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À l’occasion du 115e anniversaire de la Journée internationale des droits des femmes, la Maison Lougheed, à Calgary, a organisé une visite sur l’héritage souvent méconnu des femmes qui ont façonné la ville.
Construit en 1891 par le sénateur James Lougheed et son épouse, Lady Isabella Hardisty Lougheed, ce lieu historique national et provincial porte l’empreinte de plusieurs générations de femmes qui se sont impliquées pour faire progresser l'égalité des sexes et de genre dans la province.

La directrice générale, Shannon Murray, souligne que la pérennité de la Maison Lougheed repose sur un modèle économique diversifié alliant soutiens publics, dons communautaires et revenus des locations pour des événements ou des tournages de film.
Photo : Radio-Canada / Arzouma Kompaore
Chaque époque de cette maison, il y a eu une femme incroyablement forte derrière elle, résume Shannon Murray, la directrice générale du musée de la Maison Lougheed.
La première de ces figures est Lady Isabella Hardisty Lougheed, née dans une famille métisse impliquée dans le commerce des fourrures.
Dans la société victorienne, où les femmes n’avaient aucun pouvoir politique formel, elle a transformé son salon en un épicentre du pouvoir calgarien, tout en militant activement pour le droit de vote des femmes et le bien-être des enfants.

Isabella Lougheed, vers les années 1920-1930
Photo : Radio-Canada / Glenbow Archives NA-3232-5
Son impact politique et social fut tel qu’à son décès dans les années 1930, la ville entière lui a rendu hommage, souligne Mme Murray.
D'antenne politique à caserne
Ensuite, pendant la Seconde Guerre mondiale, le bâtiment a été réquisitionné pour servir de caserne au Service féminin de l’Armée canadienne. Les recrues, éloignées de leurs familles, surnommaient ce lieu exclusivement féminin leur Éden sans Adam.

Des membres du service féminin de l'armée canadienne devant la Maison Lougheed, Calgary, Alberta, vers 1944-1946
Photo : Radio-Canada / Glenbow Archive NA-5473-6
En 2024, la famille de Dorothy Provost a fait don des uniformes historiques, qu'elle avait soigneusement conservés avec tout son équipement militaire, incluant ses boutons, ainsi qu'un écusson portant l'inscription Lougheed Barracks.
Après la guerre, sous la direction de Gertrude O’Keefe, la maison est devenue un centre majeur pour la Croix-Rouge et la Société canadienne du sang, collectant plus de 300 000 unités de sang. Son leadership lui a valu d’être décorée de l’Ordre du Canada.
Enfin, face à l’abandon du bâtiment dans les années 1970, Trudy Cowan a mené une campagne acharnée d’une décennie pour sa préservation. Grâce à sa ténacité, la Maison Lougheed a rouvert ses portes en 2005 en tant que musée.
Transmettre aux nouvelles générations
Aujourd’hui, une équipe majoritairement féminine s’attache à transmettre ces récits aux nouvelles générations. Le musée a accueilli environ 11 500 visiteurs en 2025 et plus de 1100 écoliers à travers ses programmes éducatifs.
Meaghan Aylward, assistante au musée, guide les visiteurs à travers l’histoire des femmes associées aux lieux, des travailleuses domestiques de la période victorienne aux artisanes de la restauration du XXe siècle.

Pour Meaghan Aylward, la journée internationale des droits des femmes est l’occasion de réfléchir aux progrès accomplis et de s’assurer que ces femmes ne soient pas oubliées.
Photo : Radio-Canada / Arzouma Kompaore
On ne peut pas peindre les femmes avec une image singulière. Il y a toujours des multiplicités [...] En parler, c'est s'assurer qu'elles restent avec nous et conservent leur place légitime dans notre récit.
Un appel à l’action et à l’éducation
Selon les Nations Unies (nouvelle fenêtre), les femmes ne détiennent encore que 64 % des droits légaux accordés aux hommes à l’échelle mondiale. Le thème de la journée du 8 mars de cette année appelle à l’action pour combler cet écart persistant.
L'historien et chercheur Amadou Ba souligne que la situation des femmes a énormément progressé au Canada, relevant toutefois que ce n’est pas le cas partout dans le monde.
Pour lui, la clé réside dans l’éducation et la valorisation des modèles féminins
Il faut insérer cela dans notre système d’éducation, valoriser les grandes figures [et] préparer les futures générations à mieux travailler ensemble pour le développement de nos pays avec moins de discrimination envers les femmes.
Un engagement francophone pour l’avenir
Dans la communauté francophone de l’Alberta, cette journée est également un moment de réflexion et d’engagement.
Nathalie Lachance, présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta, dans une déclaration publiée pour l’occasion, rend hommage aux femmes qui façonnent notre société par leur engagement, leur résilience et leur leadership.
Elle souligne que les femmes sont au cœur de la vitalité des communautés francophones et appelle à des gestes concrets pour soutenir l’égalité des genres. Donner, c’est s’engager à soutenir l’avancement des femmes […] Recevoir, c’est voir émerger une société plus juste, conclut-elle.


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