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La Ligne d’urgence contre la traite des personnes néglige le français, selon des organismes

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Des organismes québécois accusent la Ligne d’urgence canadienne contre la traite des personnes de ne pas offrir des services adéquats en français, malgré les millions versés par Ottawa pour en assurer le fonctionnement.

« Quand on s’est intéressés au problème, on n’aurait jamais pensé que ce serait autant préoccupant », lance Cynthia Beaulieu, directrice de la Coalition québécoise contre la traite des personnes, qui regroupe 38 organisations membres.

Depuis 2019, le Centre canadien pour mettre fin à la traite des personnes, un organisme de bienfaisance non gouvernemental, gère une ligne téléphonique pancanadienne censée servir de guichet unique pour les survivants de ce type de crime. On y aide entre autres des victimes de traite à des fins sexuelles, d’exploitation pour leur travail ou leurs services, de traite de personnes pour leurs organes, de mariage forcé, et d’autres types d’exploitation par des trafiquants.

En 2025, Ottawa a accordé 12,5 millions de dollars à l’organisme pour soutenir la poursuite des activités de la ligne, que le gouvernement présente comme un « élément essentiel » de son plan pour lutter contre la traite des personnes. Le problème, selon les membres de la Coalition québécoise, c’est que les intervenants qui répondent au téléphone ne sont pas outillés pour accompagner les victimes qui parlent français.

« Nos membres ont arrêté de référer les gens à la ligne, parce qu’il n’y avait pas assez des services en français », dénonce Cynthia Beaulieu.

Après avoir appris par l’un de ses membres qu’une victime aurait été dirigée vers le mauvais service par un intervenant ne parlant pas français, la Coalition a tenté à plusieurs reprises d’entrer en contact avec des intervenants francophones à travers la ligne d’urgence, sans succès. Plutôt, on leur proposait d’ajouter à l’appel un interprète d’une entreprise privée basée à Toronto pour assurer la traduction de l’appel.

Joint par Le Devoir, le Centre a indiqué qu’il ne fait appel à un service d’interprétation que lorsque tous les intervenants bilingues sont occupés.

« Puisque, dans notre contexte, chaque seconde compte, la personne qui appelle est immédiatement mise en contact avec un·e intervenant·e anglophone. Cette dernière peut ensuite soit offrir un même niveau d’appui par l’entremise d’un service d’interprétation, soit assurer un rappel par un·e intervenant·e francophone », a écrit l’organisme par courriel.

Une pratique « inacceptable », selon Mme Beaulieu, qui souligne que la ligne devrait être entièrement bilingue, puisqu’elle offre ses services au Canada.

Les données récoltées par la ligne servent d’ailleurs à Statistique Canada dans leurs travaux sur la traite des personnes. Si les Québécois et les francophones cessent d’utiliser la ligne, craint Cynthia Beaulieu, alors ces statistiques sont à risque d’être « fortement biaisées ».

Intervention au Sénat

La coalition croit fermement que le Centre canadien contre la traite des personnes est en mesure d’engager plus d’intervenants francophones, surtout parce que les employés de la ligne d’urgence travaillent entièrement en télétravail, ce qui pourrait leur permettre de varier leurs candidatures, croit-elle. Et si elle n’est pas en mesure de le faire, affirme la coalition, alors l’argent devrait être transféré vers le Québec pour que la province s’occupe elle-même du service, propose-t-elle.

La coalition s’est aussi entretenue directement avec le Centre, qui a reconnu dans une lettre, que Le Devoir a pu consulter, qu’il « est clair que notre capacité à servir les survivant·e·s en français n’a, à certains moments, pas été à la hauteur de la norme que nous nous sommes fixée. Nous prenons cela très au sérieux. Bien que l’augmentation récente du volume d’appels et les pressions opérationnelles aient affecté notre capacité, elles n’en diminuent pas pour autant notre responsabilité ».

Afin de régler la situation, la directrice générale du Centre, Julia Drydyk, s’est engagée à revoir sa stratégie de recrutement, à demander un soutien financier supplémentaire au gouvernement du Canada et à réaliser un examen de leurs pratiques internes.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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