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La gauche tente d’imposer la cause palestinienne dans l’élection québécoise

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La Palestine devait-elle devenir un enjeu de l’élection québécoise de 2026? Pour une partie de la gauche militante, la réponse semble désormais aller de soi.

En l’espace de quelques jours, deux épisodes ont de nouveau ramené le conflit israélo-palestinien dans l’espace politique québécois. D’un côté, Québec solidaire a remis de l’avant ses engagements envers la Palestine en affichant fièrement son drapeau étranger en pleine campagne électorale québécoise. De l’autre, des militants marxistes-léninistes venus perturber une manifestation contre le projet de TGV Alto ont eux aussi fait surgir la question palestinienne dans un rassemblement consacré à un projet d’infrastructure, aux terres agricoles et aux expropriations.

Deux événements différents. Un même phénomène : la Palestine semble être devenue, dans certains milieux militants, une cause pour les gouverner toutes.

La Palestine entre dans la campagne

Il ne s’agit d’ailleurs plus seulement de manifestations de rue.

Une campagne baptisée « Votons Palestine » cherche explicitement à faire des élections québécoises un levier d’action sur des questions liées au conflit. Pivot rapportait le 16 septembre que 40 candidats avaient alors souscrit aux quatre engagements de la campagne et qu’ils étaient tous candidats de Québec solidaire.

Ces engagements consistent à fermer le Bureau du Québec à Tel-Aviv, étendre la couverture de la RAMQ aux ressortissants de Gaza, poursuivre et élargir le désinvestissement de la Caisse de dépôt et placement du Québec et mettre fin au transit par le Québec d’équipements militaires destinés à Israël.

Québec solidaire ne cache d’ailleurs pas ses positions sur le dossier. Le parti réclame depuis longtemps la fermeture du Bureau du Québec en Israël et, en septembre 2025, Ruba Ghazal avait demandé à l’Assemblée nationale de reconnaître officiellement l’État palestinien, au nom notamment d’une solution à deux États.

Le sujet est donc bel et bien entré dans la campagne provinciale. Pivot constatait d’ailleurs que QS était, parmi les principaux partis sollicités, celui ayant répondu favorablement aux quatre demandes de Votons Palestine, alors que le PLQ avait répondu plus généralement, que le PQ avait refusé de répondre et que la CAQ et le PCQ n’avaient pas donné suite au moment de la publication.

Voilà donc une campagne électorale provinciale au cours de laquelle un parti qui se présente lui-même comme indépendantiste fait une place importante à un conflit situé à des milliers de kilomètres du Québec.

Le contraste mérite au minimum d’être relevé.

Le Québec demeure lui-même une nation sans État souverain, confrontée à des enjeux bien réels de poids démographique, de langue, d’intégration et de continuité nationale. Québec solidaire affirme pourtant vouloir « faire notre pays ».

C’est là que le contraste devient frappant. La mobilisation paraît souvent beaucoup plus intense lorsqu’il est question de la Palestine que lorsqu’il est question de la fragilisation démographique et culturelle du Québec lui-même. Des militants qui présentent volontiers la cause palestinienne comme une urgence morale absolue semblent beaucoup moins alarmés par une immigration massive qui transforme rapidement le rapport de force démographique au Québec — au point où certains nationalistes y voient une forme douce de colonisation.

Autrement dit, une nation qui lutte encore pour assurer sa propre continuité politique, culturelle et démographique voit une partie de sa gauche militante consacrer une énergie considérable à faire d’un conflit extérieur un enjeu central de son élection nationale.

Même Alto finit par rencontrer la Palestine

L’épisode survenu autour de la manifestation contre Alto est encore plus révélateur de cette capacité du conflit à s’inviter dans des mobilisations qui portent initialement sur de tout autres enjeux.

Le rassemblement du 19 septembre réunissait des citoyens, agriculteurs, propriétaires fonciers et élus provenant du Québec et de l’Est ontarien. Les organisateurs présentaient explicitement l’événement comme un rassemblement non partisan destiné aux agriculteurs, aux familles, aux propriétaires et aux communautés opposées au projet de TGV.

ONFR rapportait le jour même que quelques centaines de personnes s’étaient réunies pour manifester leur opposition au projet et interpeller les candidats québécois. Les préoccupations portaient notamment sur le tracé, les terres agricoles et les conséquences du projet pour les communautés touchées.

La programmation annoncée illustrait d’ailleurs très clairement la nature du rassemblement : économie du projet Alto, gouvernance, transport en milieu rural, agriculture et acceptabilité sociale. La présentation officielle de l’événement faisait notamment intervenir un professeur de Carleton sur l’économie du projet, un représentant de l’UPA et des intervenants concernés par ses répercussions locales.

La Palestine n’avait donc rien à voir avec l’objet du rassemblement.

Cela n’a pourtant pas empêché des militants marxistes-léninistes venus perturber l’événement de ramener la question palestinienne dans une mobilisation consacrée à un projet ferroviaire.

Le contraste est frappant : des agriculteurs parlent de leurs terres, des propriétaires craignent les expropriations, des citoyens contestent un immense projet d’infrastructure — et voilà que Gaza réapparaît.

Ce n’est plus seulement défendre une cause. C’est considérer qu’elle doit surplomber toutes les autres.

Le mot « génocide » comme argument absolu

Cette mécanique repose largement sur un raisonnement devenu familier : dès lors que les militants qualifient la situation de « génocide », toute autre considération devient nécessairement secondaire.

Le terme possède évidemment une puissance morale immense. Ceux qui considèrent que la guerre menée par Israël à Gaza constitue un génocide peuvent donc soutenir qu’il serait indécent de reléguer cette question derrière des enjeux locaux.

Mais ce raisonnement conduit précisément au phénomène que nous observons : il n’existe alors pratiquement plus aucun lieu politique où la Palestine ne devrait pas être prioritaire.

Une université? Palestine. Un conseil municipal? Palestine. Un festival? Palestine. Une manifestation agricole? Palestine. Et maintenant une campagne électorale destinée à choisir le prochain gouvernement du Québec? Encore Palestine.

Nous soulignions déjà ce phénomène récemment à propos des interventions répétées du conseil municipal de Montréal concernant le conflit israélo-palestinien : à force de considérer cette question comme moralement supérieure à toutes les autres, certains militants en viennent à juger parfaitement naturel de l’introduire dans pratiquement toutes les institutions et toutes les mobilisations.

La conséquence prend une dimension particulière au Québec.

Pendant qu’on exige de l’Assemblée nationale, des municipalités et des candidats provinciaux qu’ils se positionnent sur le Moyen-Orient, le Québec demeure lui-même engagé dans des débats fondamentaux sur sa langue, son immigration, ses infrastructures, son économie et son avenir politique.

Il y a quelque chose de singulier à voir une nation qui cherche encore à décider de son propre statut politique se faire demander de transformer son élection nationale en nouvelle tribune sur un conflit extérieur.

Constater cette disproportion ne revient pas à nier la souffrance des Palestiniens.

Une démocratie doit être capable de considérer une tragédie internationale comme importante sans pour autant en faire le test moral obligatoire auquel tous les débats locaux doivent être soumis.

Une cause internationale peut être majeure sans devenir la clé d’interprétation universelle de toute la vie politique.

Or, pour une frange particulièrement mobilisée de la gauche québécoise, cette distinction semble de plus en plus difficile à maintenir.

La Palestine n’est plus seulement une cause parmi d’autres.

Elle devient progressivement, jusque dans une élection portant sur l’avenir du Québec, la cause pour les gouverner toutes.

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