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La Conférence sur la sécurité de Munich, en Allemagne, s'est clôturée dimanche 16 février, après trois jours de discours, conférences et débats. Un an après la diatribe hostile du vice-président américain J.D. Vance envers l'Europe, cette 62e édition a été marquée par un soutien croissant de plusieurs pays européens à l'idée d'une dissuasion nucléaire «maison».
Si l'OTAN reste considérée comme la pierre angulaire de la dissuasion nucléaire, plusieurs hauts responsables ont laissé entrevoir, dans des discours publics et des conversations privées, leur volonté de redéfinir le rôle de l'Europe en matière de défense nucléaire. Les interrogations persistent quant à la volonté des États-Unis de repousser une éventuelle attaque russe, malgré les propos relativement conciliants tenus par le secrétaire d'État américain Marco Rubio lors de son intervention du samedi 14 février.
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Les prémices d'une dissuasion made in Europe semblent se dessiner. L'Estonie s'imagine déjà prendre part aux négociations: «Nous sommes toujours ouverts à la discussion», a souligné la sous-secrétaire d'État estonienne en charge de la politique de Défense, Tuuli Duneton, dans un entretien accordé à Politico. Même son de cloche pour la Première ministre lettone Evika Silina, qui y voit de nouvelles opportunités, à condition de respecter «les engagements internationaux».
Concrètement, les regards se tournent vers la France et le Royaume-Uni, seules puissances nucléaires du continent. Contrairement à Londres, Paris préfère conserver une autonomie quant à l'utilisation de ses ogives, et reste donc en dehors du Groupe des plans nucléaires de l'OTAN, où sont discutées les stratégies d'emploi de la force nucléaire –un choix critiqué par certains États du Vieux Continent.
Le couple franco-allemand aligné
À Munich, le chancelier allemand Friedrich Merz et le président français Emmanuel Macron ont tous deux évoqué la question de la dissuasion nucléaire européenne dans leurs discours. Le locataire de l'Élysée a rappelé la nécessité de «réarticuler la dissuasion nucléaire» en prenant en compte les armes conventionnelles comme les missiles de frappe en profondeur, dans une approche globale de défense et de sécurité.
Le chancelier allemand a, quant à lui, admis avoir «entamé des discussions confidentielles avec le président français au sujet de la dissuasion nucléaire européenne», tout en rappelant que «l'appartenance à l'OTAN représente un atout non seulement pour l'Europe, mais également pour les États-Unis». Il a appelé à «réparer» et «raviver» le lien transatlantique.
Plusieurs pistes envisagées
Les avis restent partagés sur la question de la dissuasion européenne. Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez reconnaît que le Vieux Continent doit renforcer sa défense pour dissuader la Russie. Il soutient cependant que «le réarmement nucléaire n'est pas la bonne solution», en particulier après la confirmation du sous-secrétaire américain à la Défense Elbridge Colby que Washington ne retirerait pas son parapluie nucléaire.
En marge de la conférence, un nouveau rapport a été présenté, passant à la loupe six scénarios pour l'Europe: renforcer la dissuasion américaine, accroître le rôle de la France et du Royaume-Uni, développer une «euro-dissuasion» supranationale, acquérir de nouveaux arsenaux indépendants ou se concentrer sur l'approche conventionnelle. Deux hauts responsables gouvernementaux ont suggéré, sous couvert d'anonymat, que les capitales soutiennent la dissuasion française en fournissant des moyens militaires comme des sous-marins. Paris pourrait également augmenter son arsenal nucléaire grâce à des subventions européennes.
Le secrétaire général de l'OTAN, Mark Rutte, appelle toutefois à la prudence. «Toute discussion en Europe visant à renforcer collectivement la réponse aux menaces nucléaires, très bien. Mais personne ne plaide pour remplacer le parapluie nucléaire des États-Unis.»
Désormais, les attentes sont tournées vers le discours d'Emmanuel Macron prévu début mars. Il y détaillera l'approche française de la doctrine nucléaire. «Après des années de tentatives pour développer une stratégie commune de dissuasion en Europe, souvent en décalage avec les intérêts de nos alliés, le contexte géopolitique semble désormais favorable», précise Héloïse Fayet, chercheuse à l'Institut français des relations internationales. L'objectif sera double pour Emmanuel Macron: transformer les discussions de Munich en actions concrètes et proposer des pistes pour renforcer la dissuasion européenne face à la menace russe et aux volte-faces de Washington.





























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