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La Russie a redoublé d'efforts pendant cet été. Des frappes massives ont tué des dizaines de civils jusqu'à Kiev. Des centaines de drones ukrainiens ont attaqué, en représailles, des entrepôts d'e-commerce et des infrastructures pétrolières. Avec des arsenaux aériens en pleine expansion, les deux camps se pilonnent. Les bombardements se font toujours plus meurtriers et destructeurs.
La guerre aérienne entre les deux belligérants est entrée dans une nouvelle phase. Chacun mise sur les drones et les missiles, mais les stratégies diffèrent. Moscou veut faire craquer le moral des Ukrainiens, et ainsi obtenir la percée qui a jusqu'ici échappé à son armée sur le front de l'est. Kiev, de son côté, tente de paralyser les industries qui soutiennent l'économie du Kremlin. Mais ni l'Ukraine ni la Russie ne semblent proches du point de rupture.
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Cette nouvelle phase opère un prolongement dans la stratégie russe de l'automne 2022. Après les premiers revers subis par son armée, Moscou entreprenait alors de plonger les villes ukrainiennes dans le noir et le froid pour l'hiver. «La théorie veut que la douleur et l'épuisement entraînent une capitulation politique», explique au Wall Street Journal Franz-Stefan Gady, analyste militaire basé à Vienne (Autriche). Mais l'expérience depuis 2022 «et un siècle de bombardements stratégiques auparavant, montrent que les attaques aériennes renforcent les sociétés au lieu de les briser.» Selon les derniers sondages, les Ukrainiens s'opposent de plus en plus à d'éventuelles concessions territoriales à la Russie.
Le manque de missiles intercepteurs Patriot, accentué avec la guerre en Iran, a créé son lot de pessimisme en Ukraine. Les frappes longue portée ont tué des centaines de civils dans le pays cet été, le missile balistique Iskander-M étant le plus meurtrier. À Kiev, beaucoup craignent que l'armée russe ne détruise les réseaux d'eau potable et d'assainissement de la ville.
La production aérienne ukrainienne en pleine croissance
Autre ombre au tableau pour Kiev: les missiles balistiques ne seraient pas la seule menace, selon Rob Lee, analyste à l'Institut de recherche sur la politique internationale de Philadelphie (États-Unis). Les Russes renforcent leur stock de drones à réaction, à l'image du Geran-5 qui s'inspire du Shahed iranien, et du missile de croisière Banderol, relativement peu coûteux. «Les deux sont moins chers, ce qui permet une production à grande échelle qui pourrait fragiliser les défenses aériennes ukrainiennes», précise Rob Lee.
Mais l'armée ukrainienne gagne en efficacité. Les attaques n'ont pas freiné la croissance fulgurante, au cours de l'année écoulée, des secteurs de la défense et des technologies. Des millions de drones sont sortis d'usines décentralisées et bien cachées. Ils détruisent les défenses ennemies dans les régions frontalières et permettront peut-être une offensive plus massive.
En attendant, ces engins ciblent des raffineries de pétrole, des usines de missiles, des infrastructures d'exportation d'énergie et des entrepôts des géants russes du commerce électronique, Wildberries et Ozon. Ces frappes longue portée vont jusqu'aux navires qui voguent dans la mer Noire. Le but affiché par le président Volodymyr Zelensky? Affaiblir la chaîne d'approvisionnement militaire, amputer les revenus liés aux exportations et perturber l'économie pour rendre la guerre davantage visible aux yeux de la population russe.
Pourtant, les experts doutent que le mécontentement de la population ou des élites n'incite le président russe Vladimir Poutine à accepter un cessez-le-feu. «Les effets de la campagne de frappes à longue portée sur la société et l'économie russes devraient s'aggraver considérablement pour qu'ils puissent ne serait-ce qu'envisager de modifier le calcul de Poutine», confirme Hanna Notte, experte de la Russie au Centre James Martin d'études sur la non-prolifération, en Californie. Le chef du Kremlin parie qu'il saura museler la grogne, et que son économie absorbera le choc plus longtemps que l'Ukraine.





























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