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La guerre menée par les Etats-Unis contre l'Iran est-elle en train de diviser l'administration Trump ?

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Publié le 21/03/2026 07:04

Temps de lecture : 8min

Le président américain, Donald Trump, et le vice-président du pays J.D. Vance, à la Maison Blanche à Washington (Etats-Unis), le 17 mars 2026. (ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP) Le président américain, Donald Trump, et le vice-président du pays J.D. Vance, à la Maison Blanche à Washington (Etats-Unis), le 17 mars 2026. (ALEX WONG / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP)

La démission d'un haut responsable du gouvernement américain ayant exprimé son opposition à l'opération militaire au Moyen-Orient ne devrait pas, pour l'instant, entamer l'unité affichée autour de Donald Trump.

L'unanimité américaine sur la question iranienne est-elle en train de se fissurer ? La démission, mardi 17 mars, de Joseph Kent, directeur du Centre national de lutte contre le terrorisme, pour protester contre la guerre menée par Washington à Téhéran, en est un signe probable. Le haut responsable américain est en tout cas le premier à démissionner en raison du conflit au Moyen-Orient. Dans une lettre qu'il a partagée sur X, il a affirmé : "L'Iran ne représentait aucune menace imminente pour notre nation." Soit l'inverse des justifications avancées par le président américain. "Il est clair que nous avons déclenché cette guerre sous la pression d'Israël et de son puissant lobby américain", a-t-il poursuivi.

De quoi déclencher la furie du camp Trump. "J'ai toujours pensé qu'il était faible en matière de sécurité", a ainsi réagi le président américain auprès des journalistes dans le Bureau ovale. La porte-parole de la présidence, Karoline Leavitt, a de son côté affirmé mercredi que la lettre était "truffée de mensonges", rapporte People. La responsable américaine a affirmé que Joseph Kent n'avait joué aucun rôle dans les briefings quotidiens sur l'Iran et n'avait pas été vu à la Maison Blanche "depuis un certain temps".

L'administration américaine, malgré l'allongement du conflit démarré le 28 février et des objectifs changeants, n'avait jusqu'à présent montré quasiment aucun signe de division sur le sujet. "C'est plus important que toutes les démissions survenues sous [le mandat de Joe] Biden concernant Gaza, analyse ainsi Curt Mills, rédacteur en chef du magazine The American Conservative, auprès de The Hill. Joseph Kent n'est pas un inconnu. C'est l'une des personnalités les plus importantes du gouvernement."

La démission de Joseph Kent signe-t-elle pour autant le début d'une guerre ouverte au sein du gouvernement américain ? "Ce n'est pas insignifiant, car c'est une personne haut placée qui, en prenant cette décision, peut s'attendre à des sanctions de Donald Trump, mais il est très difficile de savoir si d'autres lui emboîteront le pas", estime auprès de franceinfo Ludivine Gilli, directrice de l'Observatoire de l'Amérique du Nord de la Fondation Jean-Jaurès. Françoise Coste, professeure d'études américaines à l'université Toulouse-Jean Jaurès, est d'un autre avis : "Il était déjà sur la touche avant d'être nommé. Une fois qu'il a pris son poste, il a été identifié comme quelqu'un faisant fuiter des informations à la presse et n'était pas du tout dans les discussions avec le président."

Au sein de l'administration américaine, différentes visions du rôle des Etats-Unis dans le monde s'affrontent depuis le début du deuxième mandat Trump. Les interventionnistes, représentés par le secrétaire d'Etat Marco Rubio, font face aux tenants de l'"America First" ("L'Amérique en premier"), dont le vice-président J.D. Vance est le fer de lance. "Nous ne sommes pas les policiers du monde…", affirmait-il en 2024 lors d'un discours à Munich (Allemagne). En coulisses, le responsable politique a d'ailleurs émis des doutes sur le conflit, rapporte Politico, toujours bien informé. Un récit confirmé à demi-mot par Donald Trump le 10 mars à Mar-a-Lago devant la presse. "Je pense qu'il était peut-être moins enthousiaste à l'idée d'y aller, mais il était tout de même assez enthousiaste", avait déclaré le président américain au sujet de son vice-président.

