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La Garde côtière renvoie un capitaine qui a ignoré un appel de détresse

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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.

La Garde côtière canadienne a renvoyé l'un de ses capitaines pour avoir ignoré un appel de détresse à l’Île-du-Prince-Édouard, selon une décision récente de la Commission des relations de travail et de l’emploi dans le secteur public fédéral.

Son inconduite était importante, à la fois pour la réputation de la Garde côtière et pour les conséquences sur la sécurité publique, juge la Commission dans sa décision rendue la semaine dernière.

Les faits remontent à la matinée du 13 mai 2024. Le bateau de pêche à la moule Knot a Chance a heurté un banc de sable en naviguant dans le chenal de Malpèque et a commencé à prendre l’eau dans une mer agitée.

L’équipage d’un autre bateau a essayé de l’aider et a envoyé un appel de détresse, selon la Commission.

Un petit bateau de pêche à demi rempli d'eau.

Photographie du naufrage du Knot a Chance à Malpèque en mai 2024 prise à l'aide d'un drone.

Photo : Radio-Canada / Shane Hennessey

Le navire de la Garde côtière S. Dudka se trouvait à environ 6,3 milles marins au nord-nord-est de l’entrée du havre au moment du premier appel de détresse, mais il a poursuivi sa route pendant 13 à 17 minutes, selon la Commission.

Entre-temps, l’équipage du Knot a Chance se trouvait dans une situation effrayante tandis que la marée montait. Les cinq hommes se sont réfugiés sur le toit de la cabine, peut-on voir dans des enregistrements vidéo effectués à ce moment.

Les cinq hommes ont finalement été secourus et personne n’a été blessé. Les vagues étaient très, très grosses. Ils ont eu de la chance, a déclaré un pompier qui a participé au sauvetage.

Le capitaine dénonce son renvoi

Le capitaine renvoyé, Lou Callaghan, soutient qu’il n’a commis aucune faute parce qu’il croit que les navires de la Garde côtière doivent attendre l’ordre de répondre à un appel de détresse.

L’arbitre de la Commission, Christopher Rootham, a jugé qu’il a tort parce que tous les capitaines ont l’obligation juridique de répondre à un appel de détresse dès sa réception.

Lou Callaghan, chez lui, montre son gilet de la Garde côtière.

L'ex-capitaine Lou Callaghan est convaincu qu'il n'a commis aucune faute justifiant son renvoi de la Garde côtière canadienne.

Photo : Radio-Canada / Aaron Adetuyi

Interviewé à son domicile, M. Callaghan qualifie la décision de coup monté après 20 ans de service à la Garde côtière canadienne. Il est convaincu d’avoir eu raison.

Vous ne pouvez pas vous lancer de façon hasardeuse lorsque vous n’avez aucune coordonnée, dit-il. Il faut une certaine gestion.

Le fil des événements dans la décision indique qu’il y a eu deux appels de détresse, l’un envoyé par un autre bateau de pêche pour le compte du Knot a Chance vers 8 h 26, l’autre sept minutes plus tard, relayé par les Services de communications et de trafic maritimes.

Le capitaine a baissé le son de l’appel de détresse, selon la décision

Les trois autres membres de l’équipage ont témoigné devant la Commission. Ils ont déclaré qu’ils avaient entendu le premier appel de détresse, mais M. Callaghan nie cela.

Nous ne l'avons pas entendu, dit-il en entrevue.

L’arbitre a toutefois accepté la version des faits des trois autres membres d’équipage.

L’un d’eux a ajouté que le capitaine avait soit éteint la radio, soit baissé le son pour ne pas entendre les appels. M. Callaghan a présenté trois réponses différentes à ce sujet lors du contre-interrogatoire.

L’arbitre Rootham souligne dans sa décision qu’il est convaincu que M. Callaghan a baissé le son de l’appel de détresse en pleine situation d’urgence, peu importe ses trois explications.

Je l’ai peut-être baissé un peu s’il était trop fort, mais suffisamment pour que je puisse entendre, affirme Lou Callaghan en entrevue.

La décision précise que le second appel de détresse, à 8 h 33, indiquait la position du Knot a Chance.

Un enregistrement présenté durant l’audience démontre que M. Callaghan a appelé les Services de communications vers 8 h 43 pour demander si la situation était maîtrisée et que quelqu’un lui a dit que ce serait formidable s’il pouvait apporter son aide.

Le S. Dudka a changé de direction de 8 h 51 à 8 h 55 pour se diriger vers les lieux du naufrage, selon les preuves présentées à la Commission.

L’arbitre a ajouté dans sa décision que le navire a stoppé, attendu plus de cinq minutes avant qu’on lui demande à nouveau son aide, puis il a fait demi-tour et s’est dirigé vers Malpèque.

Le sauvetage aurait été dangereux, selon l'ex-capitaine

Lou Callaghan a déclaré durant son témoignage que son bateau ne pouvait pas faire grand-chose. Cet argument n’a pas convaincu l’arbitre, qui a jugé que les garde-côtes auraient pu au moins tirer les pêcheurs de leur bateau et les accueillir au chaud dans la cabine du S. Dudka.

M. Callaghan a soutenu que son équipage était inexpérimenté, que la radio était défectueuse et que le S. Dudka risquait lui aussi de s’échouer dans le chenal.

Ce n'était pas vraiment une bonne situation pour ce bateau, dit-il en entrevue.

Un bateau de pêche échoué près de la côte et à demi rempli d'eau.

Il y a eu deux appels de détresse lors du naufrage du Knot a Chance à Malpèque en mai 2024.

Photo : Radio-Canada / Shane Hennessey

La Garde côtière avait demandé à l’arbitre de tenir compte de trois facteurs : le risque pour la vie à l’avenir, la réputation de la Garde côtière canadienne et la confiance du public.

Tout le monde a eu de la chance dans cette situation, mais cela n’excuse pas l’inconduite, selon l’arbitre Rootham.

Le devoir de secourir des marins en détresse

Les lois de la mer sont claires au sujet des appels de détresse, selon Aldo Chircop, professeur à l’institut de droit environnemental et maritime de l’Université Dalhousie.

Le devoir d’un navire et de son capitaine de porter assistance aux navires ou aux personnes en détresse en mer est une règle de longue date du droit maritime international et du droit de la mer, affirme M. Chircop.

Le capitaine d’un navire dans les eaux canadiennes a l’obligation juridique de répondre aux appels de détresse en vertu de l’article 131 de la Loi sur la marine marchande du Canada, qui met en application la règle correspondante de la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer, précise-t-il.

La Garde côtière juge que la décision appuie les normes professionnelles qu’elle exige de la part de son personnel, selon le porte-parole Craig Macartney.

Dans la Garde côtière canadienne, notre devise est "Sécurité d'abord, service constant". Lorsqu’un appel de détresse est reçu, aucune autorité n’est supérieure à l’obligation immédiate de sauver des vies, affirme M. Macartney.

Nous avons des milliers de personnes dévouées qui risquent leur vie chaque jour pour remplir notre mandat.

Lou Callaghan dit se sentir comme un bouc émissaire.

Il y a toujours eu des problèmes dans ce havre, des sables mobiles et des bateaux de pêche qui s’échouent depuis des années et des années, dit-il.

Âgé de 73 ans, il se demande ce que l’avenir lui réserve.

J’avance en âge et je n’allais probablement pas travailler pour toujours, mais je ne voulais pas partir ainsi, ajoute-t-il. Je trouvais que c’était une mauvaise façon de partir.

D’après un reportage de Catharine Tunney, de CBC

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