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L'Association canadienne des journalistes (ACJ) presse la Gendarmerie royale du Canada (GRC) de la Saskatchewan de retirer sa demande visant à imposer une autorisation policière avant la publication de détails sur des enquêtes criminelles en cours.
Il est véritablement choquant qu'une force de police demande aux médias de faire une telle chose, affirme Paul Schneidereit, vice-président de l'association. Cela va complètement à l'encontre de l'idée d'une presse libre et indépendante.
Cette controverse découle d'un courriel envoyé le mois dernier par la direction de la GRC aux salles de rédaction de la province, dans la foulée de la fusillade survenue le 21 juin à Melville. Lors de cet événement, dans cette municipalité située à environ 135 kilomètres au nord-est de Regina, deux policiers avaient été grièvement blessés par balle.
Nous manquerions à notre devoir si nous ne vous avertissions pas que la publication de ces détails peut nuire aux enquêtes et, par conséquent, à l'obtention de justice pour les victimes.
Les rapports de presse, notamment ceux de CBC/Radio-Canada, incluaient alors des entretiens avec des témoins oculaires décrivant ce qu'ils avaient vu et entendu lors de l'altercation.
Le suspect, Markus Dodge, âgé de 55 ans, est accusé de deux chefs d'accusation de tentative de meurtre. Sa prochaine comparution devant les tribunaux est fixée au 24 juillet.
Selon la GRC, la diffusion publique de témoignages peut altérer les souvenirs et influencer les futurs interrogatoires policiers. La surintendante Clark avait donc invité les médias à communiquer avec ses services.
Si vous êtes en possession d'un détail précis et que vous souhaitez déterminer si sa publication pourrait nuire à notre enquête, veuillez nous contacter, a-t-elle écrit.
Le rôle essentiel d’une presse indépendante
Pour Paul Schneidereit, cette démarche montre que la GRC ne saisit pas pleinement le rôle des médias au sein d'une démocratie.
Des médias indépendants ne peuvent pas avoir quelqu'un qui regarde par-dessus leur épaule pour leur dire : "Oui, c'est correct ; non, ça ne l'est pas". Cela va à l'encontre même du mot ‘indépendant, soutient-il.
M. Schneidereit cite en exemple la tuerie de masse de 2020 en Nouvelle-Écosse, qui avait fait 22 morts. Dans cette affaire, la GRC avait mis 12 heures à informer le public que le tireur conduisait une réplique de voiture de patrouille.
Beaucoup de personnes ont souligné que ce retard avait coûté la vie à d'autres personnes. Le rôle des médias est de donner au public des informations qu'il a le droit de savoir et qui lui sont utiles, et les motivations de la police ne s'alignent pas toujours sur cela.
Sollicitée par CBC/Radio-Canada pour réagir à la demande de l'ACJ, la surintendante Clark a refusé d'accorder une entrevue.
Appel aux excuses publiques
Patricia Elliott, professeure émérite de journalisme à l'Université de Regina, qualifie la note de la GRC de véritable dépassement de limites et estime que l'organisation policière devrait non seulement retirer sa demande, mais aussi présenter des excuses.
Les journalistes servent en fin de compte le public, pas la police, rappelle-t-elle. Mme Elliott ajoute que les témoignages oculaires peuvent parfois contredire la version officielle des forces de l'ordre, et qu'il est capital que les citoyens aient accès à ces différentes perspectives.
L'enseignante et le vice-président de l'ACJ se disent également préoccupés par le fait que la GRC amalgame le travail des journalistes professionnels avec les publications d'utilisateurs sur les réseaux sociaux.
Le courriel de la GRC faisait en effet référence à des vidéos de l'intervention tactique à Melville publiées en ligne, tout en reconnaissant que ces images n'avaient pas été diffusées par les médias traditionnels.
Patricia Elliott rappelle aussi que le journalisme sensible aux traumatismes est enseigné dans toutes les facultés de journalisme et fait partie intégrante des chartes éditoriales des salles de rédaction. Elle note d'ailleurs que la couverture médiatique de la fusillade de Melville n'a présenté aucun élément graphique ou sensationnaliste.
Les journalistes sont responsables. Ils soupèsent continuellement l'intérêt public par rapport aux risques de nuire à une enquête. C'est une démarche que font tous les journalistes sérieux, soutient Paul Schneidereit.
Avec les informations de Hannah Spray


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