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En matière de politique de logement, les États-Unis ont connu aussi bien des succès emblématiques que des échecs retentissants. Les Techwood Homes, situées dans le centre-ville d'Atlanta, l'illustrent parfaitement. De 1935 jusqu'au début des années 1990, les projets immobiliers s'y sont succédés, sans jamais parvenir à favoriser la mixité entre ménages aisés et plus modestes.
Le tournant intervient en 1993, lorsque le site devient l'un des premiers à bénéficier du programme HOPE VI –un dispositif étatique qui ambitionne de remplacer les logements sociaux les plus délabrés par des constructions de meilleure qualité, socialement mixtes. Dans le centre, les bâtiments en briques qui tombent en ruine ont disparu. À leur place se dresse désormais un quartier baptisé Centennial Place, où les appartements subventionnés se mêlent aux logements privés alignés aux prix du marché. La vie de quartier a contribué à réduire l'isolement des habitants les plus modestes, faisant de ce projet un cas d'école.
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Une étude publiée en janvier a analysé 200 sites HOPE VI afin de déterminer l'impact de la gentrification des quartiers populaires sur les résidents. Première conclusion: les réaménagements profitent davantage aux enfants. Pour favoriser la mobilité sociale, l'intégration doit intervenir dès le plus jeune âge. «Se contenter de donner de l'argent et une éducation n'a pas autant d'effet que de multiplier les relations qui peuvent aider», explique Raj Chetty, économiste à Harvard et coauteur du rapport, dans les colonnes de The Atlantic.
Pour obtenir leurs résultats, le chercheur et six confrères ont analysé les données fiscales des résidents, sur plusieurs décennies. À l'âge adulte, les enfants ayant grandi au sein de cette mixité résidentielle voient leurs revenus augmenter de 2,8% pour chaque année passée dans les nouveaux logements. En moyenne, ils gagnent 16% de plus que leurs pairs et leurs chances d'étudier à l'université progressent de 17%. Selon les auteurs, l'augmentation des revenus dépasse largement les coûts des rénovations urbaines.
L'intégration, clé de la mobilité sociale
«Les démolitions et les reconstructions ont renforcé les liens d'amitié entre les enfants issus de familles à faibles revenus et ceux provenant de milieux aisés, en particulier dans les lycées situés à proximité des logements sociaux», écrivent les auteurs. L'intégration revêt une importance capitale: les jeunes qui ont emménagé dans ces quartiers revitalisés sans nouer de nouvelles amitiés avec des gamins d'autres classes sociales n'en retirent pratiquement aucun avantage.
Ce bond financier concernerait-il également les adultes ayant bénéficié de ces projets gouvernementaux? La réponse est plus nuancée. Si les quartiers s'enrichissent après leur revitalisation, cela tient avant tout à l'arrivée de résidents plus fortunés. Les habitants initiaux ne voient pas leur situation financière s'améliorer, même des années plus tard. En résumé, emménager sur un site HOPE VI dès son plus jeune âge favorise la mobilité sociale, mais les bénéfices sont bien plus limités à l'âge adulte.
Ces résultats économiques corroborent les théories sociologiques bien établies développées par des chercheurs comme William Julius Wilson et Robert Sampson. Selon ces travaux, la concentration des désavantages et l'isolement social diminuent les ressources matérielles de l'individu. Reste une question centrale: si les effets positifs du programme HOPE VI s'expliquent par le renforcement du capital social des enfants défavorisés, comment reproduire ces mécanismes dans d'autres situations?
Selon Laura Tach, sociologue à l'Université Cornell et coautrice de l'étude, plusieurs facteurs ont favorisé les interactions sociales. La démolition des tours a rendu l'espace urbain plus ouvert et accessible. La réduction de la violence et de la criminalité a renforcé le sentiment de sécurité, permettant aux jeunes de créer plus facilement des liens. Enfin, les services communautaires gratuits de formation professionnelle et les activités périscolaires ont servi de points de rencontre entre personnes de milieux différents.
Si HOPE VI a permis de transformer certains des pires ensembles de logements sociaux du pays, le coût des travaux reste conséquent: 170.000 dollars (environ 142.000 euros) par appartement. Un montant bien trop onéreux aux yeux du président américain milliardaire Donald Trump. Son administration a appelé à réduire de 43% les dépenses consacrées aux politiques d'habitation. Les autorités se positionnent ouvertement contre l'utilisation de fonds fédéraux dans la lutte contre la concentration de la pauvreté. Pourtant, les enseignements du programme HOPE VI sont clairs: en tissant des ponts entre les ménages riches et pauvres, la mobilité sociale s'accélère. Mais le gouvernement Trump II ne semble guère disposé à entendre ces conclusions.





























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