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La France a une centrale nucléaire arrêtée depuis 1985 : son démantèlement durera trois fois plus longtemps que sa vie entière

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Dix-huit ans de fonctionnement, cinquante-cinq ans de démantèlement : la centrale nucléaire de Brennilis, nichée au cœur des monts d’Arrée dans le Finistère, incarne à elle seule tout le paradoxe du nucléaire français. De 1967 à 1985, la centrale est exploitée conjointement par Électricité de France et le CEA, produisant 6,235 TWh pendant 106 000 heures de fonctionnement, soit environ douze ans. Arrêtée en 1985, elle ne sera totalement démantelée qu’en 2040, selon les dernières estimations de la Commission locale d’information (CLI) du Finistère. Trois fois la durée de son exploitation pour effacer ses traces. De quoi interroger sur ce que signifie réellement « sortir » du nucléaire.

À retenir

  • Un réacteur expérimental qui coûte trois fois plus à démanteler qu’à exploiter
  • Les blocages administratifs et environnementaux ont fait tripler le budget initial
  • La question qui hante le parc nucléaire français : quel sera le coût pour les 56 autres réacteurs ?

Sommaire

  1. Un réacteur expérimental devenu casse-tête industriel
  2. Une facture qui a explosé, un calendrier sans cesse repoussé
  3. 2040, l’horizon (encore) repoussé du retour à l’herbe

Un réacteur expérimental devenu casse-tête industriel

Brennilis n’était pas une centrale comme les autres. Le site héberge le réacteur nucléaire EL4, un réacteur à eau lourde refroidi au gaz carbonique qui fonctionnait à l’uranium non enrichi. Une technologie de niche, vite abandonnée par la France au profit de la filière à eau pressurisée qui équipe aujourd’hui l’ensemble du parc nucléaire hexagonal. En 1971 déjà, les choix gouvernementaux portant sur la filière à eau pressurisée mettent fin au caractère expérimental du réacteur de la centrale de Brennilis. Le site vivait alors en sursis, comme une expérience scientifique qu’on aurait oublié d’arrêter à temps.

L’histoire de Brennilis a aussi ses zones d’ombre plus sombres. Le 15 août 1975, deux explosions touchent le site, un attentat revendiqué par le FLB. Quatre ans plus tard, le 14 janvier 1979, deux pylônes électriques à l’entrée de la centrale sont détruits par le FLB-ARB, empêchant l’évacuation de l’électricité et forçant l’arrêt de la centrale : une première pour un groupe terroriste perturbant le fonctionnement d’une centrale nucléaire en France. Ces incidents n’ont pas causé l’arrêt définitif, mais ils annonçaient déjà les turbulences à venir pour ce site pas comme les autres.

Une facture qui a explosé, un calendrier sans cesse repoussé

En 1985, l’arrêt du réacteur devait ouvrir la voie à un démantèlement modèle. La centrale de Brennilis était supposée être la première centrale nucléaire à subir un « démantèlement total » en France et devait être la vitrine du savoir-faire d’EDF en ce domaine. Quarante ans plus tard, la vitrine ressemble davantage à un miroir déformant des difficultés françaises en la matière. Un rapport de la Cour des comptes paru en 2005 faisait déjà état d’un coût de 482 millions d’euros, soit vingt fois plus qu’estimé en 1985. Vingt fois. L’équivalent d’un devis de rénovation qui multiplierait son montant initial par vingt en cours de chantier, ce qui ferait fuir n’importe quel particulier.

Le pire restait à venir. Le coût du démantèlement complet est aujourd’hui estimé à 850 millions d’euros, dont 40% pour le seul bloc réacteur, bien plus que ce qui était prévu, selon le département du Finistère. Une partie de cette dérive s’explique par des arrêts de chantier à répétition. Hors inflation, l’augmentation est de 30%, EDF justifiant cette hausse par les frais d’exploitation lors des interruptions de travaux, entre 2008 et 2012 suite à l’annulation du décret de démantèlement complet, et entre 2019 et 2023. Deux périodes de blocage administratif et juridique, deux fois où le chantier a tourné au ralenti pendant que les coûts, eux, continuaient de grimper.

Ces interruptions ne sont pas anodines. En 2007, une mobilisation associative avait mis au jour des pollutions liées au chantier, forçant un coup d’arrêt. La déconstruction du site n’était toujours pas achevée surtout en raison d’une forte opposition du comité « Sortir du Nucléaire », qui a obtenu en 2007 l’arrêt du démantèlement après avoir mis à jour de nombreuses pollutions engendrées par cette opération. Le rêve d’une vitrine technologique s’est transformé en feuilleton judiciaire et environnemental, où chaque étape franchie ouvrait la porte à de nouveaux recours.

2040, l’horizon (encore) repoussé du retour à l’herbe

Après des années de tergiversations, le calendrier semble enfin stabilisé. Le décret autorisant la dernière phase du démantèlement, celle du réacteur lui-même, est publié au Journal officiel le 28 septembre 2023, ces travaux devant commencer début 2024 et durer 17 ans, soit jusqu’en 2041. Un chantier d’une précision chirurgicale, où rien ne peut être laissé au hasard. EDF prévoit une période de 17 ans de travaux, avec une phase de préparation de 2024 à 2027, l’installation d’ateliers blindés en 2028 et 2029, puis le démantèlement de la cuve et des structures activées de 2030 à 2036. Ces ateliers blindés, pilotés à distance, permettront de découper le cœur du réacteur sans exposer aucun opérateur aux radiations les plus intenses.

Le point d’orgue de cette saga industrielle se jouera dans les toutes dernières années du chantier. En 2039 et 2040, la démolition de l’enceinte sera suivie, en 2041, du fameux « retour à l’herbe », cet objectif fixé dès les années 1990 sous la pression des riverains et des élus locaux qui voulaient voir le site retrouver son visage originel de lande bretonne. Un objectif ambitieux quand on sait que selon EDF, 99% de la radioactivité a déjà disparu du site depuis longtemps, mais que le dernier pourcent concentre l’essentiel de la complexité technique et budgétaire.

Reste une question que Brennilis pose à tout le parc nucléaire français : si un petit réacteur expérimental de 70 mégawatts nécessite un demi-siècle et près d’un milliard d’euros pour disparaître, quel sera le coût réel du démantèlement des 56 réacteurs de puissance actuellement en service, dont les premiers approchent aujourd’hui de leurs soixante ans d’âge ?

Sources : francebleu.fr | connaissancedesenergies.org

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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