Les mots d'une autre personnalité, initialement opposée à la guerre, ont été scrutés mercredi. Tulsi Gabbard, directrice du renseignement national et alliée du président américain, a fait part dans une commission parlementaire de conclusions indiquant que l'Iran n'avait pas essayé de relancer ses activités d'enrichissement nucléaire détruites dans des frappes américano-israéliennes en juin 2025. L'inverse de l'une des justifications avancées par la Maison Blanche à propos d'une "menace nucléaire de l'Iran".

Pour l'instant, les deux intéressés ont pris soin de ne pas se montrer en opposition frontale au président américain. Sur X, Tulsi Gabbard, responsable hiérarchique de Joseph Kent, a assuré mardi que seul le président était "responsable d'évaluer ce qui est ou non une menace imminente". Une phrase qu'elle a répétée le lendemain devant le Congrès. "Personne n'aime la guerre, et je peux vous garantir que le président n'a aucune envie de nous entraîner dans ce genre d'enlisement", s'est défendu J.D. Vance le même jour lors d'un événement dans le Michigan, rapporte Forbes.

Une critique du chef de l'Etat serait pour l'instant mortelle. "La question qui se pose, c'est de savoir quelle sera la limite pour les opposants à la guerre, s'interroge Ludivine Gilli. Il y a quand même fort à parier que la plupart des membres de l'administration vont rester silencieux, car parler c'est prendre le risque de se brouiller avec Donald Trump." Le président américain a appris "de ses erreurs" lors de son premier mandat, où les dissensions publiques étaient fréquentes, et "a nommé des disciples qui le suivent aveuglément", rappelle Françoise Coste.

Le président américain "est tellement surpuissant qu'il cadenasse les républicains et la Maison Blanche", confirme Françoise Coste. En dehors de Donald Trump, pas de salut pour les républicains : "S'opposer au président, c'est prendre le risque qu'il pousse un autre candidat lors d'une élection." Donald Trump, pourtant impopulaire auprès de la population américaine, conserve un soutien auprès de sa base "Make America Great Again" (Maga), indispensable pour les futures victoires électorales des républicains. Pour l'instant, cette frange de l'électorat, pourtant isolationniste, semble suivre le président américain. Un sondage de NBC News publié le 4 mars rapporte que 90% des partisans Maga soutenaient les frappes contre l'Iran, contre 54% du reste des électeurs. "Le camp Trump est convaincu qu'il peut faire avaler n'importe quoi à sa base", souligne Françoise Coste.

Les choses pourraient évoluer. Un sondage réalisé par le Quincy Institute, publié mercredi, montre que 58% des électeurs de Donald Trump en 2024 s'opposent à l'envoi de troupes en Iran, et que 58% s'inquiètent de l'augmentation des prix. Cette question pourrait faire basculer l'électorat, estime Ludivine Gilli. "La question du coût économique et humain de la guerre est très importante pour l'électorat américain. Un long conflit qui ferait flamber les prix de l'énergie pose un risque majeur pour Donald Trump, alors que l'économie n'était déjà pas très bien en point avant le début du conflit", estime Ludivine Gilli. La spécialiste rappelle cependant que jusqu'à présent "la base Maga a suivi Trump, y compris sur la question des droits de douane qui ont fait augmenter les prix". "Ils lui accordent toujours le bénéfice du doute", résume-t-elle.

Le positionnement de certains républicains pourrait aussi évoluer au fur et à mesure que les élections de mi-mandat, prévues en novembre, se rapprochent. Certains pourraient être tentés de s'éloigner d'un président de plus en plus impopulaire. Mais "pour l'instant, c'est trop loin, cela ne fait pas fuir d'élus du Congrès", analyse Françoise Coste. Si la guerre venait à s'enliser durablement, "elle pourrait être le début d'un conflit larvé entre Marco Rubio et J.D. Vance pour la succession de Donald Trump, qui ne pourra pas se représenter en 2028", ajoute l'universitaire. En attendant, l'unanimité de façade devrait rester de mise.

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