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Je suis honnie sous ma forme biologique, chérie sous ma forme électronique. Qui suis-je ? Vous l'avez deviné : une puce. Cette puce qui, dans sa version semi-conductrice, centre de commande, de stockage et de calcul de tout appareil électronique, excite les convoitises du monde – des États-Unis à la Chine en passant par l'Europe.
Force est de le constater, ce fragment de silicium, cerveau discret de nos téléphones, de nos voitures et de nos missiles, influe sur l'équilibre géopolitique du monde. À travers lui, c'est la maîtrise de la révolution numérique, de l'intelligence artificielle à la puissance militaire, qui se joue. Nulle surprise que la puce figure au cœur de la rivalité sino-américaine. Une rivalité qui a pris un tour spectaculaire avec l'arrivée du nouvel occupant de la Maison-Blanche le 20 janvier 2025.
À peine installé dans le bureau Ovale, Donald Trump a pris soin de déclarer la guerre des droits de douane au monde entier et, en particulier, à la Chine, dans l'espoir de relocaliser la production industrielle. Invoquant le déséquilibre des échanges commerciaux, mais aussi le vol de la propriété intellectuelle ou encore les risques pour la sécurité nationale, Washington a fait exploser ses droits de douane sur les produits chinois en avril dernier. De mesures de représailles en mesures d'apaisement, une trêve – fragile toutefois – a fini par être scellée le 30 octobre à la faveur d'une rencontre entre les présidents chinois Xi Jinping et américain Donald Trump à Busan en Corée du Sud.
Entre Donald Trump et Xi Jinping, un sommet pour mettre fin à la guerre commercialeC'est dans ce contexte tendu que Pékin a restreint ses exportations de terres rares, des métaux devenus indispensables dans de multiples secteurs de pointe, alors que les Américains, soucieux de protéger leur sécurité nationale tout en contenant un concurrent redouté, continuent à limiter l'accès des entreprises chinoises aux technologies les plus avancées. En tête desquelles les puces Blackwell de Nvidia, la première entreprise au monde à franchir le cap symbolique des 5 000 milliards de dollars de valorisation boursière le 29 octobre – soit plus que le PIB de l'Allemagne. Avec, parmi les conséquences, un trafic clandestin de puces Nvidia vers le pays du Milieu, l'ajournement de la dernière version de la plateforme d'intelligence artificielle chinoise DeepSeek et le développement d'alternatives locales.
Pendant que les États-Unis brandissent la bannière de la sécurité et de la "démocratie technologique", la Chine, qui ne se contente évidemment plus du rôle d'usine mondiale, oppose son rêve d'autosuffisance, cherchant à s'émanciper d'une dépendance d'autant plus insupportable qu'elle touche à ses ambitions militaires et économiques. Son régime n'étant pas de nature à s'embarrasser des aléas de la démocratie, elle a les moyens de ses ambitions technologiques, mobilisant l'État, les entreprises, les universités pour concevoir ses propres puces de pointe.
Nvidia mis en danger par un de ses anciens employés en Chine ?Entre les deux rivaux systémiques, le reste du monde cherche (à maintenir) sa place. Notamment Taïwan, île minuscule menacée par Pékin, siège du géant TSMC, qui fabrique deux tiers des semi-conducteurs au monde et 95 % des puces électroniques de dernières générations. Ou l'Europe, qui se révèle d'autant plus fragile que Nexperia, le producteur de semi-conducteurs basé à Nimègue, est détenu par un groupe chinois qui a suspendu, un temps, ses livraisons de puces, mettant en danger l'approvisionnement des constructeurs automobiles du Vieux Continent.
Autant qu'elles nous connectent, les puces nous divisent, donc. Et cette guerre technologique n'est pas près de s'éteindre.
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