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Vendredi 16 octobre 2026, la ministre des Armées, Catherine Vautrin, était en visite sur le site de Naval Group à Cherbourg. Elle est revenue sur l'actualité de la Défense.
Sur le même thèmeArméeNaval GroupPar Sebastien Lucot Publié le 16 oct. 2026 à 21h11
Vendredi 16 octobre 2026, Catherine Vautrin, ministre des Armées, s’est rendue sur le site de Naval Group à Cherbourg (Manche). À cette occasion, elle a fait le point sur les enjeux et l’actualité de la Défense.
Interview
Vous êtes en déplacement à Cherbourg, sur le site de Naval Group, pour le transfert sur le dispositif de mise à l’eau du Rubis, 5e sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) du programme Barracuda. Quelles sont vos impressions ?
Un moment exceptionnel. Une première pour moi d’observer l’étape cruciale qu’est le déplacement d’un sous-marin depuis son hall de construction jusqu’à son dispositif de mise à l’eau (DME). Voir l’ensemble des savoir-faire. Avant la cérémonie de transfert du Rubis vers le DME, j’ai pu visiter le Casabianca (6e et dernier SNA du programme Barracuda en cours d’intégration dans la nef Laubeuf, NDLR) et voir à l’œuvre les équipes de Naval Group, du groupe Snef ou encore TechnicAtome dans des espaces très contraints. Chacun est très impliqué dans sa tâche, avec des délais dont on sait qu’ils sont comptés. J’ai également eu l’opportunité d’actionner les marcheurs sur lesquels est fixé le sous-marin et qui permettent sa translation. J’étais ému, car je mesure la fierté des hommes et des femmes qui travaillent sur sa conception depuis le début. Nous sommes les seuls en Europe à avoir cette technicité.
Ce n’est pas la première fois cette année que vous entrez dans l’enceinte de l’industriel français, la dernière fois remonte à mars dernier pour une visite. Avant vous, il faut remonter à avril 2021 pour qu’un ministre des Armées fasse le déplacement, en l’occurrence Florence Parly pour la réparation du SNA Perle. Avec vos déplacements cette année en Grèce, pour la livraison de frégates de Naval Group, en Indonésie, pour les sous-marins Scorpène, voulez-vous donner un signal ?
Mes déplacements, en l’occurrence celui de Cherbourg, montrent aux Français ce que nous faisons avec le budget de la Défense. J’ai fait voter une actualisation de la loi de programmation militaire (initialement de 413,3 milliards d’euros pour 2024-2030, NDLR) en août dernier, de 36 milliards d’euros supplémentaires. Cet argent sert à fournir aux armées des équipements souverains qui assurent la défense du pays au moment où le monde se réarme. Mes déplacements à la rencontre de mes homologues qui font l’acquisition d’équipements produits par nos industriels soutiennent nos exportations et renforcent nos partenariats stratégiques. Des signes très forts pour nos alliés, notamment pour la Grèce ou l’Indonésie, où ces contrats sont aussi la vitrine de nos exportations. Nous sommes le deuxième pays exportateur dans le monde et c’est un enjeu majeur qu’il faut mettre en avant.
En parlant du budget alloué à la Défense, il a été augmenté de 11 % en 2027 (63,4 milliards d’euros). Cela illustre un arbitrage fort de l’exécutif, dans un contexte de rigueur budgétaire visant à réduire les déficits, non ?
Il y a des choix politiques qu’il faut faire. Et je crois que la protection de nos concitoyens et de nos intérêts, il n’y a rien de plus important. Les menaces sont de plus en plus nombreuses et nous devons être prêts, pour une date qu’on ne connaît pas. Pour défendre les pays avec qui nous avons des accords de défense, il n’y a que la France qui a été en mesure, en Europe, de déployer, au premier semestre, des frégates et un groupe aéronaval.
Une partie de ce budget sera redirigée vers Cherbourg ?
Oui, tout à fait. Entre 2026 et 2033, il y a 150 millions d’euros pour les infrastructures de la base de défense de Cherbourg, dont plus de 80 millions d’euros pour les infrastructures du port. Au-delà des bâtiments, il y a aussi des chantiers d’infrastructures. Une partie sera allouée dès l’année prochaine.
Également redirigés vers le programme des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de troisième génération ?
Pour l’année prochaine, le projet de loi de finances prévoit 8 milliards d’euros pour la dissuasion.
Naval Group a annoncé récemment déjà réfléchir à la troisième génération des sous-marins nucléaires d’attaque. Qu’en pensez-vous ?
Il est absolument indispensable d’anticiper, notamment avec l’arrivée de l’intelligence artificielle. Je ne dis pas que demain nous aurons un sous-marin autonome, mais effectivement la classe Suffren sera en service jusqu’en 2050-2060. Le nouvel exécutif aura à travailler sur une nouvelle revue nationale stratégique et un livre blanc de la défense avec une lecture de la manière dont on va anticiper ces années-là. C’est normal d’y penser maintenant.
Vous avez pu également visiter l’École des spécialités du Commissariat des armées (ESCA), anciennement connue sous le nom d’École des fourriers, à Querqueville. Le service de soutien des Armées est essentiel selon vous ?
Les Armées, c’est l’armée dans la diversité de 500 métiers différents. Cette école, c’est le service de formation au service du soutien des armées. Les jeunes que j’ai rencontrés ce matin, dont certains sont artilleurs et veulent se reconvertir, deviendront cuisiniers et intégreront des unités ou des bâtiments de guerre. D’autres sont formés aux ressources humaines, à la comptabilité ou encore à l’acquisition et à la gestion de denrées alimentaires. Ce ne sont pas les métiers les plus connus des armées, mais si nos militaires n’étaient pas équipés et nourris correctement, ils rencontreraient des difficultés. Des opportunités d’évolution de carrière au sein des armées existent.
Vous menez également une initiative pour relancer et renforcer le réseau des correspondants défense dans les communes françaises. Est-ce une manière d’impliquer davantage les élus locaux dans la préparation de la Nation à un éventuel conflit ?
Créé en 2001 via une circulaire, le correspondant défense, nommé au sein du conseil municipal, est chargé de trois missions : entretenir le lien entre l’armée et la nation, informer les jeunes et être le garant du devoir de mémoire. Mais jusqu’ici, il ne disposait d’aucun statut, qui est désormais inscrit dans le Code général des collectivités territoriales depuis cet été. Plusieurs communes, qui ne disposent pourtant ni d’industrie de défense ni de base ou régiment, sont intéressées par le sujet militaire. À nous de nourrir ces correspondants primordiaux : ils peuvent disposer de journées de formation, comme dans la région Hauts-de-France où je me suis rendue hier. Je compte proposer à Hervé Morin, ancien ministre de la Défense et président de la Région Normandie, de faire la même chose ici afin d’aider les correspondants défense à appréhender les enjeux des armées et à incarner le lien Armées-Nation.
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