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On ne plaisante pas avec le football. Alors que la Coupe du monde 2026 a débuté en Amérique du Nord (11 juin-19 juillet), une anecdote historique est là pour nous le rappeler: celle de la «guerre du football». Et on est ici loin d'une simple expression journalistique.
Aussi appelé la «guerre de Cent Heures», ce conflit meurtrier a opposé deux États d'Amérique centrale, le Salvador et le Honduras, en juillet 1969. Si les tensions entre ces pays voisins étaient alors particulièrement tendues, un événement est venu mettre le feu aux poudres: une série de matchs de qualification pour la Coupe du monde 1970.
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Petits pays, grande rivalité
Revenons quelques décennies avant cet été sanglant. Depuis le XIXe siècle, les relations diplomatiques entre le Salvador et le Honduras sont pour le moins glaciales. Du genre hiver polaire. Différends frontaliers, rivalités économiques et, surtout, problèmes liés à l'immigration exacerbent les tensions.
À cette époque, le Salvador est en fait le pays le plus densément peuplé d'Amérique centrale. Son minuscule territoire déborde, les terres agricoles sont concentrées entre les mains d'une élite fortunée, tandis que la population rurale vit dans la misère. De nombreux Salvadoriens n'ont d'autre choix que de traverser la frontière pour s'installer au Honduras voisin, bien moins peuplé. En 1969, on compte pas moins de 300.000 personnes salvadoriennes qui ont migré vers le Honduras.

Cartes des sept pays d'Amérique centrale. | Cacahuate / Joelf / Wikimedia Commons
La population hondurienne finit par voir d'un mauvais œil ces nouveaux arrivants, les accusant de s'accaparer les emplois et les terres. En un rien de temps, c'est l'escalade. En 1969, le président hondurien Oswaldo López Arellano décide de durcir sa politique migratoire: il refuse de renouveler un accord bilatéral sur l'immigration et lance des expulsions massives de Salvadoriens. Des milliers de familles sont forcées de retourner dans un Salvador en pleine crise humanitaire, où la surpopulation fait des ravages.
La crise semble déjà à son paroxysme quand, manque de bol, un événement pour le moins catalyseur de tensions pointe le bout de son nez: les qualifications pour la Coupe du monde de football, qui se déroulera l'année suivante au Mexique. Après un premier tour réussi dans la zone Amérique du Nord, centrale et Caraïbes, le Honduras et le Salvador se retrouvent dès les demi-finales des éliminatoires. L'enjeu pour les deux équipes nationales? Rester en lice pour avoir la chance de décrocher l'unique billet de la zone pour le Mondial 1970.
Balle de plomb
Le premier match se déroule le 8 juin 1969 à Tegucigalpa, la capitale du Honduras. La veille de la rencontre, des supporters honduriens se rassemblent en pleine nuit devant l'hôtel de l'équipe adverse, font exploser des pétards et lancent des pierres pour empêcher les joueurs salvadoriens de dormir. La combine semble porter ses fruits: le Salvador s'incline 1-0 après un but inscrit dans les dernières minutes par Roberto Cardona. Clutch.
Une semaine plus tard, le 15 juin 1969, le match retour a lieu à San Salvador. Mais l'ambiance est plus électrique. Les joueurs honduriens sont placés sous protection policière, leurs supporters sont insultés et agressés juste avant la rencontre. Score final: 3-0 pour le Salvador.
Et après? Un troisième match est organisé pour départager les deux équipes. Cette fois-ci, sur terrain neutre, le 26 juin 1969, à l'Estadio Azteca de Mexico. L'ambiance s'est encore aggravée: les deux précédents matchs ont provoqué une flambée de nationalisme dans les deux pays. Les médias et les politiciens des deux pays attisent les ressentiments populaires et jettent de l'huile sur le feu. Il n'est plus question de football, mais d'un affrontement, pour l'heure symbolique, face à un voisin que l'on déteste.
La rencontre est spectaculaire. Score final: 3 buts à 2 après prolongations pour le Salvador, qui peut poursuivre son aventure dans ces éliminatoires du Mondial 1970 (et compostera ensuite son billet pour le Mexique lors d'un tour final disputé face à Haïti à l'automne 1969). La liesse sera de courte durée: les tensions autour de ce match de football ont fait basculer les relations entre les deux pays à un point de non-retour. Dès le lendemain, des affrontements éclatent à la frontière. Le Salvador rompt ses relations diplomatiques avec le Honduras. La guerre est sur le point de commencer.
Une guerre courte, mais désastreuse
Le 14 juillet 1969, en réponse à une brève incursion aérienne hondurienne, l'armée salvadorienne lance une offensive terrestre et aérienne contre le Honduras. Des bombardements frappent des objectifs stratégiques près de la capitale, Tegucigalpa. Le Honduras réplique et sa puissante aviation ravage des installations pétrolières dans les ports salvadoriens. Sur terre, les forces salvadoriennes avancent rapidement et occupent plusieurs kilomètres de territoire hondurien. Maîtres des airs, les Honduriens parviennent à bloquer l'offensive. La guerre est totale et ravageuse.
L'Organisation des États américains (OEA) tente de faire l'intermédiaire et exige un cessez-le-feu immédiat. Le Salvador refuse, réclamant des garanties de sécurité pour les Salvadoriens encore présents au Honduras et des compensations. La pression diplomatique va finalement l'emporter: le 18 juillet 1969, les deux gouvernements acceptent de négocier, puis un cessez-le-feu est signé. Au total, la guerre n'aura duré qu'environ quatre jours, soit près de cent heures, d'où son surnom. Un conflit bref, mais pas moins meurtrier: entre 3.000 et 6.000 personnes sont mortes dans les combats.
Cette «guerre du football» laissera de profondes traces des deux côtés, notamment au Salvador, où la crise économique et la surpopulation favoriseront un mécontentement social grandissant, alors réprimé avec violence par le gouvernement. Une instabilité qui contribuera à l'éclatement de la guerre civile salvadorienne (1979-1992).
Tout ça à cause d'un simple match de foot? Ne mettons pas tout sur le dos du ballon rond. Le football n'est pas à l'origine de cette guerre, mais sa capacité à catalyser les tensions, la fâcheuse tendance des dirigeants à utiliser ce sport comme un outil de propagande et de nationalisme, sans oublier la plateforme médiatique spectaculaire qu'il offre en permettant aux frustrations de s'exprimer publiquement, ont été l'étincelle qui a déclenché un conflit dont les causes profondes couvaient depuis longtemps. On a eu chaud qu'un coup de boule de Zizou n'ait pas lancé une «Troisième Guerre mondiale».
Pourquoi envions-nous l'orgasme des cochons? Les gauchers sont-ils davantage intelligents? Quand il pleut, est-ce que les insectes meurent ou résistent? Vous vous êtes sans doute déjà posé ce genre de questions sans queue ni tête au détour d'une balade, sous la douche ou au cours d'une nuit sans sommeil. Chaque semaine, L'Explication répond à vos interrogations, des plus existentielles aux plus farfelues. Une question? Écrivez à [email protected].


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