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Alors donc, Donald Trump et sa guerre commerciale ridicule seraient maintenant devenus la « question de l’urne ». Pendant que le premier ministre Mark Carney a décidé de lever les coudes, ici, certains prétendent que la prochaine personne qui dirigera le Québec devrait être celle qui serait la mieux placée pour faire face au président états-unien.
Pouvez-vous bien me dire quel nouveau pouvoir le Québec aurait acquis au cours des derniers mois pour imaginer franchement que la première ou le premier ministre du Québec pourra changer quoi que ce soit à cette stupide guerre commerciale ?
Certes, l’État québécois peut aider les entreprises touchées, soutenir certains secteurs économiques, accompagner les travailleurs ou faire différents gestes pour atténuer les conséquences des tarifs états-uniens. Mais les négociations commerciales avec Washington se déroulent d’abord à Ottawa. S’imaginer que la personne qui dirigera le Québec pourra réellement faire plier Donald Trump relève davantage du fantasme que de la réalité.
Pendant qu’on s’attarde encore beaucoup trop aux énièmes frasques de cet imprévisible président, on oublie surtout de parler des enjeux sur lesquels le prochain gouvernement du Québec aura, lui, de véritables pouvoirs et des responsabilités bien concrètes.
On pourrait parler de l’état lamentable de plusieurs de nos écoles et des problèmes qui minent notre système d’éducation. Idem pour le système de santé et l’état de nos infrastructures. Que dire de la crise du logement ou encore de celle de l’itinérance ? Ce ne sont que quelques-uns des sujets fondamentaux qui devront rapidement revenir à l’ordre du jour de cette campagne.
Bien entendu, le coût de la vie est d’une importance capitale. Mais même là, tout ne réside certainement pas dans la résolution de la guerre commerciale avec les États-Unis. Prenons simplement notre panier d’épicerie.
Les événements météorologiques extrêmes et les mauvaises récoltes ont contribué aux hausses spectaculaires du prix du café et du cacao au cours des dernières années. Les sécheresses et les chaleurs extrêmes dans le bassin méditerranéen ont durement frappé les récoltes d’olives et fait bondir le prix de l’huile d’olive. De nombreux fruits et légumes que nous importons sont eux aussi directement exposés aux sécheresses, aux canicules, aux gels et aux autres événements climatiques extrêmes.
Le Canada importe 88 % de ses fruits frais et de ses noix ainsi que 72 % de ses légumes. Une sécheresse en Californie, une canicule au Mexique ou une mauvaise récolte ailleurs dans le monde ne constituent donc pas des événements climatiques lointains. Lorsque les récoltes diminuent alors que la demande se maintient, les prix augmentent et les conséquences finissent par se retrouver jusque dans notre panier d’épicerie.
La crise climatique n’est donc plus seulement une affaire de degrés Celsius, de fonte des glaciers ou de tonnes de GES. Elle se retrouve déjà dans notre facture d’épicerie. Selon la Stratégie nationale de sécurité alimentaire publiée par Agriculture Canada, les projections de l’Organisation de coopération et de développement économiques indiquent que vers le milieu du siècle, les changements climatiques pourraient faire augmenter les prix mondiaux d’environ 26 % pour le blé, 28 % pour le maïs et 31 % pour le riz, en raison des diminutions de rendement anticipées.
Voilà tout le paradoxe. Le coût de la vie figure à la deuxième place parmi les grandes préoccupations de cette campagne électorale, alors que l’environnement et la transition énergétique sont encore relégués loin derrière dans les priorités des Québécois. Comme si les deux questions n’avaient aucun rapport entre elles.
La crise climatique est aussi devenue une crise du coût de la vie.
Depuis quelques années, nous parlons beaucoup de l’environnement comme d’une dépense. Combien coûtera la transition énergétique ? Combien coûtera l’électrification des transports ? Combien coûtera l’adaptation de nos infrastructures ? Ce sont évidemment des questions légitimes. Mais nous devrions peut-être commencer à poser plus souvent la question inverse : combien nous coûtera notre incapacité à agir ?
Nous avons maintenant une partie de la réponse. Selon l’Institut climatique du Canada, les changements climatiques pourraient entraîner des pertes économiques annuelles de 100 milliards de dollars au pays vers le milieu du siècle si nous ne nous adaptons pas suffisamment. À l’inverse, chaque dollar investi aujourd’hui dans l’adaptation pourrait nous éviter jusqu’à 15 dollars de coûts futurs.
Autrement dit, ne pas agir coûtera beaucoup plus cher.
C’est peut-être ce qui devrait davantage nous préoccuper pendant cette campagne. Nous sommes fascinés par les crises spectaculaires, celles qui font les manchettes et qui provoquent des déclarations fracassantes. Pendant ce temps, les crises plus lentes continuent de progresser.
Alors oui, Donald Trump fera partie de cette campagne, qu’on le veuille ou non. Ses décisions ont des conséquences bien réelles sur notre économie, nos entreprises et nos travailleurs. Il serait absurde de prétendre le contraire.
Mais Donald Trump ne sera pas sur notre bulletin de vote.
La véritable « question de l’urne » devrait être beaucoup plus simple : parmi tous les problèmes sur lesquels le prochain gouvernement du Québec aura réellement le pouvoir d’agir, lesquels voulons-nous qu’il règle au cours des quatre prochaines années ?
Parce qu’au soir de l’élection, Donald Trump sera encore à Washington. Mais nos écoles, nos hôpitaux, nos logements, nos infrastructures et les conséquences de la crise climatique seront toujours ici.


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