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La loi agricole a totalement déchiré la Macronie, et ces chiffres le montrent

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Politique 21/07/2026 12:13 Actualisé le 21/07/2026 12:42

Les élus Renaissance, MoDem et Horizons, censés soutenir le gouvernement, n’ont pas tous voté en faveur du texte, entre désaccords sur le fond et critique sur la méthode du Premier ministre.

Par Jade Toussay et Marie Haynes

Le pesticide avait un parfum de zizanie. L’Assemblée nationale a adopté lundi 20 juillet le projet de loi d’urgence agricole. Mais bien qu’il soit porté par le gouvernement, le texte n’a pas fait le plein de voix chez les députés macronistes et leurs alliés. En cause : la réintroduction, sous l’impulsion du Sénat, de l’acétamipride, produit phytosanitaire controversé et objet d’une pétition qui avait réuni 2 millions de signatures il y a à peine un an.

Les 139 députés d’extrême droite (Rassemblement national et UDR) ont unanimement voté pour le texte. Les quatre groupes de gauche France insoumise, Écologistes, Gauche démocrate et républicaine, et Socialistes ont unanimement voté contre (les deux abstentions au sein du groupe PS ont été signalées comme erreurs de vote). Mais au sein des groupes Ensemble pour la République, MoDem, et Horizons, les votes se sont divisés entre pour, contre et abstention.

Sur les 90 élus Renaissance, seulement une cinquantaine ont soutenu le texte du gouvernement. Le constat est identique au MoDem, avec 19 votes en faveur du texte, 11 contre et 6 abstentions. Même le groupe Horizons, d’ordinaire plus uni, a laissé apparaître quelques divergences, avec 4 abstentions et 3 contre sur les 31 votes.

MoDem et Renaissance remontés contre le gouvernement

La réintroduction de l’acétamipride avait été dénoncée par la majorité des élus macronistes, inquiets que cette disposition controversée puisse bloquer l’adoption d’un texte attendu par le secteur agricole. En commission mixte paritaire, les parlementaires ont donc encadré la mesure, faisant de l’Anses l’arbitre en charge d’autoriser son utilisation. « Ce que la loi crée, c’est une porte d’entrée, très étroite, et verrouillée par les scientifiques », a d’ailleurs tenté de déminer le député Renaissance Jean-René Cazeneuve.

Mais l’argument n’a pas suffi à convaincre l’ensemble de ses collègues. Seize députés Renaissance se sont abstenus, à l’image de l’ancienne Première ministre Élisabeth Borne. Ou de Prisca Thevenot et Paul Midy pourtant très proches de Gabriel Attal et généralement sur la même ligne que le candidat à la présidentielle, qui, lui, a voté pour le texte. Le député Pieyre-Alexandre Anglade, lui aussi engagé dans la campagne de son chef de parti, est allé plus loin en votant contre comme 14 autres élus du groupe.

Au-delà des divergences sur le fond du texte, le déroulé du vote du projet de loi a aussi illustré une fois de plus la mauvaise ambiance qui règne entre le gouvernement et les groupes censés le soutenir. L’équipe dirigée par Sébastien Lecornu a sur le papier rendu un avis défavorable à la réintroduction de l’acétamipride dans le texte. Mais elle a dans le même temps refusé de déposer un amendement de suppression avant le vote final de l’Assemblée, comme l’en pressaient les élus Renaissance, cherchant à se débarrasser de la disposition embarrassante. L’entourage du Premier ministre a fait savoir qu’il préférait laisser « au Parlement » le soin de « trancher » ou « faire évoluer » le texte.

Mais lorsque des députés Renaissance, du MoDem, et du groupe Liot ont déposé leur propre amendement de suppression, le gouvernement, qui dispose d’un droit de veto à ce stade de la procédure, s’est opposé à son examen. Une décision qui a donné lieu à une séance ubuesque, où des députés MoDem et Renaissance ont dénoncé dans l’hémicycle l’attitude du gouvernement qu’ils soutiennent. « Ce filtrage est arbitraire et contraire à l’esprit démocratique », a par exemple critiqué le député MoDem Richard Ramos, quand Gabriel Attal déplorait une séance « pourrie par une forme d’incompréhension ».

Sébastien Lecornu n’a pas répondu directement à ces critiques. Mais au lendemain du vote de l’Assemblée, il a réinsisté dans un message sur X sur la responsabilité du Parlement qui « a trouvé un compromis (...) sans le gouvernement, sur des sujets qui n’étaient pas dans le texte initial ». Avant de tacler à demi-mot les élus de son camp qui s’y sont opposés : « On ne peut pas dire au salon de l’agriculture en février que nous aimons nos agriculteurs, et en juillet instrumentaliser à des fins politiciennes une loi utile pour notre souveraineté alimentaire. » Gabriel Attal appréciera sans doute, autant que Monique Barbut. Opposée au retour du pesticide, la ministre de la Transition écologique avait mis sa démission dans la balance si la disposition figurait dans le texte final. Elle a été reçue à Matignon ce mardi à la mi-journée.

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