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La menace de boycotter le Mondial de football aux États-Unis, l'arme fatale de l'Europe

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Oubliez l'envoi de troupes au Groenland, la réciprocité des droits de douane, les supplications et admonestations en tout genre: l'ensemble de ces mesures n'auront aucun effet sur Donald Trump et ses projets expansionnistes. Face à la mégalomanie d'un névropathe souffrant de narcissisme aigu, une seule chose peut opérer et le ramener sur terre, la perspective d'une humiliation dont il aura grand-peine à se relever.

Et quelle est la plus grande humiliation que l'Europe peut lui infliger, sinon la perspective d'un Mondial de football sans la présence de ses meilleures équipes? Imaginez un peu une compétition où le match d'ouverture opposerait le Curaçao au Cap-Vert, tandis que la finale proposerait comme affiche une rencontre au sommet entre le Panama et l'Ouzbékistan, de ces «pays de merde» dont la simple évocation provoque chez le président des États-Unis des accès d'urticaire et autres bouffées délirantes.

Une Coupe du monde sans les nations européennes, ce serait comme d'organiser un festival de cinéma déserté de ses vedettes américaines ou bien un gala de bienfaisance où Juliette Binoche serait pour une fois absente, voire même une pétition pour la Palestine sans la signature d'Annie Ernaux: une aberration, un non-sens, un camouflet, une rebuffade si cinglante que Donald Trump préférerait s'autodestituer que de poursuivre son mandat.

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Dans un monde dominé par l'image, la simple vue de Donald Trump condamné à remettre le prestigieux trophée à un joueur ghanéen ou iranien aurait l'effet d'une déflagration bien plus puissante que n'importe quel tapis de bombes lancé sur le Groenland. Pour un président qui se vante sans cesse d'être le premier à avoir accompli tel ou tel exploit depuis que l'humanité existe, il serait pour une fois dans le vrai. Jamais jusqu'à présent, hormis l'Afrique en 1966, un continent entier n'aurait boycotté une Coupe du monde.

Si l'Europe entend montrer à Donald Trump de quel bois elle se chauffe, quel meilleur exemple sinon d'agiter le spectre d'un boycott unilatéral? Les sponsors se défileraient, les stades se videraient, les moqueries fuseraient. Ce serait le plus grand camouflet jamais infligé à une administration américaine depuis le débarquement de la baie des Cochons, un séisme d'une ampleur telle que le président américain serait obligé de négocier et réviser à la baisse ses désirs d'expansion.

À défaut d'avoir une armée digne de ce nom, l'Europe détient entre ses mains une véritable bombe diplomatique capable d'attendrir les humeurs bellicistes de Donald Trump.

La Coupe du monde contre le Groenland: voilà le deal à lui proposer. Qu'on se souvienne seulement des Jeux olympiques de Berlin en 1936: le sport a toujours été un formidable vecteur de propagande. Donald Trump en a parfaitement conscience, une Coupe du monde réussie n'a pas d'équivalence en matière de soft power. C'est l'occasion ou jamais de montrer aux yeux du monde sa puissance, sa grandeur, sa maîtrise, sa richesse, son faste, sa réussite insolente.

Le contraire est tout aussi vrai. Une Coupe du monde ratée, sans enjeu, disputée devant des tribunes dégarnies, c'est l'assurance de porter atteinte à l'orgueil du pays organisateur. Sans parler du manque à gagner en matière d'argent et d'image. Une véritable catastrophe industrielle. À défaut d'avoir une armée digne de ce nom, l'Europe détient entre ses mains une véritable bombe diplomatique capable d'attendrir les humeurs bellicistes de Donald Trump.

Si l'Europe menaçait de boycotter la Coupe du monde coorganisée par les États-Unis (avec le Canada et le Mexique), Donald Trump reculerait. Il n'aurait pas d'autre choix. Un dirigeant aussi infatué que lui, aussi épris de sa personne, ne fera jamais l'impasse sur un événement aussi médiatisé. Donald Trump sait la puissance d'évocation du football, sa part de rêve. Quand bien même ne comprend-il rien au jeu en lui-même, il connaît sa part d'universalité. Face à la perspective de remettre une Coupe du monde à son vainqueur devant des milliards de téléspectateurs, tout s'efface. Même la possibilité de s'emparer d'un bout de territoire situé au fin fond de l'Arctique.

Et si cela ne suffisait pas, que l'Europe le menace de réserver la programmation de la compétition aux deux seuls autres pays organisateurs, le Mexique et le Canada. Le président états-unien s'entêterait-il encore qu'il resterait une dernière cartouche: laisser au Groenland et au Venezuela le bon soin de remplacer les États-Unis comme pays hôtes de la prochaine Coupe du monde… Donald Trump ne s'en remettrait jamais.

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