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J’ai toujours été fasciné par la légèreté avec laquelle certaines décisions parmi les plus importantes à cause de leurs conséquences sont prises par nos dirigeants. Les annonces récentes de projets de grande envergure dans les domaines de l’énergie et des transports en constituent l’illustration la plus éclatante. En guise d’explication à l’autorisation de tel projet ou à la modification de telle loi ou telle politique, nous avons droit à des déclarations qui s’apparentent davantage à des coups de pub appuyées par des slogans répétés ad nauseam plutôt qu’à un argumentaire développé nous permettant de comprendre le bien-fondé de la décision. Les exemples sont nombreux.
Le projet de construction d’un troisième lien interrives à Québec, celui du train à grande vitesse reliant certaines grandes villes canadiennes, l’accélération de la production gazière et pétrolière ainsi que l’implication du gouvernement fédéral dans la construction de pipelines et de gazoducs à des fins d’exportation soulèvent des questions qui, comme le soulignent plusieurs observateurs, demeurent sans réponse.
Mais il y a encore plus inquiétant : l’adoption de lois qui accordent à l’exécutif le pouvoir de décider de l’application de normes destinées à la protection de l’environnement et de la santé publique. La loi issue du projet de loi C-5 et adoptée le 26 juin 2025, qui vise « à renforcer l’économie canadienne en facilitant l’approbation de projets d’intérêt national et en éliminant les obstacles au commerce intérieur », est le dernier exemple du démantèlement progressif, mais systématique, de processus créés justement pour nous préserver de l’arbitraire de décisions politiques mal fondées ou prises dans la précipitation.
En outre, cette loi affaiblit les régimes d’autorisation environnementale implantés à partir des années 1970 et dont l’objectif principal consistait à induire un processus de réflexion avant que soient entreprises des actions susceptibles d’avoir une incidence sur l’environnement, la santé et la qualité de vie des populations. Les processus d’évaluation environnementale en particulier ont contribué au cours des dernières années à vérifier la viabilité des projets sur le plan environnemental, social et économique et, s’agissant de l’évaluation environnementale stratégique, celle de certaines politiques publiques.
Des projets gigantesques aux coûts pharaoniques
La nécessité d’agir rapidement afin de répondre à la « nouvelle réalité » qui se caractérise par la recomposition des alliances stratégiques entre les États, notamment entre le Canada et les États-Unis, et l’abandon du multilatéralisme comme principe moteur des relations internationales ne constituent pas des arguments valables à ce qu’on se lance tête baissée dans la réalisation de projets gigantesques aux coûts pharaoniques et à la multiplication des signatures d’ententes commerciales avec des pays sans autres considérations stratégiques. La multiplication des annonces à cet égard ne constitue pas un substitut à l’élaboration de politiques dûment réfléchies et débattues publiquement en matière économique, commerciale et de relations internationales.
Plus que jamais, il faudrait prendre un temps d’arrêt pour réfléchir à la nature des changements qui s’opèrent actuellement et tirer des leçons des crises que nous avons traversées récemment. Pensons seulement à la pandémie de COVID-19, qui a révélé notre dépendance vis-à-vis de fournisseurs étrangers pour l’obtention des équipements et des produits de base nécessaires aux soins aux personnes malades. Les mêmes inquiétudes à cet égard pourraient être exprimées en ce qui concerne les domaines de l’agriculture et de l’énergie, dont le développement s’articule autour de réseaux sur lesquels nous n’avons pas, ou peu, de contrôle parce qu’ils sont sous l’emprise de conglomérats transnationaux qui n’ont de comptes à rendre à personne autre que leurs actionnaires.
C’est pourquoi, au-delà du plaidoyer du premier ministre du Canada, Mark Carney, en faveur du resserrement des liens entre les « puissances moyennes » pour contrer les visées hégémoniques des puissances dominantes, il faudrait se soucier de celles de ces conglomérats et convoquer une conférence internationale afin de revoir les règles du commerce international de façon que les peuples reprennent le contrôle de leur développement.


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