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La mi-temps : Patricia Paquin et Jessica Barker s’attaquent au tabou de la cinquantaine

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Libido, représentation à l’écran, vie professionnelle, argent… Dans la nouvelle série documentaire La mi-temps, Patricia Paquin et Jessica Barker – l’une a déjà franchi le cap des 50 ans, l’autre s’en approche – déconstruisent les préjugés entourant la cinquantaine au féminin pour encourager ces femmes, que la société tend à effacer, à se libérer.

Invisibles, c’est le titre que Jessica Barker et Patricia Paquin pensaient donner à leur série documentaire au départ.

Il y a vraiment quelque chose autour de l’âge de 50 ans qui dérange encore, constate Jessica Barker. Il y a un désir de faire disparaître ces femmes.

Dans La mi-temps, Jessica Barker et Patricia Paquin se sont entourées de femmes quinquagénaires, de spécialistes comme la sociologue Chiara Piazzesi et la directrice générale de l’Institut du Québec, Emna Braham. Les coanimatrices ont aussi fait appel à des personnalités populaires, telles que Véronique Cloutier, Isabelle Racicot ou encore Sonia LeBel et Marie-Claude Barrette.

Ensemble, elles s’interrogent sur les multiples défis, à la croisée de l’âgisme et de la misogynie, que rencontrent les femmes de leur âge : rencontres amoureuses, regard de la société sur leur apparence physique, âgisme au travail… Elles ne s'intéressent toutefois pas à la ménopause, déjà abordée par Véronique Cloutier dans la série documentaire Loto-Méno

De l’humour et de la réflexion

Patricia Paquin et Jessica Barker sont amies dans la vie. La mi-temps est ainsi portée par leur complicité, mais aussi celle qui les unit aux intervenantes. On a l’impression, à plusieurs reprises, d’assister à des discussions entre amies.

Cette série documentaire, qui se veut lumineuse, ne sert toutefois pas seulement à faire passer un bon moment devant sa télévision. Elle a aussi été créée pour faire réfléchir les femmes qui la regarderont.

On veut les brasser en amenant des chiffres qui font mal et un peu peur et leur donner le courage de ne pas rester dans l’invisibilité, souligne Jessica Barker.

Nous, les femmes, on a dû se battre pour voter, avoir un compte en banque, travailler, étudier, être libres et là, on est obligées de se battre pour exister après 50 ans. Je suis un peu tannée et essoufflée. J’espère que mes filles vivront autre chose.

Moins visibles dans les fictions

Le troisième des quatre épisodes de La mi-temps s’intéresse à la représentation des femmes quinquagénaires à l’écran.

Si l’actrice Catherine Trudeau est aujourd’hui l'une des têtes d'affiche d’Antigang, elle explique avoir senti, à l’approche de la cinquantaine, que les rôles qu’on lui proposait devenaient moins lumineux. Trop souvent, elle avait l'impression qu'on la cantonnait à des rôles de femmes frustrées ou aigries.

Je me suis déjà fait dire : "l’histoire d’une femme de 50 ans qui veut changer de vie, de carrière [...], ça n’intéresse pas les gens", raconte-t-elle dans La mi-temps.  

Une femme blonde portant des lunettes sourit.

La comédienne Catherine Trudeau dans « La mi-temps »

Photo : Radio-Canada

Au milieu des années 2000, Catherine Trudeau a joué dans Les invincibles, une série créée par François Létourneau et Jean-François Rivard dans laquelle les personnages féminins avaient une trentaine d’années, tout comme les personnages principaux masculins.

Quinze ans plus tard, François Létourneau et Jean-François Rivard sont revenus avec la série à succès C’est comme ça que je t’aime. François Létourneau et Patrice Robitaille y incarnent des hommes en couple avec Marilyn Castonguay et Karine Gonthier-Hyndman, des actrices de 10 ans plus jeunes.

Si François Létourneau s’explique sur ces choix dans La mi-temps, cet exemple témoigne de la place des femmes plus mûres dans les fictions.

Même la scénariste Chantal Cadieux, qui a elle-même une cinquantaine d’années, a dû rajeunir d’une décennie les personnages principaux féminins de sa série Mea Culpa, qui avaient environ 55 ans dans son esprit au départ.

Il y a le désir, à la télé traditionnelle, de ramener un jeune public, indique Chantal Cadieux dans La mi-temps.

Ironie du sort, ce changement a profité à Jessica Barker, âgée de 48 ans, qui a décroché le rôle de Marie-Dominique Ross dans Mea Culpa. À peu près au même moment, Patricia Paquin a perdu son micro à la radio Rythme, remplacée par Maripier Morin, une animatrice 17 ans plus jeune qu’elle.

Revendiquer autre chose

Pourtant, dans les médias, les décideurs sont également des décideuses, et des décideuses d’expérience. De plus, le public vieillissant qui regarde les fictions d’ici est en majorité féminin.

On est toutes un peu prises dans ces biais qui font partie de l’inconscient collectif, regrette Jessica Barker. Elle espère que La mi-temps contribuera à faire évoluer les mentalités et à changer la perception que la femme dans la cinquantaine est datée.

On est rendu à une mise à jour. [...] Il faut revendiquer autre chose.

Réalisée par Patricia Beaulieu, la série documentaire La mi-temps est lancée ce mardi sur VÉRO.TV d’ICI TOU.TV EXTRA. 

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