Cette semaine, avec des nuits à 12 °C et des journées à 22 °C, beaucoup de foyers rallument chaudière ou poêle pour la première fois. À Chaudes-Aigues, dans le Cantal, certaines maisons n’ont jamais eu besoin de ce rituel : l’eau qui court sous leurs planchers jaillit de terre à 82 °C, et le procédé existe depuis 1332.
À retenir
- La source du Par jaillit à 82 °C avec un débit constant de 500 litres par minute
- En 1332, un habitant a vendu cette eau chaude à ses voisins pour chauffer leurs maisons
- Le réseau fonctionnait avec des tuyaux de bois sur environ 5 km, chauffant 150 maisons au XIXe siècle
Sommaire
Une source qui ne faiblit pas
Tout part de la source du Par. Elle sort à 82 °C avec un débit constant d’environ 500 litres par minute, selon une communication scientifique du BRGM signée Penhoët et ses co-auteurs en 2023. Son titre la présente comme la source thermale la plus chaude d’Europe.
500 litres par minute, cela fait 720 000 litres par jour. Soit près de 5 000 baignoires de 150 litres, remplies d’une eau trop chaude pour s’y plonger, jour et nuit, hiver comme été.
Constant, donc. Un chauffagiste rêverait d’une telle régularité.
1332 : l’eau chaude se vend à ses voisins
Cette année-là, un habitant propriétaire d’une source chaude vend l’eau à trois voisins pour qu’ils chauffent leur maison. La commune y voit le premier réseau de chauffage urbain, fait de tuyaux de bois, et c’est à elle que revient cette affirmation : aucune source du dossier ne permet de la trancher à l’échelle du pays ou du monde. Reste un fait documenté localement, celui d’une transaction entre voisins pour de l’eau venue du sous-sol.
Le système a grandi. Le réseau a compté environ 5 km de canalisations, longtemps taillées dans du pin.
Le bois avait un défaut que n’importe quel propriétaire d’un vieux chauffe-eau reconnaîtra : le tartre. L’eau chaude encrassait les conduits, qu’il fallait remplacer souvent, et le détartrage était à la charge des habitants. Chacun entretenait ainsi sa part d’un chauffage collectif, sans compteur ni facture d’énergie, mais avec une corvée régulière. Au XIXe siècle, le dispositif chauffait 150 maisons à partir de 4 sources.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Le réseau d’autrefois s’est réduit. Seules les maisons bâties sur des sources privées sont encore chauffées de cette façon.
La commune ne donne pas le nombre de logements concernés aujourd’hui, et on s’abstiendra donc d’en avancer un. Le chiffre de 150 maisons renvoie au XIXe siècle, pas au présent. Chaudes-Aigues garde la mémoire de ce chauffage plus qu’elle ne l’étend : le musée Géothermia raconte l’histoire de ces tuyaux, de ces sources et des habitants qui en dépendaient.
Ce que l’on peut encore voir sans billet d’entrée, c’est la fontaine fumante du Par. La vapeur s’élève au-dessus de l’eau et glisse dans les ruelles dès que l’air se rafraîchit.
Pourquoi ce village parle à nos chaudières
On parle beaucoup de réseaux de chaleur, de géothermie et de sobriété énergétique. À Chaudes-Aigues, ces idées ne sont pas nouvelles : des habitants, au XIVe siècle, se sont mis d’accord sur un tarif et sur un tracé de tuyaux pour partager une ressource locale. Le bois qui, ailleurs, alimentait les cheminées servait ici à fabriquer les conduites.
Le contraste est parlant. Un foyer qui rallume sa chaudière cette semaine dépend d’une énergie livrée de loin, alors que les voisins de la source du Par profitent d’une eau déjà chaude à la sortie du sol.
Le chauffage a pourtant sa limite physique. L’eau qui court sous les planchers se refroidit en route, et c’est bien cette logique de circuit qui a occupé les habitants pendant des siècles : un tuyau en pin, un tracé, un tartre à enlever.
Pour qui passe dans le Cantal à l’automne, la fontaine du Par se visite quand l’air fraîchit. C’est à ce moment-là que la vapeur se voit le mieux, au-dessus d’une eau à 82 °C qui sort de terre sans l’aide de personne.
Sources : cantalpassion.com | gourmet-glouton.fr


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