d'incarcération des personnes noires, il souhaite une amélioration de leurs conditions de vie.
Je pense qu'il faut non seulement revoir le traitement devant les tribunaux, mais aussi le processus qui mène les communautés marginalisées, les communautés minoritaires, les populations plus pauvres à se rendre devant les tribunaux, conclut-il.


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