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Alors que les épreuves des Jeux olympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026 ont pris fin le dimanche 22 février, une mécanique désormais familière apparaît avec une clarté implacable. Le monde industrialise. Le monde standardise. Le monde optimise. Et le sport, loin d'y échapper, en devient l'une des métaphores les plus lisibles. Les sports de glisse en particulier en sont l'illustration parfaite: «surf blanc» sur les pentes alpines, «surf bleu» sur les vagues océaniques.
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Le «surf blanc» a occupé une place centrale dans le programme des JO de Milan-Cortina, à travers le biathlon, le snowboard, le ski freestyle et les snowparks. Très apprécié des médias mondiaux, il a aussi constitué une réussite sportive pour la délégation française, qui y a décroché près d'une médaille par jour. Mais la compétition change tout. Ce n'est plus la glisse libre, incertaine, exposée, où l'on accepte le risque ultime, parfois en risquant inconsciemment aussi la vie des sauveteurs.
C'est désormais le règne de la performance mesurée, du spectacle chorégraphié, des horaires calibrés, des parcours balisés, des sponsors omniprésents, des terrains d'aventure normalisés, des modules standardisés, sur une neige de plus en plus souvent produite par les humains. La nature ne disparaît pas: elle recule. Elle devient le décor lointain d'un spectacle qui n'a plus grand-chose à voir avec le «surf blanc» dans sa pureté originelle.
Le «surf bleu», entré dans l'univers olympique aux Jeux de Tokyo en 2020 (disputés en 2021), puis consacré à Teahupo'o (Tahiti) en 2024 avec une première médaille d'or française, semble pour l'instant mieux résister à cette artificialisation. On y glisse sur une vague brute, mythique, indomptable.
C'est, en apparence, l'ultime discipline olympique encore à peu près vierge de tout artefact. Une image des Jeux de Paris 2024 a cristallisé cette illusion: propulsé par la force du tube, suspendu au-dessus de la vague de Teahupo'o, le Brésilien Gabriel Medina, saisi par l'objectif de Morgan Maassen, semblait défier toute tentative humaine d'artificialisation du réel.
Et pourtant, bientôt, tout changera. Comme le «surf blanc» avant lui, le «surf bleu» devra se plier aux règles de l'olympisme: formats lisibles, narration maîtrisée, équilibre imposé entre nature et spectacle. L'olympisme exigera ce que la culture surf a toujours refusé: l'égalité parfaite des conditions, la programmation contrôlée, la diffusion sans aspérités.
Pendant que la performance se perfectionne en s'artificialisant, le réel, lui, rappelle brutalement sa loi. Le réchauffement climatique participe à la multiplication des avalanches en montagne, en tuant des skieurs imprudents. Et l'océan n'est pas en reste. Il y a quelques jours à peine, la tempête Nils frappait le Sud-Ouest de la France avec une violence rare: rafales jusqu'à 180 km/h, un chauffeur tué par la chute d'un arbre sur son camion.
C'est dans cet écart que se joue aujourd'hui la tension fondamentale de la glisse. D'un côté, une mécanique olympique qui cherche à tout encadrer, mesurer, artificialiser. De l'autre, une nature qui ne négocie pas, qui ne se laisse ni noter ni classer et qui continue d'imposer son tempo. La glisse devient ainsi la meilleure illustration de l'illusion contemporaine de maîtrise: croire que l'on peut domestiquer le monde en l'artificialisant et en le transformant en spectacle.
Pour le «surf bleu», la vraie question n'est donc plus de savoir s'il a sa place aux Jeux. Elle est de savoir combien de temps il pourra y rester sans perdre ce qui l'a fait naître –et que tant d'autres sports ont sacrifié en devenant olympiques.
Dans tous les autres domaines, le monde semble suivre la même trajectoire. Les environnements s'industrialisent. Les pratiques se standardisent. Les relations humaines elles-mêmes deviennent de plus en plus transactionnelles, voire même artificielles.
Longtemps refuge d'un rapport brut au vivant, la glisse saura-t-elle résister à cette grande rationalisation du monde? Devra-t-elle, elle aussi, céder à un monde où tout devient spectacle et où le spectacle finit par se substituer au réel? Ou restera-t-elle, au moins dans sa version bleue, l'un des derniers espaces où l'être humain dialogue harmonieusement avec la nature sans la brutaliser?





























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