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Déjà 10 ans se sont écoulés depuis la mort de Colten Boushie, un membre de la Première Nation Red Pheasant, qui a été tué par une balle dans la tête. L’agriculteur auteur du coup de feu ayant été acquitté, la famille endeuillée estime que des contre-vérités entourent toujours la mort de Colten Boushie.
Dans un lieu tenu secret, réservé à la famille et à quelques proches, repose une pierre tombale au nom de Colten Cale Boushie, mort à l’âge de 22 ans. La famille du jeune homme a choisi de l'inhumer dans ces terres arpentées par leurs ancêtres depuis des générations.
Je ne voulais pas que quelqu’un lui fasse du mal, explique William Baptiste, le frère aîné de Colten Boushie. Je voulais l’emmener dans un endroit paisible où seuls nos proches pourraient le retrouver.
Nous avons craint que quelqu'un ne profane la tombe de mon frère compte tenu de l'ampleur de la couverture médiatique dont cette affaire a fait l'objet [et] de l'indignation que cette situation a suscitée.
Tensions entre Autochtones et allochtones
La mort de Colten Boushie et le processus judiciaire ont révélé une division entre des Premières Nations et des allochtones vivant en région rurale en Saskatchewan.
D’un côté, plusieurs mouvements de défense des droits des Autochtones sont descendus dans la rue pour réclamer justice pour Colten Boushie.

Des rassemblements avaient eu lieu un peu partout au pays. Le 13 février 2018, des personnes à Montréal s'étaient regroupées pour demander justice. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Laurence Niosi
De l’autre, de nombreuses personnes ont pris la défense de Gerald Stanley, l’agriculteur blanc à l’origine du coup de feu. Ces derniers se sont notamment rassemblés dans des hôtels de ville pour défendre le droit au port d’armes et ont amassé plus de 200 000 $ lors d'une collecte de fonds pour soutenir l'accusé.
En cour, l’avocat de l’agriculteur a soutenu que l’arme s'était déclenchée accidentellement.
Bien que Gerald Stanley ait finalement été accusé de meurtre au deuxième degré, l'avocate de la famille, Eleanore Sunchild, rappelle que les premiers échanges avec la GRC présentaient l’enquête comme un incident lié à un vol plutôt comme une affaire de meurtre.
Cette affaire a suscité beaucoup d’attention partout au pays parce qu’elle incarnait toutes les injustices dont ont été victimes les peuples autochtones à travers le Canada, résume Eleanore Sunchild.
Colten a donné un visage à cette injustice.
Au moment de l'annonce du verdict de non-culpabilité, l'avocate se souvient encore des pleurs et du silence pesant de la famille.
Tant que je vivrai, je n'oublierai jamais le moment où le verdict a été rendu, car j'ai eu l'impression qu'un choc s'était abattu sur le palais de justice, affirme-t-elle.
Discrimination de la part de la GRC
Un peu moins de cina ans après la mort du jeune homme, la Commission civile d’examen et de traitement des plaintes a relevé des lacunes dans la gestion de l'affaire par la Gendarmerie royale du Canada (GRC) en Saskatchewan.
Les membres de la GRC qui ont annoncé la mort de M. Boushie à sa mère, Debbie Baptiste, l’ont fait avec une insensibilité qui équivaut à un traitement discriminatoire, indique notamment le rapport.
La Commission met également en lumière des lacunes dans la réponse de la police fédérale, soulignant la manière dont les témoins ont été traités, des retards injustifiés dans l'obtention de mandats de perquisition ainsi que la perte d'éléments de preuve.
La GRC a accepté 44 des 47 conclusions et affirme qu'elle a pris des mesures pour mettre en œuvre les 17 recommandations formulées.
Nous continuerons à être à l'écoute des communautés autochtones dont nous assurons la sécurité et à renforcer la confiance et la compréhension grâce à une collaboration continue, à un dialogue ouvert et à un partenariat, écrit la police fédérale.

Debbie Baptiste pense à son fils, Colten Boushie, 10 ans après sa mort.
Photo : Radio-Canada / Kim Kaschor
Un traumatisme qui refait surface
En mai dernier, quand le député du Parti progressiste-conservateur du Manitoba Josh Guenter a déclaré que Gerald Stanley était une victime dans toute cette affaire, les mauvais souvenirs se sont réveillés au sein de la famille Boushie.
C'était comme un coup de poing dans le ventre, et tout recommençait, a affirmé la mère de Colten Boushie, Debbie Baptiste. J'ai commencé à me sentir mal et je n'arrêtais pas de dire : "Je n'y arriverai pas. Je ne peux pas revivre ça. Ça fait trop mal."
Cette souffrance a été alimentée par les réseaux sociaux, où la mère de famille doit régulièrement faire face à une vague de commentaires haineux dès que le nom de son fils est mentionné.
Debbie Baptiste préfère se souvenir de son fils comme d'un amateur de lecture. Il disait toujours que tout irait mieux dans ce monde si chacun prenait simplement un bon livre pour s'asseoir à l'ombre d'un arbre, se remémore-t-elle.
Sa famille veut que la population se souvienne de Colten Boushie comme d'un jeune homme aimant et travailleur, qui avait un brillant avenir devant lui.
Il se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, estime son frère, William Baptiste.
Pour sa part, sa mère assure qu’elle ne cessera jamais de se battre pour la mémoire de son fils, tout en encourageant toutes les victimes d'injustices à faire de même.
Avec les informations de Kim Kaschor


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