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«La méthode scandinave»: la révolution féministe des pays du Nord

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Quand elle était adolescente, la Québécoise Anik Salas est tombée sur cette anecdote fabuleuse. En Norvège, un jeune garçon avait approché la première ministre du pays pour lui demander si, un jour, ce serait possible pour un jeune garçon d’occuper sa fonction. L’élue était Gro Harlem Brundtland, devenue en 1981 la première femme à la tête d’un gouvernement nordique. Elle a gouverné la Norvège pendant dix ans.

La scène est littéralement reproduite en introduction du film La méthode scandinave. « Ce jour-là, j’ai découvert la Scandinavie, un lieu où on semblait déterminé à vivre égaux, et surtout à déployer les moyens d’y parvenir, dit la narration de la documentariste. Une première ministre, des ministres conservateurs exigeant plus de femmes dans les conseils d’administration, des pères prenant de longs congés parentaux : la Scandinavie est devenue à mes yeux le pays des merveilles. Je comprenais qu’un autre monde était possible. »

Le reste du long documentaire part à la découverte de cette utopie féministe réalisée. Anik Salas sert de guide en multipliant les entrevues avec des leaders féministes (y compris des ministres) et les exemples concrets des réalisations de cette révolution par l’égalité.

Elle a commencé la recherche et les contacts pour son film en 2018. Elle a eu un peu d’aide, mais a principalement fait le boulot seule. « Ça fait longtemps que je constate les inégalités, étant une femme », poursuit en entrevue la cinéaste, aussi présidente de l’association Réalisatrices équitables, qui vise l’égalité dans l’industrie audiovisuelle. « Malheureusement ou heureusement, une fois qu’on porte des lunettes d’égalité, après, c’est juste impossible de les retirer. On la voit partout et cette découverte ponctue notre vie. Pour moi, l’égalité est un combat fondamental, au centre de tout ce que je fais. »

L’image des lunettes est aussi illustrée au premier degré dans le film. Anik Salas tourne son regard vers la Norvège, mais aussi vers la Suède et l’Islande, où elle a séjourné trois fois pour des tournages, où elle a découvert « des femmes extraordinaires, des battantes ». Elle parle aussi de Valkyries et de Sprakkars, en reprenant le titre du livre Secrets of the Sprakkar : Iceland’s Extraordinary Women and How They Are Changing the World de la Canado-Islandaise Eliza Reid, ancienne première dame du pays. Le mot islandais désigne précisément des femmes fortes, des bâtisseuses.

Ces trois pays, l’Islande, la Suède et la Norvège, ont été choisis comme références précisément parce que le Rapport mondial sur l’écart entre les femmes et les hommes du Forum économique mondial les place presque toujours en tête de liste. L’étude établit par contre qu’au rythme des transformations actuelles, il faudra plus d’un siècle pour suivre ailleurs ces modèles enviables.

« Avec mon film, je veux démontrer que l’égalité est possible, que ce n’est pas une utopie et que l’excuse qu’il faut du temps ne tient pas, dit Mme Salas. Quand on a une volonté politique, ça devient facile de faire des changements. »

Changements audacieux

Un exemple de transformation audacieuse : en 1993, le Parti social-démocrate suédois a instauré l’alternance genrée sur ses listes électorales. Ce quota porte depuis le surnom de « crise de l’homme médiocre ». « Parce que les candidats médiocres, soit ils sont renvoyés, soit ils démissionnent, quand une plus grande parité hommes-femmes s’installe, explique encore la narratrice. Les nouveaux dirigeants sont en moyenne plus compétents, ce qui instaure un cercle vertueux de compétence accrue. Les Scandinaves l’ont compris : les quotas, ça met fin aux excuses et ça donne des résultats. »

Il n’y a pas que ça. La méthode scandinave parle d’éducation, d’entrepreneuriat et même des biais de l’intelligence artificielle à corriger. Le documentaire montre des expertes, des leaders, mais aussi les effets de l’égalité dans la vie courante de gens ordinaires.

Elle expose aussi l’importance de la volonté consensuelle inscrite jusque dans les structures du système démocratique. Le mode de scrutin des pays scandinaves ne divise pas les chambres des représentants en deux blocs hétérogènes et antagonistes. Il force au contraire la formation de coalitions capables de compromis.

« L’approche privilégiée est de savoir admettre quand on a tort et de prendre de nouvelles décisions si on découvre qu’on a pris une décision fondée sur des hypothèses erronées ou de mauvaises données, dit dans le film Þórhildur Sunna Ævarsdóttir, représentante du Parti pirate au Parlement islandais. On collabore avec plaisir à des projets intéressants, même ceux proposés par un parti qu’on déteste. »

Le film fait aussi constamment des parallèles avec la situation canadienne, et surtout québécoise. On comprend que certaines avancées ici même se rapprochent avantageusement des pays scandinaves, par exemple les congés parentaux, la Loi sur l’équité salariale ou le réseau de garde universel.

Cela dit, la seule première ministre du Canada, Kim Campbell, a été en poste cinq mois. La première femme première ministre du Québec, Pauline Marois, a subi une tentative d’assassinat le soir de son élection. Elle est restée deux ans au pouvoir. On verra bientôt si Christine Fréchette battra ce record.

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