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L’adversaire de passage au Centre Bell mercredi soir n’était pas à confondre avec l’Armée Rouge ou la dynastie du CH des années 1970. Il ne traînait pas dans sa besace une botte secrète prête à désarçonner le Canadien. Ce qui n’enlève rien à la leçon de hockey que les Montréalais ont servi aux Flames.
Dans cette impressionnante victoire de 4-1 du Canadien, Calgary a eu l’air de ce que sa fiche indique : une équipe de bas de classement dans une association aux forces déséquilibrées. Le CH, lui, s’est paré de ses plus beaux atours.
On avait notre balle rapide ce soir. On était connectés, notre exécution était là. On avait un très bon équilibre partout sur la glace. C’était facile d’exécuter parce que les passes étaient évidentes. On a offert un excellent jeu collectif, a estimé Martin St-Louis.
Tous les concepts chers à l’entraîneur ont été appliqués avec diligence. Des sorties de zone rapide, une prise de décision judicieuse, pas de jeux risqués inutiles, une gestion de l’avance intelligente, le petit fascicule idéal pour St-Louis.
Il pouvait en être d’autant plus satisfait qu’en matinée, l’ancienne gloire du Lightning soulignait à quel point son équipe n’était pas au sommet de son art défensivement en dépit des points récoltés pendant le long voyage du temps des Fêtes.
Mercredi, le Canadien ne s’est pas montré bien vulnérable dans sa zone, mais encore aurait-il fallu qu’il y passe plus de temps pour qu’on en ait une bonne idée. La rapidité sur patins du CH jumelée à un mouvement de rondelle qui l’était tout autant ont étourdi les Flames.
Ivan Demidov y est allé d’une ou deux manœuvres d’une grande créativité, Lane Hutson semblait avoir la rondelle collée à la lame de son bâton et tout un chacun a eu l’occasion de briller.
Alexandre Texier, par exemple, improbable compagnon de trio de Nick Suzuki et Cole Caufield a réussi la première soirée de trois points de sa carrière.
Les partisans, qui n’avaient pas vu leurs favoris depuis 18 jours, ont apprécié.
Ça fait du bien de revenir à la maison. On aurait dit que les partisans s’ennuyaient de nous un peu aussi, a laissé tomber Caufield.
Les frissons…, a ajouté Phillip Danault, laissant sa phrase en suspens.
Des frissons dus à l’allégresse qui régnait dans l’amphithéâtre dès le départ. En troisième période, la foule a lancé une vague humaine dans les gradins de près de cinq minutes. Les Olé, Olé, Olé ont résonné et Texier regardait au ciel, les yeux brillants.
C’est fou. On est mercredi soir et il y a une ambiance comme ça. Je n’ai jamais vécu ça. C’était incroyable.
Cette saison du CH, comme la vie, est loin d’être linéaire. Malgré les soubresauts ici et là, les hommes de St-Louis ont réussi à éviter les longues léthargies. Ils n’en ont connu qu’une, en fait, soit cinq défaites de suite à la mi-novembre dont plusieurs claques humiliantes.
Depuis ce temps, le Canadien a maintenu une fiche de 14-6-3, au 4e rang de la Ligue nationale. Une fiche construite sans Kaiden Guhle, Alex Newhook et Kirby Dach. Et même sans Patrik Laine si vous y tenez. Plus récemment, ce sont Jake Evans et Josh Anderson qui sont tombés au combat.
Danault et Texier les ont remplacés au pied levé et l’adaptation s’est faite sans heurts. Voilà belle lurette que l’on n’a pas vu, à Montréal, une équipe capable de résister à de semblables vents de face. Et l’on n’a même pas parlé de la controverse des gardiens du mois de décembre lorsque le portier numéro un s’est retrouvé dans la Ligue américaine et qu’on a fait appel à un jeune homme de 21 ans pour se tirer de l’embarras.
On a beaucoup de joueurs qui sont ici depuis longtemps. Ils ont vu notre progression, notre jeu collectif. C’est clair ce qu’on cherche à faire. Ils sont capables de les aider, d’enseigner. C’est une extension de l’entraîneur et ça aide les gars qui entrent dans la formation, a expliqué St-Louis.
Le niveau d’excellence affiché mercredi soir est une denrée rare et ne peut être reproduit soir après soir pendant 82 matchs, surtout lorsque l’horaire est aussi condensé, le temps de repos aussi parcellaire. Ce seraient là des attentes irréalistes.
Mais étant donné le talent de cette équipe, la stabilité du groupe de joueurs et d’entraîneurs, la constance du message et du système de jeu à appliquer, l’expérience acquise ces dernières saisons, les nombreuses périodes creuses traversées et la compétition interne qui prévaudra lorsque les blessés auront pansé leurs plaies, Martin St-Louis est en droit d’exiger le niveau de jeu aperçu contre les Flames.
Il ne l’obtiendra pas tous les soirs, mais voilà où la barre se trouve.
Ça prend du temps pour bâtir ça. Ça prend un groupe pour le faire. Chaque soir, c’est différent. C’est un trio qui prend les choses en mains, peut-être deux. Ce soir, c’était toute l’équipe, a fait valoir Caufield.
Tout le monde vieillit. Tout le monde amène un peu de son leadership, s’occupe de son trio, s’occupe de ses choses (…) On a du meilleur leadership récemment, a-t-il ajouté.
La voie du Canadien vers un succès durable apparaît de plus en plus claire. Il y a de ces soirs où ça crève les yeux…et fait écarquiller ceux des amateurs.


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