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En 18 ans d’existence, cela n’était jamais arrivé. La finale des championnats internationaux de Lindy Hop n’aura pas lieu aux États-Unis, mais bien à Montréal. Une décision prise par le nouveau directeur de l’événement, Rémy Kouakou Kouame, « en raison du contexte politique difficile aux États-Unis ».
C’est en 2008 que les premiers championnats internationaux de Lindy Hop sont organisés à Washington DC, par une danseuse importante pour la communauté de Lindy Hop, Tena Morales, pour ensuite se déplacer dans le quartier new-yorkais de Harlem, lieu de naissance de cette danse. « Elle fait partie des personnes qui ont été en contact avec les gens qui ont créé cette danse, ceux qu’on appelle les Old Timers, les “OG” », explique Rémy Kouakou Kouame, qui danse depuis près de 20 ans. Son but, en créant cet événement, était d’offrir autre chose que ce qui existait déjà — soit des événements peu structurés, des compétitions trop codifiées — en proposant un cadre clair, où l’artistique l’emporte sur le sportif. La transmission et la célébration de cette culture noire américaine faisaient aussi partie de sa vision.
Dès la première édition, les championnats internationaux de Lindy Hop ont été un succès. En plus du côté compétitif, ils proposent aussi chaque année une programmation culturelle vaste : panel, ateliers, événements sociaux, etc. « L’éducation à propos de cette culture est un point important tout comme le fait d’honorer les OG pour que jamais leurs noms ne soient oubliés. Beaucoup de danseurs, qui ont aujourd’hui entre 70 et 90 ans, sont toujours invités et font parfois partie des discussions », ajoute celui qui a repris la direction de l’événement il y a deux ans.
Le « Harlem du nord »
L’an dernier, la finale des championnats internationaux de Lindy Hop n’a pas eu lieu. Seule l’édition continentale d’Europe s’est déroulée, mais sans sélection de danseurs pour la grande finale new-yorkaise. « L’investiture de Donald Trump venait de se passer. On ne voulait pas mettre des danseurs ou des spectateurs à risque en les faisant passer une frontière. On était un peu dans une impasse », raconte M. Kouakou Kouame. En effet, les championnats rassemblent chaque année des milliers de personnes de partout dans le monde, dont des pays dont les citoyens sont moins bienvenus aux États-Unis depuis la réélection de Donald Trump. « Nos collaborateurs américains eux-mêmes, dont Tena Morales, souhaitaient qu’on délocalise l’événement. Mais on voulait un endroit qui avait du sens », explique-t-il.
C’est assez rapidement que l’équipe qui gère l’événement pense à Montréal. « C’était une évidence, le choix le plus limpide, le plus logique pour nous. Non seulement la scène de Lindy Hop y est forte, mais c’est une ville qui correspond aux valeurs que l’on cherche : diversité, accessibilité et sensibilité artistique, mais, surtout, elle a une histoire forte avec la danse », dit le directeur.
En effet, les liens culturels entre New York et Montréal ont toujours été forts. « Elles sont proches géographiquement parlant. Mais leurs différences économiques, politiques et sociales ont favorisé des échanges, notamment pendant la crise économique », raconte Anaïs Sékiné, directrice de l’école et organisme de danse Communauté Cat’s Corner de 2019 à 2025 et qui a fait son doctorat sur l’appropriation culturelle du Lindy Hop. « Montréal était moins sévère pendant la prohibition et a attiré de nombreux artistes, notamment de jazz. Encore aujourd’hui, elle est considérée comme un lieu de fête accessible à ceux qui ont moins de 21 ans, contrairement aux États-Unis. L’histoire culturelle et artistique de Harlem s’est étendue au-delà des frontières. On appelait même Montréal “le Harlem du Nord”. »
Pour cette édition montréalaise, Rémy Kouakou Kouame s’est allié à la Communauté Cat’s Corner de Montréal pour imaginer toute la programmation culturelle autour des championnats, qui se dérouleront du 2 au 5 juillet. « C’était important pour nous d’avoir des partenaires du milieu sur place pour pouvoir représenter Montréal, la réalité de sa communauté Lindy Hop et ses liens avec New York », affirme-t-il. Ainsi se déroulera l’exposition It’s About Time, qui met en lumière les histoires méconnues de la danse au sein de la population noire du Canada, de 1900 à 1970. La Petite-Bourgogne, lieu d’essor de la musique jazz à Montréal, sera aussi à l’honneur avec des visites guidées ainsi que la projection du documentaire Dear Jackie, qui parle du mythe de la société post-raciale au Québec au détour du quartier et de l’histoire du joueur de football américain Jackie Robinson. Enfin, une rencontre avec les aînés du Lindy Hop, trois concerts et des cours de danse compléteront la programmation.
Nouveauté cette année pour certaines compétitions. Elles ne seront plus en format frontal, face au public, mais en mode bataille, une équipe contre une autre, en face-à-face. « Un de mes défis principaux, c’est de connecter le Lindy Hop avec des cultures plus récentes, qui sont dans la lignée du jazz, comme le hip-hop, conclut M. Kouakou Kouame. Je souhaite remanier les formats pour qu’ils soient plus parlants pour le public aussi. »
Du 2 au 5 juillet


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