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Contraint de fermer son café après 13 ans d’activité dans la dynamique rue Wellington, à Montréal, en raison d’une hausse de loyer de 60 %, le propriétaire du Station W presse Québec de réglementer les baux commerciaux pour éviter que d’autres entreprises bien établies ne mettent la clé sous la porte.
« Ce n’est pas illégal, ça fait partie de la game, mais il serait temps de changer les règles du jeu si on veut garder nos rues commerçantes en vie », lance, comme un cri du cœur, Simon Defoy.
La semaine dernière, l’entrepreneur a annoncé sur les réseaux sociaux qu’il devra fermer le mois prochain son café, installé dans l’arrondissement de Verdun depuis 2013. Il explique que le renouvellement de son bail a pris une tournure inattendue lorsque le propriétaire a exigé une hausse de loyer de 60 %. M. Defoy a contesté cette augmentation et tenté de négocier, mais le propriétaire a abruptement mis fin aux discussions pour signer un bail avec une autre entreprise, indique-t-il.
« C’est un choc pour toute l’équipe, confie Simon Defoy en entrevue. On a investi beaucoup de temps, d’énergie et d’argent dans ce local pour qu’il devienne un lieu de vie et de rencontre pour les gens du quartier. »
Au-delà de la fermeture du Station W, M. Defoy s’inquiète pour les autres établissements indépendants de l’artère, craignant que plusieurs finissent par subir le même sort. C’est ce qui le pousse à dénoncer publiquement ce qu’il considère comme « le nœud du problème » : l’absence totale d’encadrement des baux commerciaux.
Contrairement aux baux résidentiels, il n’existe aucune réglementation entourant les baux commerciaux au Québec. Un propriétaire peut hausser le loyer commercial comme il l’entend et choisir de ne pas renouveler son locataire à l’échéance du bail.
Simon Defoy presse ainsi Québec d’agir avant qu’il ne soit trop tard. « Les gens s’approprient nos petits commerces, c’est le cœur vivant des quartiers, c’est important pour la communauté. Il faut les protéger », plaide-t-il.
Wellington, victime de son succès
À la suite de sa publication, plusieurs commerçants ont écrit à Simon Defoy pour exprimer leur inquiétude de vivre le même scénario.
La popularité croissante de la rue Wellington — élue « la plus cool au monde » par le magazine Time Out en 2022 — semble désormais desservir ses commerçants. Après avoir contribué à son dynamisme, ils se retrouvent aujourd’hui exposés à la spéculation immobilière alimentée par sa réputation. Plusieurs commerces ont d’ailleurs déjà fermé leurs portes ces dernières années, eux aussi incapables d’absorber des hausses de loyer jugées abusives.
« Il y a des cycles comme ça de rues qui deviennent populaires, et il y a toujours des gens qui veulent en profiter, malheureusement », constate avec regret Patrick Mainville, directeur général de la Société de développement commercial (SDC) Wellington. « Les commerces devraient être fiers d’avoir contribué à dynamiser la rue et non être victimes de sa popularité », ajoute-t-il.
M. Mainville estime lui aussi qu’il est urgent d’encadrer les baux commerciaux, craignant de voir un à un les petits commerces indépendants quitter la rue Wellington au profit de grandes enseignes. « On s’inquiète de perdre complètement l’ADN de la rue Wellington. »
Un « signal d’alarme »
Attristée par la fermeture du Station W, la mairesse de Verdun, Céline-Audrey Beauregard, y voit un « signal d’alarme clair ». « Ça nous rappelle qu’il faut un cadre pour que ces négociations [de baux commerciaux] ne terminent pas toutes comme ça. Ça prend aussi un portrait plus clair pour établir qui doit payer quoi et à quelle hauteur entre le locataire et le propriétaire du local », souligne-t-elle.
Bien que son pouvoir reste limité au municipal, la mairesse dit vouloir remettre ce dossier en haut de sa pile. « Je vais questionner notre administration municipale pour voir si un programme pourrait aider nos commerçants. Comme une aide à l’acquisition de leurs propres locaux commerciaux par exemple. »
« La fermeture de Station W est un coup dur pour Verdun. Ça m’attriste, mais surtout, c’est une injustice qui me fâche particulièrement. […] On voit ici notre système qui laisse nos artères commerciales, le cœur de nos quartiers, à la merci de la spéculation immobilière », a écrit dans un communiqué la députée de Verdun et responsable de Québec solidaire en matière d’économie, Alejandra Zaga Mendez. Elle rappelle que son parti réclame depuis des années un encadrement des baux commerciaux. Elle a même déposé une pétition en ce sens en juin dernier à l’Assemblée nationale.
Au moment où ces lignes étaient écrites, le cabinet du ministre de l’Économie, Bernard Drainville, n’avait pas encore répondu à nos questions.
À la veille des prochaines élections générales, Simon Defoy espère que son expérience trouvera écho dans la classe politique. En attendant, il se prépare à déménager son café dans un local temporaire à quelques pas de l’ancien. « C’est seulement pour l’été, le temps de trouver une solution plus permanente ailleurs dans la rue Wellington ou dans la rue Verdun peut-être. »
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