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À quelques jours de la visite du souverain pontife, le maire LFI de Saint-Denis revendique dans un entretien à Tribune Chrétienne la place historique du christianisme en France et défend une laïcité qui n’efface pas cette mémoire.
Vendredi soir, Bally Bagayoko fera partie des élus de Seine-Saint-Denis qui accueilleront Léon XIV au Stade de France, avant la veillée de prière réunissant 80.000 jeunes. La rencontre, révélée en début de semaine par Le Parisien, doit notamment permettre au souverain pontife d’échanger avec le maire de Saint-Denis et plusieurs autorités territoriales du département. À quelques jours de ce rendez-vous, l’édile LFI, qui se définit comme musulman, a accordé un long entretien pour le moins inattendu au média catholique Tribune Chrétienne, dans lequel il assume l’héritage chrétien de la France.
«On ne peut pas comprendre notre pays sans comprendre l’influence du christianisme sur quinze siècles de son histoire», affirme Bally Bagayoko. «Notre patrimoine, notre architecture, notre littérature, notre peinture, notre musique, notre calendrier, nos paysages et une partie considérable de notre culture portent cette empreinte», poursuit-il, estimant qu’«une France qui connaît son histoire est une France plus solide».
À Saint-Denis, où se trouve la basilique-cathédrale, nécropole des rois de France, cette question prend une résonance particulière. «En tant que maire musulman, je n’ai aucune difficulté à reconnaître cette réalité», assure-t-il. «Respecter la foi de l’autre commence par respecter son histoire.» Le maire insiste notamment sur la dimension chrétienne de la basilique, alors que la reconstruction de sa flèche alimente depuis plusieurs mois un débat local. «Respecter ce patrimoine, c’est reconnaître ce qu’il est. Un monument profondément chrétien, lié à saint Denis, à l’histoire de l’Église en France et à l’histoire monarchique française», explique-t-il. «Je suis musulman. Cela ne m’empêche nullement de respecter profondément ce symbole chrétien.»
«La France n’a pas besoin de choisir»
Interrogé sur les Français qui craignent une relégation de l’identité catholique face à la progression de l’islam, Bally Bagayoko dit comprendre «qu’une partie de nos concitoyens puisse ressentir une inquiétude face aux transformations profondes de la société française». Il estime qu’il faut pouvoir en parler «sans immédiatement accuser les uns de racisme ou les autres d’islamophobie». Mais le maire refuse d’opposer christianisme et islam. «L’augmentation de la visibilité de citoyens musulmans ne signifie pas la disparition de l’histoire chrétienne de la France», affirme-t-il. «La France n’a pas besoin de choisir entre son héritage chrétien et ses citoyens musulmans.»
S’il reconnaît au catholicisme «une profondeur historique et culturelle particulière», Bally Bagayoko refuse d’en tirer «une hiérarchie des citoyens ou des droits». Il défend plutôt une «nouvelle France» qui n’efface pas son passé. «La nouvelle France n’est pas une table rase. C’est une France qui ajoute des chapitres à son histoire et qui continue de s’enrichir.»
«La laïcité n’est pas l’amnésie»
Cette conception se retrouve dans sa définition de la laïcité. «La laïcité n’est pas l’amnésie», affirme le maire de Saint-Denis. Si la puissance publique ne doit privilégier aucune religion, elle n’a pas pour autant, selon lui, à «effacer l’histoire religieuse du pays».
«À Saint-Denis, nous devons être capables de dire à un enfant musulman : “Cette basilique fait partie de ton histoire de Français”», explique-t-il, tout en souhaitant que l’enfant chrétien sache que son histoire religieuse «a toute sa place dans l’histoire de cette ville». «La laïcité ne doit être ni une arme contre les religions, ni une manière de nier la place historique du christianisme. Elle doit être la garantie que personne ne peut imposer sa foi à l’autre», insiste-t-il. Le maire se dit d’ailleurs prêt à être présent «à Noël, à Pâques, à une célébration ou à un événement patrimonial lié à la basilique», non pour participer au culte mais pour témoigner de son «respect» et de son «amitié».
«Je deviens le maire de tous»
Bally Bagayoko assume parallèlement sa foi musulmane. «Ma foi musulmane fait partie de ce que je suis», dit-il, tout en marquant une séparation avec l’exercice de son mandat. «Lorsque je franchis la porte de la mairie, je ne deviens pas le maire des musulmans. Je deviens le maire de tous.»
Sur les sujets de société, il rappelle ainsi que l’avortement est «un droit protégé par notre ordre juridique» et qu’il n’entend «évidemment pas opposer la mairie aux femmes qui exercent ce droit». Sa foi peut nourrir «des interrogations ou des réserves» sur la fin de vie, tandis qu’il estime que les personnes LGBT doivent être protégées «contre les discriminations, les violences et les humiliations». À quelques jours de la venue de Léon XIV, l’édile dyonisien conclut ainsi : «C’est cette France-là que je veux contribuer à construire : une France qui connaît ses racines, qui assume son histoire et qui n’a pas peur de son avenir.»


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