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La France a une grotte peinte qu’il faut atteindre à 37 mètres sous l’eau : le jour où on l’a trouvée, les deux tiers des parois étaient déjà noyés

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Trente-sept mètres. C’est la profondeur à laquelle un plongeur doit descendre, aujourd’hui, pour trouver l’entrée de la seule grotte ornée au monde dont l’accès se cache sous la mer. Découverte en 1991 dans les calanques de Marseille, la grotte Cosquer abrite des peintures et gravures vieilles de plusieurs dizaines de milliers d’années. Mais le jour où son inventeur a compris ce qu’il tenait entre les mains, les deux tiers de ces parois ornées étaient déjà engloutis par l’eau de mer. Un paradoxe vertigineux : un sanctuaire préhistorique peint par des chasseurs qui marchaient à pied sec, aujourd’hui accessible uniquement en scaphandre.

À retenir

  • Un trésor préhistorique caché à 37 mètres de profondeur : comment cela a-t-il été possible ?
  • Les deux tiers des œuvres pariétales ont disparu avant même qu’on les découvre
  • Une technologie révolutionnaire pour sauver ce que la mer engloutit inexorablement

Sommaire

  1. Une entrée noyée par 120 mètres d’océan disparu
  2. Le jour de la découverte, la mer avait déjà tout envahi
  3. Sauver ce qui peut encore l’être, numériquement

Une entrée noyée par 120 mètres d’océan disparu

L’histoire commence bien avant 1991. Henri Cosquer, scaphandrier professionnel à Cassis, découvre l’entrée noyée de la grotte qui lui a été indiquée par un ami plongeur en 1985, puis explore progressivement le boyau jusqu’à une partie où il se rétrécit et bifurque à 90° pour déboucher dans le lac souterrain. Une panne de lampe l’oblige alors à rebrousser chemin. Il faudra attendre 1990, avec l’aide de deux plongeurs spéléologues belges, pour localiser précisément l’entrée du boyau, à -37 mètres au pied de la pointe de la Voile, à proximité du cap Morgiou.

Ce trou perdu sous la Méditerranée n’a rien d’anodin. Au paroxysme de la dernière période glaciaire, dite de Würm, le niveau des mers est descendu jusqu’à 120 mètres au-dessous du niveau actuel. Il y a environ 20 000 ans, la côte marseillaise n’avait tout simplement pas la même géographie : un vaste « pré-continent » occupait l’emplacement du golfe du Lion et s’étendait jusqu’au golfe de Marseille, alors entièrement émergé. l’entrée de la grotte, aujourd’hui immergée, s’ouvrait alors à l’air libre, à des kilomètres du rivage. Les chasseurs-cueilleurs du Paléolithique y accédaient à pied, sans doute à la lueur de torches, pour peindre chevaux, bisons et cette étonnante colonie de pingouins sur des parois calcaires qui n’avaient jamais connu la moindre goutte d’eau salée.

Le jour de la découverte, la mer avait déjà tout envahi

La nuit du 9 juillet 1991 marque un tournant. Un bateau au nom prédestiné de Cro-Magnon quitte le port de Cassis et se dirige vers le cap Morgiou, avec à son bord Henri Cosquer et trois moniteurs expérimentés de son club. Parvenus à 37 mètres de profondeur, au pied de l’imposante falaise qui plonge dans la Méditerranée, les quatre plongeurs se glissent dans un boyau qui les mène, après un parcours d’une longueur impressionnante, jusqu’à une cavité asséchée suspendue au-dessus du niveau de l’eau. C’est là, sur ces dernières parois encore hors d’atteinte de la mer, qu’apparaissent les premières traces de mains et les silhouettes animales.

Ce que Cosquer ne mesure pas encore, c’est l’ampleur de ce qu’il a perdu avant même de le découvrir. La cavité originelle, formée par le calcaire du massif des Calanques, s’étendait bien au-delà de ce qu’il est possible de voir aujourd’hui. La partie archéologique de la grotte ne concerne que la fraction encore exondée d’une vaste cavité majoritairement envahie par la mer, ce reliquat étant la partie la plus haute et la plus reculée de la grotte originelle. En clair : la montée des eaux post-glaciaire a noyé la majorité du réseau, emportant avec elle un nombre incalculable d’œuvres pariétales dont personne ne saura jamais rien. Ce qui reste visible aujourd’hui n’est que la pointe émergée, si l’on peut dire, d’un sanctuaire bien plus vaste.

La découverte a d’ailleurs failli rester secrète plus longtemps encore, dans des circonstances tragiques. Le 1er septembre 1991, trois plongeurs grenoblois, inexpérimentés, perdent la vie en explorant le boyau d’accès à la cavité, sans même savoir qu’une grotte se trouve au bout. C’est cet accident qui pousse Cosquer à déclarer officiellement sa trouvaille aux autorités, quelques jours plus tard. La grotte compte aujourd’hui plus de 200 figurations pariétales correspondant à deux phases d’occupation, l’une gravettienne et l’autre épigravettienne ou solutréenne, avec une fréquentation humaine qui s’étale, selon les datations les plus récentes, de 32 500 ans à 19 000 ans cal BP, la cavité ayant été partiellement noyée lors de la remontée du niveau marin post-glaciaire.

Sauver ce qui peut encore l’être, numériquement

Face à une érosion qui ne s’arrêtera jamais, l’État a fait un choix pragmatique : numériser tant qu’il en est encore temps. Un programme de relevé numérique initié par la DRAC PACA a pour but de sauvegarder de façon pérenne et objective le relief intérieur de la grotte. La précision atteinte force le respect : un relevé tridimensionnel multicouche détaillé a été réalisé au scanner laser 3D rotatif de haute précision, avec une numérisation fine jusqu’à quelques micromètres en cinq couches superposées de résolution croissante. Un chercheur du CNRS résume l’enjeu sans détour : ces technologies numériques offrent des relevés d’une précision inédite, à l’échelle infra-millimétrique, apportant la chronologie des tracés et la précision des gestes de celles et ceux qui ont peint ou gravé sur les parois.

Cet effort scientifique a débouché sur un projet grand public : une réplique fidèle ouverte au cœur de Marseille. Ce fac-similé des parties ornées parmi les plus belles de la grotte est ouvert au public depuis juin 2022, sur l’esplanade J4 du port, dans la Villa Méditerranée, animé par la structure déjà chargée de la réplique de la grotte Chauvet en Ardèche. Le chantier n’avait rien d’une simple copie mécanique : les parois ont été projetées en béton résine à partir de scans 3D millimétrés, puis peintes à la main avec les mêmes pigments naturels qu’il y a 30 000 ans. Un travail titanesque, puisque plus de 14 mois de travaux ont été nécessaires pour parachever le travail, dont une partie a été réalisée durant la pandémie de Covid-19.

Reste un détail qui donne le vertige : même cette réplique n’a pas pu tout restituer. Les zones géologiques sans intérêt archéologique ou entièrement noyées ont été supprimées pour s’adapter aux dimensions du bâtiment. la copie marseillaise elle-même trie ce qui mérite d’être montré, pendant que l’original continue, mètre par mètre, à disparaître sous une couche de calcite et une mer qui ne cesse de monter.

Sources : tourisme-marseille.com | levoyageursolidaire.fr

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